mardi, 21 novembre 2017
 

« Une campagne pour faire connaître la répression qui sévit au Swaziland »

Les organisations syndicales du Swaziland sont en première ligne de la Campagne pour la démocratie au Swaziland (Swaziland Democracy Campaign) lancée en février pour encourager le changement dans l’une des dernières monarchies absolues du monde. Elle rassemble des organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains, des syndicats et des partis politiques interdits. La campagne tente d’obtenir un soutien international en faveur de la démocratie dans un petit pays rarement sous les feux des projecteurs. Comme l’explique Mduduzi C. Gina, secrétaire général de la Fédération des syndicats du Swaziland (SFTU), les organisateurs de la campagne réclament la fin des lois abusives contre le terrorisme et des restrictions qui pèsent sur les médias et sur les rassemblements politiques. Ils exigent la tenue d’élections multipartites et envisagent . l’adoption de sanctions internationales ciblées contre la clique dirigeante entourant la famille royale si les autorités refusent de bouger.

Il y a maintenant un an que le magazine Vision syndicale de la CSI a publié un dossier de reportage sur le Swaziland (http://www.ituc-csi.org/vision-synd...) (1) qui mettait en lumière la lutte que mènent les syndicats pour la démocratie au Swaziland malgré la répression exercée par les autorités royales. La situation s’est-elle améliorée ?

Rien n’a changé. Nos espoirs en la justice, la liberté d’expression et la démocratisation sont mis à mal. Les autorités se servent de la loi contre le terrorisme pour opprimer la population et ceux qui s’opposent au régime et qui se battent pour les droits humains. Il y a aussi le problème de l’interdiction des partis politiques. Mario Masuko, dirigeant du principal parti d’opposition interdit, le People’s United Democratic Movement, a été relâché après 340 jours de prison. Il a été acquitté par un juge de la Cour suprême, mais le pays n’a guère changé. Le retour de l’actuel premier ministre a un peu compliqué les choses. Au moment où nous parlons, le gouvernement envisage de faire voter une loi qui interdira aux fonctionnaires de mener des activités politiques alors que le Comité consultatif du travail a conseillé de ne pas la ratifier. Les autorités tentent en fait de supprimer tous les droits des fonctionnaires. Nous avons remarqué qu’elles essayaient de les éloigner de la fédération en invoquant notre lien avec le Front démocratique uni qui fait de nous un organe politique ; le gouvernement tente donc de convaincre les fonctionnaires de ne pas adhérer à la fédération. En fait, lors de la Conférence internationale du Travail de Genève de juin 2009, le gouvernement a été directement critiqué. La Conférence a placé le pays sous les feux des projecteurs et le gouvernement a marqué le pas, mais aujourd’hui il continue sur sa lancée.

À quoi la nouvelle Campagne pour la démocratie au Swaziland espère-t-elle parvenir ?

Cette campagne entend mobiliser l’opinion et rendre publics, dans notre région et dans le monde entier, les manquements du Swaziland envers les droits humains afin d’épingler la situation dans le pays. Le monde, lorsque l’on parle de régimes ou de pays non démocratiques, se concentre sur le Zimbabwe, théâtre de nombreuses infractions graves. La Campagne pour la démocratie au Swaziland entend attirer l’attention internationale sur notre pays. Une chose que je peux dire est que le gouvernement est particulièrement courroucé que nous participions à la campagne. Il prétend que nous avons rejoint certains de nos amis en Afrique du Sud pour ternir la réputation du pays.

Les organisations syndicales jouent donc un rôle important dans cette nouvelle campagne ?

C’est vrai, c’est tout à fait vrai, parce que c’est qui nous qui organisons les protestations qui sont essentielles à la campagne. En fait, nous mettons en place des programmes qui soutiennent des activités communes organisées dans le cadre de la Campagne pour la démocratie au Swaziland. Je pense qu’il y aura des mouvements de protestation dans le pays et que nos camarades de la région se joindront à nous. Les protestations s’effectueront au Swaziland. Ce que nous avons fait est de mobiliser les défenseurs des droits humains de la région, d’Afrique du Sud, du Mozambique, du Botswana, du Zimbabwe, pour qu’ils viennent et manifestent au Swaziland. Nous représenterons l’engagement des travailleurs et travailleuses dans le mouvement de protestation qui mettra en lumière les tendances non démocratiques du pays et nous allons faire trembler le gouvernement. Les partis politiques étant interdits, il va de soi que les syndicats mènent la marche vers la démocratisation. Nous appartenons désormais à l’opposition.

Il y a déjà eu d’autres tentatives pour faire pression sur le gouvernement. En quoi cette campagne est-elle différente et sera-t-elle plus efficace ?

En fait, pour moi, ce qui la rend plus importante est qu’il s’agit d’une campagne destinée au monde extérieur pour souligner la situation à l’intérieur du pays. Selon moi, ce qu’il s’est passé jusqu’à présent, c’est que certains camarades au niveau international ne savent simplement pas qu’il se passe quelque chose dans le pays ; ils s’imaginent que cela fait partie de l’Afrique du Sud. Donc, il faut que la situation au Swaziland soit connue et c’est ce que nous allons faire, au travers de la campagne, auprès des organisations internationales.

Quel type de soutien attendez-vous de la part des syndicats et des autres organisations internationales de la région et du monde ?

À l’heure actuelle, nous nous mobilisons pour des sanctions intelligentes, individuellement identifiées, des sanctions qui cibleront les individus qui font obstacle à la démocratisation du pays, et ce par pur égoïsme. Ce que nous attendons de la part des syndicats est une coopération au moment où nous lancerons des boycotts de certains produits précis qui nous paraissent des piliers principaux d’activités commerciales au Swaziland. Nous pensons notamment au sucre. Le Roi détient une part importante de la société de broyage du sucre et nous pourrions identifier quelques cibles spécifiques, par exemple, en Europe, en vue de protester contre des produits qui utilisent ce sucre.

N’existe-t-il pas un danger que la campagne ait un effet négatif sur l’économie du pays et en fin de compte sur vos membres ?

Si, peut-être. Certains penseront qu’il s’agit d’un coup bas pour les travailleuses. Des sanctions économiques qui sont susceptibles d’avoir une répercussion négative sur l’emploi constitueraient un ultime recours. Nous sommes néanmoins convaincus que le fait de nous attaquer à ces secteurs économiques charnières pourrait constituer la clé du changement. Aussi convient-il de réitérer que nous acceptons et reconnaissons le fait que la vraie liberté a un prix et qu’elle n’est pas offerte sur un plateau d’argent.

De quelle façon le Swaziland a-t-il été touché par la crise économique de l’année dernière ?

Elle nous a touchés, elle nous a clairement touchés : plusieurs sociétés ont fermé. Nous avons perdu beaucoup d’entreprises, surtout dans le secteur de la pâte. Près de 4 000 employés ont perdu leur emploi. L’une des plus vieilles usines de papier, SAPPI, la seule dans le pays, a fermé à la fin du mois de janvier, et d’autres sociétés textiles ont également mis la clé sous la porte.

Propos recueillis par Paul Ames.

(1) Intitulé « Swaziland : l’envers répressif d’une monarchie absolue », ce dossier Vision Syndicale est consultable à l’adresse : http://www.ituc-csi.org/vision-synd...

Source : http://www.ituc-csi.org

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes