vendredi, 22 septembre 2017
 

ZIMBABWE : RÉQUISITOIRE SYNDICAL CONTRE LES PLANS DE FLEXIBILISATION DE L’EMPLOI DU GOUVERNEMENT

Le gouvernement du Zimbabwe a été accusé de manquer à sa promesse d’améliorer les droits des travailleurs suite à l’annonce de ses plans de réforme du code du travail qui visent à une flexibilisation accrue de l’emploi.

Lors de la présentation du budget 2015, en décembre, le ministre des Finances du Zimbabwe, Patrick Chinamasa, a annoncé que la législation du travail devait être assouplie aux fins d’attirer les investissements directs étrangers (IDE).

D’après lui, la législation en place accordait trop de protection aux travailleurs et menaçait la viabilité des entreprises qui peinent à maintenir « des échelles salariales insoutenables ».

« La structure des coûts de nos entreprises n’est pas viable ; il nous est impossible de concurrencer les autres pays de la région… nos coûts de main-d’œuvre sont excessivement élevés », a-t-il déclaré devant un parterre de chefs d’entreprises, à l’occasion de la cérémonie de remise des BUY Zimbabwe Awards en décembre.

D’autre part, la semaine dernière à Harare, à l’occasion d’un colloque de la Confédération des industries du Zimbabwe sur les perspectives économiques 2015, Chinamasa a appelé à un gel total des salaires à travers tous les secteurs.

Le gouvernement propose, entre autres mesures, qu’au lieu de négociations par branche, les négociations salariales se déroulent à l’échelle d’entreprise. Le cabinet a adopté les principes d’amendement, préparant le terrain pour la soumission des propositions au parlement, où elles devraient être adoptées.

Cependant, selon George Nkiwane, président du Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU), les propositions de Chinamasa foulent aux pieds les principes convenus dans le cadre de la plateforme du dialogue social du Zimbabwe, le Tripartite Negotiating Forum (TNF).

« Les principes convenus initialement étaient en accord avec la Constitution et faisaient l’objet d’une gestion rigoureuse. Ce virage du gouvernement constitue une atteinte aux droits des travailleurs et, qui plus est, une violation de la constitution », a déclaré Nkiwane à Equal Times.

Selon lui, les représentants des travailleurs, des entreprises et du gouvernement auprès du TNF ont convenu d’un commun accord que les amendements à la législation nationale se centreraient sur l’harmonisation, le respect des normes du travail internationales, la protection des travailleurs contre l’informalisation et la reconnaissance des pleins droits des travailleurs en matière de négociation collective.

Or selon Nkiwane, les propositions de Chinamasa vont tout à l’encontre de ce qui avait été convenu. Il a en outre accusé le gouvernement de compromettre le travail du Conseil national pour l’emploi (National Employment Council, NEC) qui est chargé de la négociation des salaires minimums au Zimbabwe.

Ni Chinamasa ni la ministre du Travail nouvellement investie dans ses fonctions, Prisca Mupfumira, n’étaient disponibles lorsque Equal Times a tenté de recueillir leurs avis.

Nkiwane a, néanmoins, exprimé son espoir de voir Prisca Mupfumira être disposée à engager un dialogue sur les amendements proposes.

« L’actuelle ministre a une certaine expérience de l’industrie et nous croyons pouvoir engranger certains progrès à travers l’engagement », a dit Nkiwane.

Un mal nécessaire ?

S’adressant à Equal Times, Tau Tawengwa, chercheur en industrie à Harare, a décrit les propositions de flexibilisation du marché du travail comme un « mal nécessaire » dans la quête d’une prestation de services efficace et d’une bonne gouvernance économique.

« Des lois du travail rigides ne favorisent pas l’emploi à grande échelle dans des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre », a-t-il indiqué.

Toutefois, comme l’explique Joel Akhator Odigie, coordinateur des droits humains et syndicaux pour l’organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI Afrique), ce qui se passe au Zimbabwe est symptomatique d’une situation que traverse l’ensemble du continent, fruit des interventions « destructrices » des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. « La flexibilité est une stratégie qui consiste à utiliser la main-d’œuvre comme incitation pour les IDE. Mais c’est aussi une façon de déréglementer le marché du travail et d’exonérer l’État de sa responsabilité de protéger les travailleurs », a-t-il dit à Equal Times.

Selon lui, au lieu d’incitations à courte vue et de salaires au rabais, une main-d’œuvre adéquatement formée, compétente et bien rémunérée constituerait une approche bien plus efficace pour attirer les investisseurs.

« La flexibilisation du travail est une course vers le bas », a dit Odigie. « Elle paupérise davantage les travailleurs et continue d’accorder aux IDE des bénéfices qui ne peuvent être retenus au niveau de l’économie locale. »

par Christopher Mahove

Source : http://www.equaltimes.org

 
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