samedi, 21 septembre 2019
 

Cameroun : A QUAND UN 1ER MAI DES TRAVAILLEURS ?

Bafoussam, mardi 1er mai 2012, 126ème fête internationale du travail. C’est au tour des travailleurs cette fois-ci, après les femmes à l’occasion de la journée du 08 mars, d’étaler autant qu’ils peuvent, à la face de la nation et du monde entier, leur bonheur sous la caporalisation savamment pensée et orchestrée du régime néocolonial qui gouverne le Cameroun depuis la fin de la colonisation.

Ici, comme partout ailleurs au pays, de Maroua à Ebolowa en passant par Garoua, N’gaoundéré, Bamenda, Buea ou Bertoua sans oublier Yaoundé ou Douala, à quelque point où l’on se trouve, la même constante prévaut : l’aliénation implacable, consternante, des travailleurs dans leur grande et écrasante majorité ! Triste à dire : 50 ans après l’obtention théorique de notre souveraineté politique, les travailleurs camerounais se refusent à faire acte de conscience de ce qu’est la fête du travail AILLEURS ; de ce qu’elle devrait être, par conséquent, chez nous, en notre néo-colonie le Cameroun : une journée de lutte sociale qui fait abondamment sinon exclusivement place aux manifestations de types revendicatifs, visant, fondamentalement, à faire évoluer autant l’amélioration des conditions de vie des masses travailleuses que leurs conditions de travail, que ce soit leur évolution au plan législatif (textes et lois officiels) ou en ce qui concerne leur évolution dans le monde même de l’entreprise ou ce qui en tient lieu.

REFUS D’ACTE DE CONSCIENCE

Je parle ici de « refus d’acte de conscience » dans la mesure où, on ne saurait me convaincre qu’avec l’éclosion générale de la communication satellitaire un peu partout dans les milieux urbains où sont concentrées les entreprises, que la majorité des travailleurs n’ait point vu, un seul jour, sur les chaînes câblées et autres, comment les choses se passent ailleurs ; comment la classe ouvrière, dans son ensemble, organisée en cela en syndicats, certes de tous bords mais dignes de nom cependant, brave le macadam par marée humaine pour porter haut et fort et en couleurs ce qu’elle a à dire.

Mais, les travailleurs ont-il seulement quelque chose à dire en notre néo-colonie ? Non, apparemment ! si je devrai m’en tenir aux postures qui sont les leurs à l’occasion de la fête du travail, fête qu’on nomme ailleurs Fête des travailleurs.

A Bafoussam d’où j’écris, bien que m’étant préparé à en recevoir plein la figure, c’est tout à fait « sonné » que j’ai bouclé mon petit tour du défilé en cette occasion.

Sonné ? Je n’ai cessé de l’être à la vue et l’observation de la presque centaine d’employés des brasseries du Cameroun (SABC) qui déambulaient fièrement sans broncher devant l’affiche revendicative (on pouvait lire "Non aux patrons négriers" Ndlr) qu’ils avaient comme sous le nez, apposée sur les murs de l’abattoir municipal. Impeccablement sanglés dans leur tenue- pagne et coiffés tous d’une casquette noire griffée « Castle Beer », ce n’était certainement pas leur problème, cet affichage revendicatif à la limite provocateur, eux qui ne pensaient sans doute que… beuveries.

Sonné, je l’ai encore été avec l’accommodement général des travailleurs pour le défilé-spectacle, à l’occasion duquel on ne faisait valoir que la bonne coupe de sa tenue colorée, quand ce n’était pas la mise en avant, par des employés au zèle consommé, de véhicules flambant neufs au travers desquels le patronat se faisait en réalité bien voir.

LE PAYS SE PORTE BIEN ?

Tous ces travailleurs femmes, hommes, jeunes, vieux, sanglés dans leurs tenues sans plis et si enclins à défiler devant l’autorité (en clair à faire acte d’allégeance au système de caporalisation des masses orchestrée), tous ces gens-là veulent-ils donc nous faire croire que : « Non, le pays se porte bien ! La preuve ? Regardez-nous. »

Eh oui ! A voir les travailleurs camerounais arborer, en guise de banderole ou slogan revendicatifs (comme on le voit partout ailleurs sauf en ‘‘Nègrerie francophile’’), des banderoles et autres pancartes frappés aux nom et logo de l’entreprise ; à les voir ce matin s’encanailler avant le temps devant les stands de « Heineken beer » place BEAC ; à les entendre discuter de tout et de rien sauf, bien entendu, de leurs réelles conditions de travailleurs 30 ans après le gel général des salaires (drôle de velléité pour le dialogue et la concertation sociales !) ; à les voir accepter le dévoiement à ce point de cette journée-victoire historique des luttes des travailleurs qu’est le 1er mai, le moins qu’on puisse dire est qu’un 1er mai des travailleurs n’est vraiment pas pour demain dans notre pays. Ce n’est pas le syndicat UGTC et ses quelques 8 (huit) membres décomptés au défilé qui osera me démentir !

Théophile NONO à Bafoussam

PS : A propos de l’UGTC, j’oubliais : leur drapeau rouge sur la place du défilé aura peut-être été la seule chose aux couleurs d’une vraie fête du travail ce mardi 1er mai à Bafoussam. Les employés de la société FAYADORT, spécialisée dans la production de matelas en mousse, eux, n’avaient rien trouvé de mieux que de défiler avec des… carrés de mousse. Nous ne sommes vraiment pas sortis de l’auberge !

 
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