jeudi, 22 juin 2017
 

Madagascar : Ecolières, victimes d’acte insoupçonnée

La violence que subissent les jeunes filles dans les établissements scolaires est un cas à part qui mérite l’attention car elle fait partie des raisons de l’abandon scolaire. Il s’agit de la violence morale presque toujours associée à la violence sexuelle et à la violence physique.

C’est justifié dans les études réalisées par les différents organismes, les enfants malgaches abandonnent les études trop tôt et le nombre des élèves se réduit à chaque classe supérieure. Entre 2009-2010 et 2010-2011, il y a plus de 700.000 enfants qui sortent du système entre le CP1 et le CM1 selon l’UNICEF, en Février 2012. Il peut y avoir différentes raisons à cela, d’abord des situations financières de la famille ou leur perception pour l’avenir de leur enfant, mais aussi des expériences terrorisantes que ces enfants ont vécues en classe et qui se caractérisent par la violence.

La violence constitue une des majeures préoccupations des élèves surtout des filles quand elles viennent à l’école, la violence psychologique en est la forme la plus dominante. Dans une classe de CM2 d’une Ecole Primaire Publique (EPP) du district Antananarivo Atsimondrano, nous comptons 26 filles et 28 garçons. Des chiffres qui prouvent que la parité est en train de s’établir dans les classes primaires pourtant la réalité est encore loin des comptes.

Conflit entre sexe

A la rencontre des petites filles, nous ne pouvons pas imaginer des brutalités qu’elles subissent quotidiennement à l’école. Des injures lors des disputes en classe, des ironies sur leur vêtement ou les parties de leur corps, des accusations sans preuve, des ricanneries. Voilà en quelques mots les actes des garçons que les filles ne supportent pas dans cette classe. Elles ont beau se plaindre auprès des institutrices mais après des avertissements, ils recommencent encore selon les dires des filles. « Il y a ceux qui se moquent de nous quand nous avons nos règles » confie une élève du CM2. Ces actes qui marquent la domination des garçons dans la classe, portent atteinte à l’intégrité psychique de la petite fille si bien qu’il se peut qu’elle aille jusqu’à quitter l’école. « Après qu’un garçon de notre classe lui ait fait la cour, une de nos camarades de classe n’est plus revenue en cours, elle ne nous a rien raconté et on ne l’a plus vu » raconte Cynthia. Les petites filles sont terrorisées car dès leur enfance, les parents leur inculquent des principes qui sont ancrées dans leur esprit : si tu touches un garçon, tu perds ta virginité, si tu embrasses un garçon, tu peux être enceinte. Cela les rend pudiques.

Quand les parents se plaignent

Ce ne sont pas seulement les élèves qui sont auteurs des violences psychologiques, les enseignants dépassent aussi dès fois les limites des punitions pédagogiques en insultant et en évoquant des paroles blessantes aux élèves. Par conséquent ces élèves perdent confiance en eux-mêmes ; cette fois-ci, même les garçons sont concernés. En effet, des enseignants peuvent maltraiter un élève jusqu’à la fin de l’année à cause de son incapacité à suivre le rythme. La mère d’une petite fille s’est plainte auprès du directeur de l’école quand elle s’est rendue compte de l’angoisse de l’enfant à chaque fois qu’elle le ramène en classe : « elle devient paresseuse, j’ai beau la forcer mais elle se met toujours à pleurer, cela a perturbé ses études ».

Centre d’écoute

Les personnes affectées se plaignent au niveau de leur proche, mais il y a aussi les centres d’écoute et de conseil juridique, instaurés dans les périphéries de la ville d’Antananarivo. Selon un para-juriste, parmi les 60 cas traités par mois, la violence économique, physique et morale sont les cas les plus fréquents. En général les jeunes filles qui viennent les voir sont victimes de violences sexuelles. Celles qui ont subi de violence psychologique à l’école ne se plaignent pas encore auprès du centre car c’est délicat surtout si c’est un enseignant qui en est l’auteur. Cela peut interférer avec les pratiques pédagogiques, par exemple les punitions. Il existe aussi le fait qu’elles ont peur d’être mal vu étant donné que dans la société, on a toujours primé les hommes et même en cas de mésaventures, on rejette souvent la faute sur les femmes,dixit le para-juriste.

Violence psychologique, latente mais présente

« Dans la société, la violence psychologique est souvent perçue comme des inventions et des histoires de femmes, pourtant elle existe cachée et dissimulée derrière les relations. Question genre, elle se base sur le harcèlement sexuel où la femme est rabaissée comme une personne faible et incapable. » explique Andronique Liliane, enseignante retraitée en philosophie.

Selon elle, cette violence se présente sous différents aspects à l’école. D’abord, de la part d’un enseignant qui s’attache aux connotations sexuelles stipulant que les femmes n’ont pas besoin d’étudier et d’être intelligente, que ce sont des objets sexuels et de désirs. L’enseignant croit qu’il peut manipuler facilement ces jeunes filles inoffensives et bêtes ; quant à celles qui lui tiennent tête, il se peut qu’il les harcèle continuellement toute l’année. Entre collègues de classe, se faire battre par une fille quand elle est la première de la classe, ce qui est souvent le cas, est insupportable pour les garçons. Puisqu’ils se trouvent à l’école, un lieu de discipline, ils ne peuvent pas agresser les filles directement. Par conséquent, ils expriment leur colère et leur haine à travers des gestes par exemple frôler les seins, des propos répétés et des mots grossiers. On remarque même que les images perverses et les gros mots sont souvent inscrits sur les tables des filles.

Ce sont des agissements quotidiens qui ne nous surprennent plus, cependant ce sont des violences. En effet, les violences psychologiques peuvent traumatiser une fille durant toutes ses études et même durant toute sa vie. « Elle peut être dégoutée par la vie scolaire, c’est normale étant donné que l’enseignant, qui à ses yeux est comme un parent, le drague. Toutes les brutalités qu’elle subit peuvent lui marquer à vie car ses comportements à l’égard des hommes pourront changer : haine et peur allant jusqu’à ne plus désirer un garçon quand elle sera mère de famille » dixit Andronique Liliane.

C’est clair, le sexiste peut aller jusqu’au mysogisme où l’homme méprise complètement la femme et c’est quand il ne se contrôle plus qu’il peut venir jusqu’à la violence physique et la violence sexuelle.

Randria M.

Source : http://www.madagascar-tribune.com

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes