jeudi, 23 novembre 2017
 

Afrique du sud : La gauche et la crise

Brian Ashley, militant anti-apartheid depuis sa jeunesse et un des fondateurs du Front démocratique de gauche (Democratic Left Front), est rédacteur en chef de la revue bimestrielle Amandla !.

Against the Current : Parlez-nous du magazine Amandla ! — quelles sont vos orientations et perspectives ? Et quelle est votre audience dans le cadre global de la gauche sud-africaine ?

Brian Ashley : Amandla ! a été lancé en 2006 pendant que la crise dans le pays s’approfondissait, que les politiques néolibérales aggravaient les divisions héritées de l’apartheid et alors que la crise du Congrès national africain (ANC, le parti du gouvernement) et de ses alliés (le parti communiste sud-africain et la fédération syndicale COSATU) s’approfondissaient. Il a initialement impliqué la participation active de l’aile gauche interne et externe de l’Alliance ANC, même si ceux d’entre nous qui ne lui appartenaient pas ont joué un rôle moteur.

L’idée était d’établir un forum ouvert à gauche et de faciliter une discussion non sectaire sur la stratégie de gauche dans le contexte des crises (sociales et économiques) dans le pays et des luttes populaires qui se développaient dans les communautés pauvres en raison de la carence de l’État à fournir des services essentiels de base, dans le contexte des luttes ouvrières contre des licenciements et les privatisations.

Cependant, la gauche de l’Alliance s’est en grande partie liquidée elle-même dans une fraction dirigée par le vice-président de l’ANC, Jacob Zuma, qui est maintenant président du pays. Après avoir apparemment gagné la lutte pour l’hégémonie au sein de l’ANC, la gauche de l’ANC a éprouvé moins de nécessité à entretenir des relations avec les forces de gauches extérieures à l’alliance ANC. Des divergences au sein d’Amandla ! en ont résulté et se sont aiguisées avec la tendance croissante à l’autoritarisme et à l’intolérance dans l’ANC dirigé par Zuma.

Les initiateurs principaux du projet Amandla ! ont été expulsés du Parti communiste sud-africain (SACP) pour avoir critiqué l’idée que la direction de Zuma représentait une évolution vers la gauche. Dans ce contexte Amandla ! a évolué vers la promotion de stratégies alternatives de gauche et vers le soutien à des processus visant à construire des luttes et des initiatives indépendantes de la classe ouvrière.

Against the Current : L’ANC a incontestablement été le parti politique dominant depuis la chute de l’apartheid. Sa trajectoire est-elle en phase avec celle des partis sociaux-démocrates européens qui ont viré au social-libéralisme ? Ou est-elle plus compliquée ? Quelles sont les forces qui s’opposent en son sein et où en est l’« Alliance tripartite » de l’ANC avec la fédération syndicale COSATU et le Parti communiste sud-africain (SACP) ?

Brian Ashley : L’ANC est un mouvement nationaliste large dans lequel différents courants idéologiques et politiques ont joué un rôle. Il y a toujours eu des forces bourgeoises mais surtout petites-bourgeoises qui ont joué un rôle dominant dans l’organisation. Le SACP et l’Alliance ANC ainsi que le mouvement syndical ont assuré une forte influence ouvrière qui s’est accrue avec les vagues de luttes populaires des années 1980. Cependant, après avoir conquis la liberté politique en 1994 et à la suite de l’ « indigénisation » des services publics et de la politique du « Black Economic Empowerment » (BEE, « Participation des Noirs au pouvoir économique »), les nationalistes bourgeois et les forces petites-bourgeoises ont façonné de façon prédominante la direction de l’ANC.

De nombreux dirigeants de l’ANC sont maintenant des investisseurs majeurs dans des domaines tels que la finance, les mines, les télécoms, l’armement, la pêche, l’agriculture et une foule d’autres industries. Ils utilisent leur position dans l’ANC et l’État comme levier dans des transactions lucratives qui leur permettent de devenir millionnaires en une nuit.

Pour expliquer la faillite de l’ANC à redistribuer les richesses et son application de politiques néolibérales, on ne doit pas perdre de vue l’impact du changement dans l’équilibre international des forces survenu après l’effondrement de l’Union Soviétique et l’avènement de la mondialisation. Cependant, l’explication majeure de la transition néolibérale de l’Afrique du Sud réside dans la puissance du capitalisme Sud-Africain et dans la réticence initiale de l’ANC à affronter le capitalisme et à redistribuer les richesses par la fiscalité, par des programmes d’investissement ou même des nationalisations pour surmonter l’héritage de l’apartheid et du sous-développement.

