mardi, 21 novembre 2017
 

Accaparement illicite des terres : Des ONG camerounaises rentrent dans la bataille

Le CED et le RELUFA sont résolus à aller jusqu’au bout du combat qui devrait permettre d’interrompre les investissements de palmier à huile par un groupe américain

Affiche de campagne faite par Greenpeace Les responsables du Centre pour l’environnement et le Développement( CED) associés à ceux du Réseau de Lutte contre la Faim au Cameroun (RELUFA), ont décidé qu’il était désormais temps de se mettre définitivement en travers du chemin de l’entreprise SG Sustainable Oils Cameroon (SGSOC), filiale camerounaise de la firme américaine Herackles Farm. Nous ne pouvons plus attendre, nous sommes désormais convaincus que cette entreprise n’envisage pas un seul instant de s’aligner sur les objectifs de développement durable. C’est maintenant que nous devons les arrêter. Si nous attendons, même avec un succès, il sera trop tard, parce que les choses détruites seront difficilement remises en place a fait savoir Samuel Nguiffo, le principal responsable du CED, alors que l’organisation présentait le 06 septembre dernier un film documentaire intitulé des « Palmiers de la Colère », qui ressort les misères des populations riveraines. Cette nouvelle position des deux organisations camerounaises soutenues par le WWF, l’organisation des nations unies pour la protection de la nature, intervient alors que le groupe Herackles Farm a décidé de se retirer du processus de conformité à l’investissement durable (RSPO), qui représentait encore un gage de sa bonne foi. Selon le CED et le RELUFA, les principales critiques formulées à l’entreprise américaine depuis plusieurs mois aujourd’hui, n’ont pas été prises en compte par cette dernière. Aujourd’hui encore, l’on reproche à Herackles Farm au moins 13 griefs qui vont de l’accaparement illégal des terres, à la destruction de l’environnement, en passant par l’atteinte aux moyens de subsistances des populations autochtones. L’action de ces ONG sur le groupe Herackles Farm n’est pas isolée. De nombreuses ONG internationales aussi lancent l’alerte et multiplient les plaidoiries, pour que cessent leurs investissement en Afrique et au Cameroun en particulier.

Un rapport intitulé, Herakles Farms au Cameroun, une déforestation massive travestie en projets de développement durable, publié récemment par le Oakland institute, et auquel a collaboré Greenpeace International ; expose en détails les menaces que ce projet de plantation monumental fait peser sur la région et sur les communautés qui l’habitent. Il indique aussi que beaucoup de fermiers dans cette région sont des entrepreneurs et dépendent totalement des cultures de cacao, de maïs et d’autres fruits et légumes, et que les futures limites de la concession ont été tracées en plein milieu de ces fermes sans aucune considération pour le droit coutumier. Un ensemble de griefs que révèle aussi, la dernière production du jeune réalisateur camerounais Frank Bieuleu, qui après son film très critiqué par le régime sur l’exploitation de rente de la Banane camerounaise, revient cette fois avec une production sur les destructions provoquées par l’exploitation du palmier à huile. De son côté le gouvernement semble loin de ces préoccupations. C’est pourtant des engagements pris par le ministre Louis Paul Motaze, à l’époque en charge du plan et de l’aménagement du territoire, qui ont donné quitus l’entreprise américaine. Au ministère de l’environnement et des forêts, on se refuse à répondre à toutes questions. Il faut écrire au ministre seul lui peut donner l’accord pour parler de ce sujet, a expliqué un responsable de cette administration. La lettre au ministre attend encore d’avoir une réponse. En raison du précédent que constitue le cas SGSOC, ce sont 2 millions d’hectares de terres cultivables qui sont ainsi menacé au Cameroun, par des concessions illégales et inéquitables. Au cœur de la problématique et au-delà de la bataille contre Herackles, ce phénomène interroge aujourd’hui sur la capacité des pays en développement à protéger leurs ressources, aujourd’hui qu’elles ont la possibilité de décider. Pendant longtemps, l’Afrique notamment, a accusé l’occident d’avoir abusé de ses ressources. Ses nouveaux dirigeants ne font pas cependant acte de différence.

Par Idriss Linge

Source : http://www.journalducameroun.com

 
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