vendredi, 20 octobre 2017
 

Cameroun : 03 novembre 1960, La mort oubliée d’un héros camerounais, Félix Moumié

Il y’a 51 ans, Felix Roland Moumié, une des figures de l’histoire politique du pays de la période des indépendances, mourrait dans un hôpital suisse

L’attention de nombreux camerounais est attirée ce jeudi 03 novembre, par la cérémonie de prestation de serment du président Paul Biya. Une cérémonie qui occulte un anniversaire désormais oublié, celui de la disparition brutale à Génève en Suisse d’un des visages de l’indépendance au Cameroun, Félix Roland Moumié. Officiellement les causes exactes de sa mort ne sont pas clairement définies. Mais de nombreuses recherches ont permis d’établir l’implication des dirigeants français de l’époque, qui voyaient en lui un obstacle à leur volonté d’hégémonie. Félix-Roland Moumié est né en 1925 à l’hôpital protestant de Njissé à Foumban, de Samuel Mekou Moumié évangéliste à la mission protestante et de Suzanne Mvuh. Il commence ses études primaires à l’école de Bandjo, les poursuit à l’école protestante de Njissé, puis à l’école publique de Bafoussam (CMI), et les achève à l’école régionale de Dschang (CMII) où il obtient avec brio le certificat d’études primaires. En 1941, il est reçu au concours d’entrée à l’École Supérieure Édouard Renard de Brazzaville. Élève très brillant, il poursuit ses études en s’orientant dans la médecine en s’inscrivant à l’école professionnelle William Ponty à Dakar en 1945. Il retourne au Cameroun en 1947 où il entame une carrière professionnelle de chirurgien.

A son retour au Cameroun en 1947, le médecin Moumié est affecté à Kribi, ville côtière de la région du Sud. C’est dans cette ville qu’il va rencontrer pour la première fois Ruben Um Nyobe. En effet en 1948, Ruben Um Nyobé de retour de la conférence du Rassemblement démocratique africain (RDA), avait pu obtenir de monsieur Darbousier, ancien professeur du Dr. Moumié, une lettre de recommandation. L’objectif d’Um Nyobé était clair : faire de ce jeune médecin un membre de l’UPC. Les deux hommes se rencontrent et échangent longuement. Ils discutent de tous les sujets préoccupants, et Moumié adhère à l’UPC. Cette visite constituera le début d’une brillante carrière politique. En 1952, Moumié sera élu président de l’UPC lors du congrès d’Éséka (le deuxième du parti), malgré son absence lors du scrutin pour des raisons professionnelles. Une brillante campagne dont le slogan était « Résolution des problèmes fonciers, l’encouragement des cultures de rente, la revitalisation de l’art bamoun », ne lui permettra pas de gagner de siège à l’Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) contre le roi Bamoun. En 1954, la lutte se poursuit. Ruben Um Nyobe est invité à s’exprimer aux Nations unies le 24 et 25 novembre 1955. Cette intervention soulève beaucoup de questions et a pour effet la création d’une mission de visite au Cameroun.

La réaction française est immédiate : Roland Pré, gouverneur français d’outre-mer, est nommé nouveau haut-commissaire au Cameroun et il sera installé dans ses nouvelles fonctions le 2 décembre 1955. L’objectif français semble de briser l’UPC quel qu’en soit le prix. Pour mener à bien sa tâche, Pré décide de garder un œil sur tous les leaders du parti, en les regroupant tous dans la ville de Douala. C’est ainsi que le 23 janvier 1955 Moumié est muté dans la ville de Douala pour exercer à l’hôpital Laquintinie. C’est dans cette ville que sa carrière politique prendra un tournant décisif. Cinq ans plus tard, face à son charisme et sa faculté de mobilisation Félix Moumié en exil à Genève trouvera la mort dans un hôpital local. C’est bien des années plus tard que des révélations historiques permettront de rendre publique l’implication de la France. Le 16 janvier 1991, une loi nationale camerounaise a fait de lui un héros du pays. Mais rien de plus. Dans l’esprit des jeunes, son action et son implication pour un meilleur Cameroun restent confus. « C’est dommage, parce que voilà des personnes qui à mes yeux devraient être présentées comme exemple pour les nouvelles générations, parce qu’ils avaient la rage et avaient la foi en leur pays, ce qu’on ne retrouve plus dans ce pays », commente très souvent le chanteur camerounais Valséro

Par Idriss Linge

Source : http://journalducameroun.com

 
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