En lieu et place de cela, on assiste à un processus graduel de cooptation par le grand capital, via les programmes de « Black Economic Empowerment », des milieux d’affaires et de l’élite politique noirs. Ces derniers deviennent ainsi des partenaires auxiliaires du grand capital dans les opérations de démantèlement et de restructuration.

Against the Current : Manifestement, Jacob Zuna représente, au moins théoriquement, la gauche de l’ANC. Son gouvernement a-t-il pris en compte les conditions économiques et sociales de la majorité noire et comment caractériseriez-vous actuellement l’économie et les niveaux d’inégalité en Afrique du sud ?

Brian Ashley : L’abandon par la COSATU, le SACP et d’autres forces de gauche, de tout espoir d’alternative à la politique néolibérale poursuivie par le régime SIDA-négationniste (« AIDS denialist ») de Thabo Mbeki et leur ralliement à Jacob Zuma (qui a permis à ce dernier de conquérir la présidence de l’ANC puis du pays) a été une tragédie majeure.

Zuma est un politicien endurci qui a renforcé son audience en se présentant comme un homme de gauche tout en endossant le nationalisme zulu de l’Inkatha Freedom Party.

Il n’y a rien à attendre de lui. Au plan personnel, il s’agit d’un homophobe, d’un misogyne et d’un polygame. Son administration est dans la continuité des politiques économiques néolibérales et poursuit des politiques monétaristes focalisées sur l’inflation et la flexibilité. Ceci explique la distanciation croissante du COSATU vis-à-vis d’un régime qu’il a lui-même contribué à porter au pouvoir. L’indication la plus récente de la rupture entre le COSATU et le gouvernement Zuma a été la grève générale du 12 mars 2012 contre l’instauration d’un péage sur les autoroutes de Johannesburg et l’incapacité du gouvernement à s’en prendre aux agences du travail intérimaire.

Deux mondes séparent, d’une part, la vie dans les townships, les banlieues et encore plus dans ce qu’on appelait les bantoustans et, d’autre part, celle des grandes villes. Notre pays est confronté à d’extrêmes difficultés face au chômage de masse et à la pauvreté. La pandémie de SIDA reste dévastatrice, sa diffusion et son impact atteignent des sommets, même si l’ère du SIDA-négationnisme est finie. Nous ne pouvons pas non plus échapper à la crise de nos systèmes d’éducation, de santé et de logement. Avec pour conséquence la criminalité et la violence qui continuent d’ébranler notre société et de nous terroriser.

Le chômage de masse et les salaires de misère sont au centre des crises sociales auxquelles notre peuple est confronté. Plus d’un quart de la main-d’œuvre est au chômage. Si l’on prend en compte les travailleurs qui ont abandonné toute recherche d’emploi, le taux de chômage atteint près de 40 % de la main-d’œuvre totale. Selon la Commission nationale du Plan du ministre Trevor Manuel, plus d’un tiers des travailleurs gagnent moins de 93 euros par mois, et la moitié gagnent moins de 232 euros.

La crise sociale est sous-tendue par le déclin de l’économie sud-africaine. L’Afrique du Sud à récemment rejoint les BRICS, groupe formé par les principales économies émergentes : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Ironie de cela, alors que l’économie sud-africaine domine la région et au-delà le continent africain, elle peut être considérée comme une économie en déclin plutôt qu’une économie qui se développe.

C’est essentiellement le résultat de l’épuisement du modèle issu de l’apartheid en matière de développement des mines et de l’énergie et de l’incapacité de diversifier l’économie pour développer de nouveaux secteurs de croissance au lendemain de la fin du régime d’apartheid. L’ouverture de l’économie sud-africaine n’est pas parvenue à attirer l’investissement étranger qui était attendu pour stimuler un développement durable dans des secteurs profitables et créateurs d’emploi.

Au cœur du déclin de l’Afrique du Sud il y trois facteurs liés entre eux, à savoir la baisse des ressources de l’Afrique du Sud, la faiblesse du marché intérieur et de demande en biens de consommation, et une politique d’ensemble qui a encouragé une économie ouverte et tournée vers l’extérieur qui facilite la financiarisation et l’évasion des capitaux.

Alors que la littérature post apartheid a mis l’accent à la fois sur les faiblesses structurelles de l’économie sud-africaine et sur les politiques d’ensemble néolibérales comme autant de barrières a un développement durable, beaucoup moins d’attention a été accordée à la baisse des ressources de l’Afrique du Sud.

