jeudi, 17 janvier 2019
 

Jacob Zuma et la nouvelle Afrique du Sud

Zuma est à tous égards une personnalité controversée. Il a profité massivement de la nouvelle immunité en tant que personnage central du gouvernement ANC. L’an passé il est passé en jugement sur une accusation de viol, et a expliqué que pour éviter le risque du sida il avait pris une douche après les faits. Il a été relaxé. Quelques jours après sa victoire aux élections de l’ANC, on lui a annoncé qu’il allait être mis en examen pour corruption, du fait d’une ‘relation corrompue’ avec un associé en affaires qui est déjà en prison. Zuma n’est pas non plus un ami des grévistes. Lors de la grève nationale de l’an dernier Zuma ne s’est pas adressé aux grévistes et n’a pas soutenu leurs revendications. Sa déclaration la plus publique, faisant écho à celle de Mbeki, a consisté à dire que les grévistes donnaient une mauvaise image de l’Afrique du Sud.

Malgré le rôle de Zuma dans la nouvelle Afrique du Sud, son élection est le produit de la colère contre la politique de Mbeki qui se répand de plus en plus. Zuma est devenu le flambeau de la colère des masses dans un pays qui est polarisé entre une richesse obscène et une pauvreté qui s’aggrave. L’Afrique du Sud est toujours ravagée par le chômage de masse, qui est estimé officieusement à plus de 45%. Les millions de nouvelles maisons promises par Mandela n’ont pas été construites, et les bidonvilles et les camps de squatters sont visibles dans toutes les grandes villes. Mais il y a eu de vrais gagnants. La vieille élite blanche a conservé ses privilèges et les multinationales sont restées au centre de l’extraction minière. Mais les quatorze dernières années ont vu émerger une élite noire qui a bénéficié des dividendes qui lui ont été octroyés par la vieille classe dirigeante.

Le pays est célébré par la ‘communauté internationale’ comme un symbole de stabilité économique et de bonne gouvernance. Mais la réalité est tout à fait différente. Le commentateur Patrick Bond décrit l’état vulnérable de l’économie comme « une machine économique parasitique, avec de hauts niveaux de pauvreté, accablée par le chômage et la fuite des capitaux, orientée vers l’élite et écrasant les pauvres gens, et dont les gains n’apparaissent que comme une profitabilité temporairement restaurée pour le grand capital et une frénésie de consommation pour

une petite bourgeoisie saturée de crédit. » Derrière la victoire de Zuma, il y a un réveil massif de la lutte de la classe ouvrière. La vague de grève, y compris la grève du secteur public en juin dernier, a vu passer les journées d’arrêt de travail, de 500.000 en 2003, à 2.900.000 en 2006, et à plus de 11 millions en 2007. Dans les services publics de fourniture d’eau et d’électricité, les manifestations, les émeutes et les organisations sont montées en flèche, passant de moins de 6.000 en 2004 à plus de 20.000 en 2005-2007.

En novembre, Zuma s’est rendu à Londres pour lever des fonds pour sa campagne et aussi, de façon cruciale, pour rassurer aux milieux d’affaires sur son absence d’intention de modifier la politique pro-business de Mbeki. Même avec ces tentatives de calmer l’opinion internationale, Mbeki est déterminé à tenter de se présenter comme le candidat de l’ANC aux élections de l’année prochaine. Mbeki pousse à la mise en examen de Zuma pour corruption dans l’espoir qu’il sera discrédité. Mais la fédération syndicale COSATU et le Parti Communiste Sud-Africain, qui sont ensemble les deux principales organisations de la classe ouvrière, soutiennent Zuma. La déclaration du secrétaire provincial de la COSATU Zet Luzipho est sans ambiguïté : ‘Cette fois-ci il y aura du sang répandu au tribunal’ si le procès auquel poussent Mbeki et ses partisans a lieu.

Dans le contexte actuel de radicalisation du débat politique et de la lutte syndicale, il y a d’énormes opportunités pour qu’émerge une gauche authentique.

 
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