samedi, 25 novembre 2017
 

Madagascar : vers un après-référendum troublé

Le 17 novembre 2010 les électeur-trice-s malgaches ont été appelé-e-s aux urnes pour se prononcer sur un projet de constitution pour la 4e république concocté par le régime putschiste de la Haute autorité de la Transition (HAT) du tycoon Andry Rajoelina qui, le 17 mars 2009, a chassé de la présidence l’autre tycoon Marc Ravalomanana. Référendum controversé dans son initiative et sa conception autant que dans son organisation. En prime, le 20 décembre se tiendront les communales.

Le référendum se veut être un « gage de démocratie » (découlant de la Conférence nationale pro-Rajoelina de septembre) pour la reconnaissance internationale tant recherchée de la transition actuelle dont pourtant la caractéristique principale est son unilatéralisme. Il s’agit d’un référendum-plébiscite pour Rajoelina : le 46e des 168 articles du projet constitutionnel (qui, pour le reste, est quasi identique à la constitution présidentialiste de 1997 amendée sur des points mineurs en 2003) rabaisse de 40 à 35 ans l’âge à partir duquel il est possible de candidater à la présidentielle : l’ex-disc-jockey a 36 ans… Les pires méthodes de manipulation ont été convoquées pour faire gagner le « Oui » : une Commission électorale nationale « indépendante » (CENI) aux ordres ; une liste électorale prétendument refondue (réduite de 300 000 inscrits) mais probablement juste révisée ; des bulletins de vote pré-cochés « Oui » largement distribués par des fonctionnaires dans certains districts moyennant rétribution ; une opération « Tsena mora » (vente bon marché et à grande échelle de ppn (produits de première nécessité) comme le riz, l’huile et le sucre ; des projets « sociaux » lancés à grand renfort de publicité, en dépit des critiques portant sur l’opportunité de ces initiatives en pleine campagne. Le processus électoral mené au forcing par la HAT s’est déroulé dans un contexte général, politique, économique et social plus que critique. L’Union européenne comme les USA ont suspendu leur aide (ce qui donne l’occasion aux putschistes de fanfaronner qu’ils tiennent tête à l’Occident et comptent sur leurs partenaires chinois, turcs, iraniens, pakistanais et israéliens !). Rajoelina lui-même et ses acolytes sont sur la sellette pour bradage de ressources nationales (dont le bois de rose). Mais l’opposition politicienne tergiverse sur les perspectives : les fractions des anciens présidents (Ratsiraka, Zafy, Ravalomanana) restent plombées par le discrédit marquant leur mandat, les principaux dissidents de la HAT sont, quant à eux, décrédibilisés du fait de leurs incohérences. Le bras de fer politicien se cantonne en surenchères clientélistes. Les expressions citoyennes indépendantes se multiplient heureusement. Depuis un mois, un mouvement gréviste perlé touche plusieurs secteurs, particulièrement le port de Toamasina, la magistrature puis les fonctionnaires. Une alliance des enseignants et chercheurs avec leur syndicat et des étudiants bloque les six universités publiques. Un sit-in bruyant de femmes a entamé un mouvement contre la vie chère… Bref, un débordement par ses ailes radicales de la société civile organisée, dont la direction bureaucratique s’époumone à ramener les fractions politiciennes à la table de négociation pour une sortie de crise inclusive et consensuelle, commence à prendre forme… Les revendications catégorielles auront–t-elles ouvert la voie à une réelle dynamique politique ? L’après-référendum nous le dira…

Pierre Sidy

 
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