Il y a un aspect commun dans l’épuisement des ressources dans un large éventail de secteurs clés tels que l’énergie, les minerais (ainsi, par exemple, les réserves de charbon ont été révisées à la baisse à moins d’un cinquième de leur estimation initiale), l’eau (en 2004, 98 % des ressources en eau avaient déjà été allouées), ainsi que la fertilité des sols (la dégradation des terres concerne déjà 41 % des surfaces cultivées).

Même la biodiversité et le cadre environnemental de l’Afrique du Sud sont soumis à une menace extrême du fait de l’industrialisation et du changement climatique. L’épuisement des ressources dans ces secteurs clés a un impact négatif sur les exportations sud-africaines et accroissent les coûts de revient des biens produits localement, ce qui en retour sape ultérieurement l’économie. Si la croissance économique continue d’être tributaire du renchérissement des ressources et d’atteintes négatives à l’environnement, le développement économique en pâtira, avec des conséquences néfastes pour la société et l’environnement.

Dans le contexte de la crise globale, la vulnérabilité de l’Afrique du Sud aux chocs de l’économie mondiale a pu être constatée au travers de crash monétaires, de l’évasion des capitaux, du déclin des exportations et des licenciements massifs.

Tout ceci a contribué à faire de l’Afrique du Sud un des pays les plus inégalitaires du monde, si ce n’est le plus inégalitaire. Pour l’Afrique du Sud, le coefficient de Gini a été évalué à 0.73, là où la valeur 1 représente le niveau absolu d’inégalité de revenu (1).

Le doublement du taux de chômage depuis la fin de l’apartheid est une des causes majeures du développement des inégalités. 70 % des chômeurs ont moins de 35 ans et plus de 60 % des chômeurs sont des femmes.

Dans les zones rurales, et surtout dans les anciens bantoustans, les femmes sont les plus touchées par le chômage et la pauvreté, en particulier du fait de l’incapacité du gouvernement à redistribuer les terres. Sur l’objectif de 30 % fixé pour la redistribution des terres en 2014, moins de 7 % ont été finalement attribués à la population noire. Une grande partie de ces terres n’est pas exploitée de façon productive du fait de l’incapacité du gouvernement à aider les communautés en fournitures et services agricoles annexes.

L’inégalité existe aussi dans l’accès à l’eau, à l’électricité, aux installations sanitaires, au logement, à l’éducation et aux soins. Ceci a conduit à une vague de revendications de la part des travailleurs des services sociaux qui a fait de l’Afrique du Sud le pays dans lequel on a enregistré le plus fort taux de protestation dans le monde.

Against the Current : Qu’est-ce que le Front Démocratique de Gauche et dans quelle mesure constitue-t-il ou est-il en mesure de constituer une force alternative ? Quelles sont ses priorités stratégiques et à quel point est-il soutenu au sein de la classe ouvrière ?

Brian Ashley : Le Front Démocratique de Gauche (Democratic Left Front / DLF) est un front politique anticapitaliste unifié constitué de mouvements sociaux, de syndicats, d’organisations communautaires et de courants politiques qui a été officiellement créé en janvier 2011. Il a des implantations dans presque toutes les provinces d’Afrique du Sud et, bien qu’il n’ait pas participé aux élections des gouvernements locaux en 2011, dispose de 20 élus qui collaborent avec lui via les organisations qui lui sont affiliées.

Sa principale priorité stratégique consiste à coordonner et soutenir les milliers de luttes populaires qui ont surgi dans le pays devant la faillite du gouvernement à fournir les services essentiels aux populations pauvres. Face au chômage de masse et aux besoins en logement s’élevant à plus de 2 millions de demandes, le DLF a initié une campagne visant à établir un lien entre ces deux questions. Nous appelons à un programme de construction massive de logements qui pourrait stimuler les industries en aval et créer des millions d’emplois dans le bâtiment, la plomberie, la construction de charpentes, etc.

Étant donnée l’orientation éco-socialiste du DLF nous soutenons la campagne « Un million d’emplois dans le secteur climatique », compris comme des emplois visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre qui induisent des changements climatiques. Dans la mesure où l’Afrique du Sud est le 12e émetteur mondial de gaz à effet de serre, il est urgent d’opérer une conversion vers les énergies renouvelables (principalement solaire ou éolienne), de développer un système de transports publics décents (écartant des routes camions et autos polluants par voie de conséquence), de rénover les constructions pour les rendre efficaces au plan énergétique, et de faire passer notre agriculture du stade industriel au stade biologique pratiqué à petite échelle.

