lundi, 24 juin 2019
 

Etre lesbienne en Afrique du Sud : pas toujours gai

Simon Lokodo, ministre ougandais de l’Ethique et de l’Intégrité vient d’annoncer son projet d’interdire 38 ONG, accusées de "promouvoir" l’homosexualité. Selon Lokodo, ces ONG encouragent l’homosexualité et recrutent activement les homosexuels. Cette annonce fait suite à un raid policier, près de Kampala, dans un hôtel qui abritait une conférence sur les droits des homosexuels. Ce jour-là, plusieurs militants gay avaient été gardés en détention pendant quelques heures.

"Il y a beaucoup de lesbiennes en Ouganda, mais comme moi, elles gardent le silence. La raison pour laquelle je n’ai pas été frappée ni attaquée est que j’ai essayé de garder le secret sur ma sexualité." C., une femme de 28 ans, lesbienne et originaire de Mukono, ville du sud-est de l’Ouganda, a eu de la chance. La seule personne qui s’est rendu compte de son homosexualité était son père. Qui a décidé de la protéger, mais qui est décédé en 2008. Dès lors, la sécurité de C. n’était plus assurée. Elle a donc décidé de quitter le pays pour aller dans un endroit où les lois protègent les minorités sexuelles contre la discrimination, l’Afrique du Sud.

Dangereux

C. a fui l’Ouganda car dans ce pays, il peut être dangereux pour elle d’afficher au grand jour son homosexualité. Nombreux sont ceux qui croient que cette orientation sexuelle est "non-africaine" et "non-chrétienne". Certains journaux ont clairement affiché des photos d’homosexuels et encouragé les lecteurs à les rechercher afin de les dénoncer ou les attaquer.

A l’heure actuelle, ce ne sont pas seulement les médias et les églises qui propagent la haine et la violence envers les gays et lesbiennes ougandais. La preuve a été faite la semaine dernière du rôle tout aussi important du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que les autorités ougandaises démontrent ouvertement leur condamnation de l’homosexualité.

Peine de mort

En 2009, le député David Bahati avait introduit le projet de loi "anti-homosexualité". (anti-homosexuality Bill). La loi prévoyait un durcissement des peines encourues pour certains actes homosexuels. Elle incluait des peines de prison à vie et même la peine de mort pour ce qu’elle qualifiait de "homosexualité aggravée". Par ailleurs, elle stipulait la poursuite de toute personne qui ne dénoncerait pas aux autorités l’homosexualité de l’un ou l’une de ses congénères.

En fait, ce projet de loi signifiait que toute mère, au courant de l’homosexualité de son enfant, risquait des poursuites si elle ne le dénonçait pas. Selon Bahati, le projet de loi avait pour but de protéger la "famille traditionnelle africaine" et les enfants ougandais d’une prolifération de l’homosexualité et de la propagande pro-gay. La communauté internationale et les défenseurs des droits de l’homme ont démontré qu’ils voyaient la protection en d’autres termes. Le projet de loi a soulevé un tollé international. Entre-temps, le Parlement ougandais a été dissout en mai 2011 et aucune législation anti-gay n’a été proposée depuis.

Cependant, le répit des minorités sexuelles et des défenseurs des droits de l’homme a été de courte durée. En février 2012, le projet de loi est réapparu. Il n’est plus question de condamnation à mort, mais il fait partie des dossiers en cours de discussion au Parlement.

Sentiments homophobes

L’homophobie flagrante affichée dans les rangs du gouvernement par Bahati ou Losoko ne fait qu’exacerber les sentiments homophobes des Ougandais de la rue. Ainsi que C. le souligne, "personne ne peut leur expliquer ce que c’est qu’être une lesbienne."

Quoi qu’il en soit, pour C., le réel problème est autre part. "Dans mon pays, ils préfèrent le Roi* au président. Donc, même si le président affirmait qu’être gay ou lesbien n’est pas un problème, et que le Roi pense que c’est mal, les gens se rangent du côté du roi", explique-t-elle.

Viols et meurtres

Elle continue à vivre dans la peur. "En Afrique du Sud, la loi anti-discrimination existe bel et bien, mais la mentalité des gens ne suit pas toujours." Elle cite de fréquents rapports sur des viols et meurtres de lesbiennes de race noire. "S’ils le font avec leurs propres compatriotes, que vont-ils faire avec des réfugiées ougandaises lesbiennes ? Aussi longtemps que je ne trouverai pas de bon job, je ne peux pas aller vers des endroits plus sûrs."

Comme en témoigne la violence constatée contre les femmes lesbiennes noires en Afrique du Sud, une loi protectrice peut évidemment éviter aux gays et lesbiennes une arrestation ou un emprisonnement. Cependant, elle n’empêche pas la discrimination homophobe ni la violence dont les homosexuels sont les victimes dans leur vie de tous les jours.

Une protection légale ne peut être réellement efficace et garantir la sécurité et l’égalité des sexes que si elle est soutenue par les prêtres, les leaders spirituels et traditionnels ainsi que les médias. Pour C., le voyage vers l’Afrique du Sud est clairement une amélioration ; elle ne sera pas enfermée pour ce qu’elle est. Mais sa sécurité semble encore loin d’être assurée.

* C. fait allusion au Roi du Buganda (Bugandan King), le plus grand des royaumes traditionnels de l’Ouganda actuel.(n.d.l.r.)


L’Afrique du Sud n’est pas le paradis pour les gays Les demandeurs d’asile africains ayant fui leur pays pour échapper aux préjugés contre l’homosexualité sont loin de trouver une vie rêvée en Afrique du Sud, seul pays du continent qui leur accorde en principe exactement les mêmes droits que les hétérosexuels, selon une étude publiée mardi par PASSOP.. L’Afrique du Sud est le pays qui enregistre le plus grand nombre de demandes individuelles d’asile au monde, malgré sa mauvaise réputation en matière de traitement des étrangers. Elle enregistre 3.500 à 4.000 demandes d’asile chaque mois. Ce nombre élevé de demandes individuelles —devant les Etats-Unis, selon l’UNHCR— s’explique en partie par les difficultés pour les étrangers d’obtenir une autorisation de travail au titre de l’immigration.


Maria Hengeveld

Source : http://www.rnw.nl

 
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