jeudi, 21 septembre 2017
 

Madagascar : Les gendarmes ont tiré sur la foule en colère, faisant 5 morts

Émeutes à Mananjary

« Nous allons sanctionner sévèrement les éléments de la gendarmerie qui ont tiré sur la foule. Nous promettons que les gendarmes ne vont plus tirer sur la population. L’État va prendre en charge toutes les dépenses liées à l’enterrement des victimes » ; tel est le message lancé par le secrétaire d’État à la gendarmerie (SEG), le général Paza Didier, pour calmer les esprits à Mananjary après les émeutes et conflits qui ont opposé population civile et forces de l’ordre. L’origine des troubles est assez confuse, il y a plusieurs versions. La plus répandue fait état d’un membre des quartiers mobile qui a emmené des voleurs chez les gendarmes et qui aurait été tabassé par un élément de la gendarmerie ; gravement blessé ce quartier mobile est décédé à l’hôpital. Et c’est cette « bavure » des forces de l’ordre qui a provoqué la colère de la population et l’a amenée à la caserne de la gendarmerie. Les gendarmes ont ouvert le feu sur la foule en colère qui a « attaqué » la caserne, faisant 4 morts sur place. Certains avancent qu’il y a d’autres victimes mais « cachées » par les gendarmes. Mananjary était une ville morte toute la journée du 25 mars 2015 : ni école, ni bureau, ni marché… L’État a dépêché sur place plusieurs ministres (justice, défense nationale, SEG) et les deux députés élues de la région.

À Antananarivo, le général Anthony Rakotoarison, premier responsable du service de la communication de la gendarmerie nationale réfute la responsabilité de la gendarmerie dans la mort du quartier mobile. Selon lui, ce dernier aurait été blessé avant d’arriver au poste de la gendarmerie, et ce par des personnes ayant voulu exercer la justice populaire sur les voleurs arrêtés par le quartier mobile. Quel est l’intérêt des gendarmes pour porter la main sur le quartier mobile ? demande l’officier. Il ne peut pas par contre nier les tirs nourris des éléments de la gendarmerie sur la foule en colère qui ont fait 4 morts : « la caserne de la gendarmerie est une zone rouge. Les gens ont pris l’habitude de prendre en assaut les postes de gendarmerie ces derniers temps » explique-t-il pour dédouaner ses éléments. Il fait ainsi allusion aux émeutes de Morondava de l’année dernière où les gendarmes ont également tiré sur la foule en colère.

« Les éléments de la gendarmerie ne vont plus tirer sur la foule », promet le SEG , comme s’il faisait une faveur ! Les forces de l’ordre n’auraient jamais dû tirer sur les civils, ni à Mananjary, ni à Morondava (manifestation contre l’arrestation des employés de la Sucoma), ni à Toamasina (lors de la manifestation contre le délestage), ils n’auraient jamais dû tabasser qui que ce soit, ni à Mananjary, ni à Taolagnaro (ils ont tabassé à mort un maire). Mais comme les « bavures » de ceux qui détiennent légalement des armes sont considérées comme normales, comme ils ne sont jamais sanctionnés, ils continuent. « La population de Mananjary exige que les gendarmes coupables soient emprisonnés sur place de peur qu’ils soient tout simplement relâchés s’ils sortent de la région » explique le SEG. Mais comment se fait-il que les éléments de forces de l’ordre ont la permission de tirer à balle réelle sur la population civile chez nous ? Car, hiérarchie oblige, ils ont bien dû demander et ont eu l’autorisation de tirer pour agir ainsi ou bien ils sont complètement incontrôlables. Il y a eu déjà les affaires de Morondava et de Toamasina il y a quelques mois, comment se fait-il que ni la hiérarchie de la gendarmerie, ni l’Exécutif et le chef de l’État en premier lieu n’ont pas pris des mesures pour éviter ce genre de « bavures » ? À croire que c’est le régime tout entier qui est une bavure !

Léa Ratsiazo

Source : http://www.madagascar-tribune.com/

 
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