Ainsi, des millions d’emplois dans le secteur climatique peuvent être créés en détournant notre économie de son actuelle orientation basée sur l’extraction et en diversifiant notre industrie pour répondre aux besoins les plus urgents de notre peuple. C’est comme cela que la question du changement climatique peut être portée à l’attention de la population travailleuse à une échelle de masse. Sinon, cette question est trop lointaine dans le temps et l’espace et est noyée par les préoccupations immédiates : de logement, d’éducation, de santé et, bien évidemment de travail décent.

Le DLF devient une force significative, particulièrement à Gauteng, cœur de la classe ouvrière sud-africaine. Cependant nous considérons également important de nous lier à la COSATU, le mouvement syndical de masse dominant du pays et qui est actuellement allié à l’ANC et au SACP. Nous croyons que dans la mesure où les tensions se développent au sein de l’alliance ANC, il est possible qu’un regroupement encore plus large avec la gauche de la COSATU et d’autres mouvements sociaux puisse constituer une alternative de masse à l’ANC.

Comme cette perspective ne va sans doute pas se concrétiser avant quelques années, il est important de construire le DLF dans les luttes actuelles et d’occuper l’espace vacant à gauche, surtout si on considère que le SACP s’est liquidé dans l’ANC et a cessé d’agir en tant que force indépendante capable de mobiliser les masses ouvrières.

Against the Current : Le Cap est la seule grande ville dirigée par l’Alliance démocratique (le parti libéral d’opposition) et la région du Cap est la seule où au cours de l’apartheid ceux qui étaient classés « Noirs » ne constituaient pas la majorité, qui était composée des gens dits « de couleur », des Indiens et des Blancs. Pour beaucoup de Noirs, pas seulement des partisans de l’ANC, cela semble être un problème. A quel point ces sentiments sont-ils réels ? Quelle est la composition sociale de l’Alliance démocratique ? Est-ce que les partisans Noirs de l’Alliance démocratique proviennent surtout des couches aisées ? S’agit-il d’une menace sérieuse pour l’ANC à long terme ?

Brian Ashley : La majorité de la population au Cap, et dans la province du Cap occidental, est composée de ceux qui étaient appelés « de couleur » sous l’apartheid. Il faut aussi garder à l’esprit que sous l’apartheid le Cap était traité en tant que « région préférentielle pour le travail des gens de couleur ». Cela signifie que la migration de ceux qui étaient appelés Africains des Bantoustans était très strictement restreinte. Cela explique ses particularités démographiques.

Par ailleurs, dans une perspective historique, il faut garder en mémoire que le Cap a été la première ville d’Afrique du Sud et fut le siège des vagues de colonisation néerlandaises et britanniques et le lieu de concentration des premiers esclaves, Africains et Malaisiens.

Mais le Cap a aussi une riche histoire de résistance, de syndicalisme et de luttes militantes. Ceux appelés « de couleur » ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement anti-apartheid et dans le mouvement anticapitaliste dans la région du Cap occidental. Cependant le rôle et la contribution de cette section du peuple opprimé n’ont pas été pleinement intégrés dans l’affirmation du nationalisme africain après l’apartheid. Ce nationalisme a été défini trop étroitement pour intégrer les gens dits « de couleur » et leur donner un sentiment d’appartenance à la nation en construction.

Étant donné que cette partie de la population était légèrement mieux lotie en termes de salaires, d’accès aux logements et donc de niveau de vie, la discrimination positive et l’indigénisation de l’État après la chute de l’apartheid ont fait craindre aux gens « de couleur » qu’ils allaient perdre leurs acquis au profit des Africains. Cela a renforcé le processus de polarisation et d’affaiblissement de l’identité noire commune (qui s’est développée et affirmée durant la lutte contre l’apartheid) et a alimenté des sentiments d’identité distincts.

Peu a été fait pour surmonter l’héritage territorial de l’apartheid, le développement séparé et les autres obstacles (langue, éducation, sport). Les communautés dites « de couleur » continuent à vivre dans les mêmes townships et leurs enfants continuent à fréquenter les mêmes écoles qu’à l’époque de l’apartheid.

Ces conditions ont alimenté les flammes de l’insécurité et de craintes dans les communautés ouvrières, qui ont subi le coup principal de politiques néolibérales : réduction massive des emplois dans le secteur public des services municipaux, de l’enseignement, de la santé et plus généralement dans le secteur tertiaire. Le chômage massif et la misère dans un grand nombre de townships « de couleur » ont aggravé l’aliénation de la société, particulièrement parmi la jeunesse.

