mercredi, 18 octobre 2017
 

Afrique du sud - Tuerie de Marikana : l’opération policière « n’aurait pas dû avoir lieu »

La commission d’enquête judiciaire sur la tuerie de la mine sud-africaine de Marikana a recommandé de confier au parquet une enquête criminelle contre la police, qui a tué 34 mineurs en grève le 16 août 2012, dans une opération mal préparée « qui n’aurait pas dû avoir lieu ».

« La commission recommande une enquête exhaustive sous la direction du parquet (provincial) dans le but de déterminer la responsabilité criminelle des agents de la police nationale impliqués dans les incidents », a indiqué le président sud-africain Jacob Zuma, qui a donné lecture en direct à la télévision d’un résumé du rapport d’enquête de 600 pages sur ce massacre qui a traumatisé l’Afrique du Sud.

« La commission estime que l’opération de police n’aurait pas dû avoir lieu le 16 août, car le plan était défectueux », a poursuivi le chef de l’État.

Dénonçant « un manque total de contrôle et de commandement », notamment dans la deuxième phase du massacre, la commission note que l’opération de police lancée cet après-midi là contre les grévistes porteurs d’armes blanches était vouée à la catastrophe, compte tenu du nombre de mineurs rassemblés et de l’impossibilité évidente pour les forces de l’ordre de les désarmer pacifiquement.

« L’incident de Marikana a été une horrible tragédie qui n’a pas sa place dans une démocratie », a dit le chef de l’État, « où tous les citoyens ont le droit de manifester et où les travailleurs ont le droit de se mettre en grève pacifiquement et de négocier leurs conditions de travail avec leurs employeurs, pacifiquement ».

« Toute la nation sud-africaine a été choquée, le monde entier a été choqué, car personne ne s’attendait à cela dans une Afrique du Sud libre et démocratique. Nous devons, en tant que nation, tirer les leçons de ce douloureux épisode. Nous devons l’utiliser pour construire une société plus unie, pacifique et soudée », a-t-il ajouté.

Dans la foulée du drame, Jacob Zuma avait ordonné la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, présidée par un juge. Cette commission, de retards en reports, a mis plus de deux ans et demi pour rendre son rapport, qui a été remis au président fin mars cette année.

Depuis, les victimes, leurs avocats et des organisations de défense des droits de l’homme pressaient M. Zuma de publier ce rapport. Il avait promis de le faire avant la fin du mois de juin.

La présidence n’a pas précisé jeudi si le rapport serait publié dans son intégralité ou dans une version expurgée.

La commission d’enquête a établi que la fusillade principale, filmée à l’époque par toutes les télévisions, en cachait une autre, lorsque les mineurs ont fui, pourchassés par des policiers : 17 des 34 mineurs ont été tués durant cette poursuite, dont certains dans le dos.

La commission a également estimé que la police avait fait preuve d’improvisation, agi par vengeance et sous le coup d’interférences politiques, avant « une tentative délibérée d’induire en erreur » le travail d’enquête.

Les responsables des forces de l’ordre ont toujours plaidé la légitime défense, dans l’extrême climat de tension qui régnait alors sur le site, arguant que les grévistes, particulièrement menaçants, étaient armés d’armes blanches.

À ce jour, aucun responsable de la police n’a été jugé ou sanctionné, mais la commission d’enquête avait le pouvoir de recommander des mises en examen.

Le drame avait exacerbé la grève dans tout le secteur clé des mines et a durablement terni l’image de la jeune démocratie sud-africaine. Il a également accéléré l’émergence d’un syndicat radical, l’AMCU, devenu depuis un puissant rival du syndicat historique des mineurs (NUM), critiqué pour son allégeance au pouvoir politique et sa complaisance envers le patronat minier.

Durant les audiences de la commission d’enquête, un avocat des victimes avait concentré ses attaques contre le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa, à l’époque membre du conseil d’administration de Lonmin.

Alors que la grève dégénérait, M. Ramaphosa avait contacté les ministres de la Police et des Mines et plaidé pour que la police intervienne.

Les conclusions du rapport sur son rôle exact pourraient peser sur la vie politique sud-africaine, M. Ramaphosa étant considéré par certains comme un possible successeur à Jacob Zuma à la tête de l’État.

Par ailleurs, l’employeur Lonmin, un géant mondial du platine, a été vivement critiqué pour son refus d’ouvrir la négociation avec les grévistes alors que la violence s’amplifiait, et pour sa décision « froide et délibérée » de demander au personnel de continuer à venir au travail malgré les dangers.

Source : La Presse

 
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