jeudi, 15 novembre 2018
 

Madagascar : Une campagne présidentielle tendue et incertaine

« Rappelons que la présidentielle malgache du 7 novembre prochain fait concourir 36 candidats dont aucun ne se désiste jusqu’à maintenant. La société civile dénonce la débauche de moyens (clips, médias privés, hélicoptères, sonorisations etc.) des trois plus gros candidats (les trois derniers présidents, tous businessmen : le sortant Hery Rajaonarimampianina et ses deux prédécesseurs – l’ambianceur putschiste Andry Rajoelina et l’« empereur du yaourt » Marc Ravalomanana – ainsi que les promesses ubuesques lancées à la foule lors de meetings fastueux (T-shirts et casquettes massivement distribués, groupes de supporteurs emmenés par camions etc.), l’absence de projet concret de société et le manque de transparence des fonds investis dans la campagne.

« Cette élection présidentielle est loin d’un climat d’apaisement politique. Outre le mouvement d’alerte lancé par un collectif de 25 candidats qui cherchent à repousser l’élection pour des faits rapportant à des irrégularités et erreurs concernant, entre autres, la liste électorale, les violences ne cessent de se multiplier. Depuis l’ouverture de la campagne électorale, le 8 octobre dernier, de multiples témoignages de violences, et de non-respect de la loi en vigueur pouvant occasionner des climats de conflits entre les candidats ont pu être recensés. Dans l’ensemble, ces actes d’agressions et de violences se déroulent entre les partisans des candidats considérés comme favoris, à savoir les trois anciens présidents.

« Illustrant les tensions existantes, L’Express de ce matin titre : « Faradoboka à Antsonjobe. Le torchon brûle entre HVM et MAPAR »… Je lis : « Les derniers jours de la campagne s’annoncent sulfureux. HVM et MAPAR se disputent le Coliseum d’Antsonjombe pour le faradoboka ce week-end sur fond de coup fourré. »

« Dans le même temps, 25 des 36 candidats ont demandé une révision de la liste électorale qu’ils jugent défaillante : une révision qui implique le report de l’élection et la mise en place d’une transition. Ces 25 candidats sans véritable légitimité ont d’ailleurs signé un « accord politique » en ce sens puis 19 d’entre eux (dont l’ancien président Didier Ratsiraka) ont lancé un ultimatum qui, pour le moment, n’a pas mobilisé grand monde et n’a pas réussi à faire reporter l’élection du 7 novembre.

« Deux candidatures opposées sont scrutées attentivement par les observateurs comme susceptibles de créer quelques surprises dans cette élection. D’un côté, le candidat évangéliste Maihol de la secte Apocalypse compte sur les adeptes de son église et l’imprégnation religieuse de beaucoup de Malgaches et déploie de grands moyens. De l’autre, le candidat n°4 DAMA mène une campagne de proximité avec de modestes moyens : on l’accuse à tort d’avoir reçu des fonds russes mais il a été parmi les premiers (et rares) à avoir déclaré son budget – citoyen et participatif.

« Le 28 octobre, dans son large temps d’expression à la télévision nationale, DAMA a développé sans langue de bois une vraie vision de progrès, le « Valimbabena », c’est-à-dire le « rendu au dos qui a porté », la redevabilité citoyenne à la terre et au peuple : les téléspectateurs auront compris que celle-ci est altermondialiste, écologiste, anticapitaliste, anti-impérialiste, pour une souveraineté-émancipation nationale réelle et une ouverture au monde, pour une décentralisation effective et contre la sorte de république monarchique, pour une économie au service des intérêts du peuple et contre les « grands projets inutiles », pour l’exemplarité de tous devant tous…

« La campagne électorale pour le premier tour s’achèvera le 5 novembre 2018 à 23h59.

 
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