vendredi, 21 juillet 2017
 

Afrique du Sud  : La crise politique s’accentue

Corruption, crise économique, augmentation du chômage, violences xénophobes… Le bilan de Jacob Zuma est peu reluisant, mais les populations, loin de baisser les bras, luttent et font bouger les lignes syndicales et politiques dans ce pays.

Depuis 2009, l’Afrique du Sud vit une crise économique qui frappe de plein fouet la majorité de la population. Le chômage touche six millions de travailleurs, soit 27 % de la population active. L’inflation augmente  : en 2015, elle était de 4,6 %, et de 6,4 % en 2016.

Corruption et austérité

Cette situation sociale difficile s’accompagne de scandales réguliers qui éclaboussent les dirigeants de l’ANC, le parti au pouvoir. Le dernier en date est en relation avec le paiement des prestations sociales pour 17 millions de personnes. Effectué par Cash Paymaster Services, une société privée, son contrat devait se terminer fin mars, mais le 10 du mois, aucune mesure n’avait été prise par Bathabile Dlamini, la ministre du Développement social, obligeant la Cour constitutionnelle à ordonner la prolongation du contrat d’une année afin d’éviter toute rupture et de préparer le remplacement du prestataire. Dans cette affaire, la seule question qui se pose est de savoir s’il s’agit d’une totale incompétence ou d’une affaire de corruption, puisque en effet, cette fidèle soutien à Zuma était déjà compromise dans une autre affaire, celle des Travelgate.

En matière de corruption, Zuma donne l’exemple et reste le maestro incontesté. À tel point que le limogeage de son ministre de l’Économie, Pravin Gordhan, inquiète toute la société, car si ce ministre, bien vu des milieux d’affaires et de la finance internationale, a mené une politique libérale, il représentait cependant un garde-fou face à la voracité du clan Zuma pour les deniers publics. Le remaniement ministériel a de nouveau provoqué une grave crise politique dans le pays.

Crise du leadership de l’ANC

Au fur et à mesure des plans économiques des gouvernements, l’érosion de l’ANC s’accélère. Ainsi le parti gouvernemental a perdu lors des élections municipales de 2016 des villes importantes comme Johannesburg, Pretoria/Tshwane et Port Elizabeth/Nelson Mandela Bay.

Des voix importantes de la vieille garde de l’ANC comme Cyril Ramaphosa, le vice-président du pays, Zweli Mkhize, trésorier, et Gwede Mantashe, secrétaire général de l’ANC, appellent Zuma à quitter le pouvoir. Même les alliés de l’ANC, le Parti communiste et la confédération syndicale COSATU ont soutenu cet appel.

Les deux principaux partis de l’opposition, l’Alliance démocratique, parti libéral de droite, et les EFF, les combattants de la liberté économique qui se réclament du socialisme, ont organisé plusieurs manifestations contre Zuma, qui ont rassemblé des dizaines de ­milliers de personnes.

Mais Jacob Zuma n’a pas seulement profité du pouvoir pour s’enrichir, il s’est aussi créé au sein de l’ANC un réseau de personnes redevables qui maille les directions intermédiaires de l’organisation jusqu’aux provinces les plus reculées, cela afin de pérenniser le pouvoir en faveur de son clan.

Statutairement, Jacob Zuma doit quitter la présidence de l’ANC à la fin de l’année, et organise déjà sa succession… en soutenant son ex-femme Nkosazana Dlamini-Zuma. Ancienne présidente de la Commission de l’Union africaine, son bilan est loin d’avoir marqué les esprits.

Signes d’espoir…

Si le limogeage du ministre de l’Économie, Pravin Gordhan, a été justifié par le clan Zuma comme une transformation radicale de l’économie en faveur des plus pauvres, cela ne trompe plus grand monde. En effet la dernière mesure d’économie qui a été prise fut la suppression de la part gratuite d’eau potable pour les populations. Ce type de mesure ne fait qu’augmenter le désarroi et conduit à un approfondissement des violences xénophobes qui ont de nouveau endeuillé le pays il y a deux mois.

Mais dans le même temps, des luttes sociales se développent. Le champ politique et syndical évolue, comme en témoigne la création d’une nouvelle confédération syndicale, la SAFTU, revendiquant plus de 700 000 adhérents et se situant sur le terrain des luttes et de l’indépendance vis-à-vis du gouvernement.

La montée en puissance de l’EFF qui a recueilli aux municipales 8 % reste sur le devant de la scène dans la contestation sociale. Enfin tout aussi prometteur est l’apparition d’une nouvelle génération militante issue des grandes luttes étudiantes de l’année dernière contre l’augmentation des tarifs universitaires et qui a, au cours de la lutte, largement remis en cause la politique libérale de l’ANC.

Autant d’éléments qui permettent un espoir raisonné.

Paul Martial

 
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