Les niveaux de la violence, du gangstérisme, de la criminalité et de la toxicomanie ont fortement augmenté et certaines zones ressemblent maintenant aux ghettos noirs des États-Unis. Cette situation d’insécurité, ainsi que le chômage massif qui les touche, a fait perdre à l’ANC les suffrages des « gens de couleur ». Cependant l’Alliance démocratique n’aurait pas pu remporter la circonscription du Cap si elle n’avait pas absorbé plusieurs petits partis, comme les Démocrates indépendants et l’ancien Parti national (parti au pouvoir sous l’apartheid).

La classe moyenne blanche demeure la base électorale de l’Alliance démocratique. Mais comme la population est de plus en plus désespérée par la montée du chômage, l’incapacité du gouvernement à assurer les services fondamentaux et l’augmentation de la corruption, l’Alliance démocratique fait quelques incursions même dans les townships noirs, en tant que principal parti de l’opposition.

Il est probable que lors des prochaines élections les petits partis, dont la dissidence de l’ANC fondée lors du renversement de Mbeki et le Congrès du peuple (COPE), vont former une coalition électorale avec l’Alliance démocratique et qu’ensuite ils vont fusionner. De cette façon l’Alliance démocratique pourrait gagner plus de soutiens dans les townships africains. Mais les classes moyennes noires soutiennent essentiellement l’ANC et sont mobilisées autour du nationalisme chauvin africain.

Against the Current : Comment voyez vous, depuis l’Afrique du Sud, le spectacle de la politique aux États-Unis ?

Brian Ashley : Nous somme très impressionnés par l’émergence du Mouvement Occupy en tant que mouvement des 99 % opposé à l’élite — les 1 % — qui domine tous les aspects de la vie aux États-Unis. Son apparition en tant qu’ Occupy Wall Street a été une source d’inspiration et a créé une grande excitation étant donné le rôle de Wall Street dans la crise financière ainsi que l’idéologie et la politique néolibérale. Mais du fait de notre éloignement, nous ne percevons pas de nombreux aspects de ce mouvement — quelles sont les différentes forces en son sein, quels sont les orientations idéologiques en débat — même si l’internet permet aussi de mondialiser les informations.

Après l’élection triomphale d’Obama, le premier président noir des États-Unis, dans un premier temps au sein de la population noire d’Afrique du Sud il y avait beaucoup d’espoirs et d’illusions. Cela s’est effondré dans les couches progressistes lorsqu’il est devenu clair qu’Obama allait poursuivre la guerre de Bush « contre le terrorisme » et les interventions au Moyen-Orient. De nombreux Sud-Africains ont été irrités par le fait que les États-Unis défendent Moubarak lors du soulèvement égyptien et par le déploiement des forces armées états-uniennes en Afrique.

L’apparition du Tea Party et d’autres forces réactionnaires dans le Parti républicain et autour de ce parti est passée inaperçue en Afrique du Sud. Ce n’est que lorsque Mitt Romney a émergé en tant que candidat à la présidence, qu’il a accusé Obama de poursuivre une politique socialiste et qu’on a appris que 40 % de la population des États-Unis pense que c’est vrai, que nos yeux se sont ouverts et que nous tentons de comprendre le sens de la politique états-unienne.

Pour nous il est particulièrement difficile de comprendre pourquoi, sous l’impact de la crise économique, alors que des millions de personnes ont perdu leur logement et l’épargne de toute leur vie, alors que le rôle des 1 % apparaît dénoncé, il n’y a pas aux États-Unis de mobilisations massives des travailleurs, des protestations et même des grèves générales. Nous ne comprenons pas pourquoi il n’a pas eu d’autres Wisconsin et pourquoi il n’y a pas plus de succès pour arrêter ce que font les élites… Après tout, ils ne sont que 1 % ! ■

* Brian Ashley, militant anti-apartheid depuis sa jeunesse et un des fondateurs du Front démocratique de gauche (Democratic Left Front), est rédacteur en chef de la revue bimestrielle Amandla !. Cet entretien a été réalisé par David Finkel et Dianne Feeley, militants de l’organisation socialiste états-unienne Solidarity et publié dans la revue Against the Current n° 160 de septembre-octobre 2012.

Traduit par Mohamed K.

Notes

1. Le coefficient de Gini est un indicateur statistique qui mesure les inégalités en fonction de la part de revenu des couches sociales les plus riches. A titre de comparaison, les États-Unis qui sont la plus inégale des principales économies industrielles, ont un coefficient situé entre 0.46 et 0.47.

Source : http://orta.dynalias.org/

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes