lundi, 20 mai 2019
 

Comores : L’impérialisme comme angle-mort, un point de vue

L’article, de Coralie W. sur la départementalisation de Mayotte, appelle plusieurs remarques tant il repose sur un déni de l’histoire comorienne récente et de l’impérialisme français. Il récuse la notion de peuple comorien incluant les Mahorais et affirme qu’on « ne peut pas obliger un peuple tout entier (...) à vivre avec des gens en qui il ne se reconnaît plus  », reprenant sans sourciller l’argumentation qui était déjà celle de Messmer en 1975. Première interrogation : le principe de l’autodétermination des peuples énonce-t-il un droit des peuples opprimés à se libérer ou un droit à la sécession ? Si elle était majoritaire, soutiendrions nous par exemple la revendication d’indépendance de la Padanie défendue par la Ligue du Nord en Italie ? Deuxième étonnement : comment passer sous silence les mécanismes de la construction de cette « identité mahoraise », la répression contre ceux qui s’y oppose, son instrumentalisation xénophobe par le pouvoir néocolonial et ses relais dans la classe politique mahoraise, les ratonnades auxquelles elle a donné lieu, il n’y a pourtant pas si longtemps ,avec la complicité des élus UMP ? L’article de Coralie W. reconnaît que l’attachement d’une majorité de Mahorais-e-s à la France, plus que par des raisons culturelles ou historiques, s’explique par la crainte de perdre des conditions de vies plus favorables. Mais l’argumentation est à nouveau un raccourci surprenant : « Les Mahorais ne sont pas prêts à rejoindre le destin des Comores qui ressemble à de nombreux régimes véreux communs à l’Afrique : misère (niveau de vie 9 fois inférieur à celui de Mayotte), corruption et instabilité politique (18 coups d’Etat en 34 ans d’indépendance) » Les «  régimes véreux » ne sont-ils « communs » qu’à l’Afrique ? Tous les régimes politiques qui se sont succédé aux Comores depuis l’indépendance sont-ils équivalents ? Et surtout comment passer sous silence la responsabilité directe de l’Etat français dans la longue liste des coups d’Etat, puis des déstabilisations sécessionnistes qui se sont succédé ? Même Silberzahn, l’ancien responsable de la DGSE, a reconnu que c’est la France qui exerçait la réalité du pouvoir aux Comores du temps de Bob Dénard. Faire des Comores un épouvantail pour les Mahorais-e-s, c’est précisément la politique menée par les autorités françaises depuis plus de trois décennies pour maintenir leur mainmise sur Mayotte. Imaginons à l’inverse, en réparation des crimes néocoloniaux, une réelle politique de coopération avec les Comores, permettant un développement des infrastructures répondant aux besoins sociaux et sanitaires de la population ; imaginons une harmonisation progressive du niveau de vie sur les quatre îles et une évolution institutionnelle permettant le rattachement progressif aux Comores incluant éventuellement le respect d’une autonomie administrative à déterminer ; imaginons enfin un débat public débarrassé du joug néocolonial : le choix des Mahorais-e-s serait-il le même ?

Robin Guébois

 
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