mercredi, 18 octobre 2017
 

Cameroun : Divulgation d’un rapport : le WWF avait connaissance d’exactions contre les "Pygmées"

Un rapport interne commandé par le Fonds mondial pour la nature (WWF) au sujet de l’impact de son travail de défense de l’environnement au Cameroun sur les “Pygmées” baka a été divulgué après que le WWF ait pourtant nié son existence. Voici ce qu’il révèle :

- Le WWF savait que les Baka n’avaient pas été consultés au sujet des parcs nationaux érigés sur leur territoire. Cependant l’organisation a maintenu publiquement qu’il y avait “un fort taux […] de consentement de la part des communautés”.

- Certains écogardes patrouillant dans la zone se comportent comme des “maîtres et seigneurs” envers les Baka, organisant des “opérations coup de poing” qualifiées d’“effrayantes”. En dépit de cela, un porte-parole du WWF a déclaré que les écogardes “remplissaient la mission qui leur avait été confiée”, à savoir “protéger les forêts et sécuriser l’accès et les zones des forêts communautaires, y compris […] les Baka”.

- De nombreux auteurs d’exactions ne sont pas sanctionnés lorsque des abus sont signalés par les communautés “malgré la dénonciation par les communautés [au moyen de] preuves”. Le WWF persiste néanmoins à déclarer publiquement : “Dans les cas où un comportement inacceptable a été porté à l’attention du WWF, […] le WWF a directement et explicitement abordé le sujet [avec le gouvernement], et le comportement a semblé s’améliorer par la suite”.

- “La plupart des villages locaux sont concernés par [les abus perpétrés par les écogardes]”. Le WWF a cependant expliqué dans une déclaration écrite adressée à l’OCDE que “la possibilité d’exactions par des écogardes ne semble pas constituer une grande priorité pour les communautés baka actuellement”.

Contrairement à ses propres directives, et malgré les demandes formulées par Survival International et des activistes baka, le WWF n’a jamais rendu public ce rapport. Dans un entretien accordé à la revue environnementale Mongabay, Phil Dickie, le “Directeur en charge de la gestion des problèmes” au WWF, a nié que le WWF ait commandé une enquête suite aux accusations de Survival.

En février 2016, Survival International a soumis une plainte officielle auprès du point de contact suisse de l’OCDE concernant les activités du WWF au Cameroun. La plainte a été admise en décembre 2016 ; c’est la première fois qu’une organisation non gouvernementale est examinée de la sorte.

Un Baka a déclaré : “La forêt appartenait aux Baka, mais ce n’est plus le cas. Nous pouvions marcher dans la forêt au gré des saisons, mais aujourd’hui nous avons peur. Comment peuvent-ils nous interdire de pénétrer dans la forêt ? Nous ne savons pas comment vivre autrement. Ils nous battent, nous tuent et nous obligent à fuir.”

Stephen Corry, le directeur de Survival, a déclaré : “Le WWF a commandé un rapport pour examiner les conséquences de ses activités sur les Baka ; vraisemblablement cela concernait entre autre les accusations d’exactions commises par des écogardes financés par l’organisation. Le rapport a confirmé l’étendue et la régularité des exactions. Mais le WWF nie l’existence du rapport. Il est temps que cette grande organisation de protection de la nature prenne ses responsabilités vis-à-vis de ceux qui ont été spoliés de leur terre dans le but de protéger la nature. Et il est temps que le monde ouvre les yeux sur les horreurs commises au nom de la défense de l’environnement.

Il ne s’agit pas seulement du Cameroun ni seulement du WWF : depuis très longtemps, l’industrie de protection de la nature spolie les terres des peuples autochtones. C’est du colonialisme vert et nous faisons tout notre possible pour le combattre. De nombreux défenseurs de l’environnement savent que les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens du monde naturel ; c’est pourquoi les grandes organisations de protection de la nature devraient se mettre à les écouter au lieu de continuer à participer à leur destruction.”

Voici un tableau comparant les déclarations du rapport interne du WWF avec ses déclarations publiques et les déclarations des Baka (en anglais). Le rapport complet est disponible sur demande (en français).

Note : “Pygmées” est un terme couramment employé pour faire référence aux peuples chasseurs-cueilleurs du bassin du Congo et d’Afrique centrale. Ce terme a acquis une connotation péjorative et certains peuples autochtones évitent de l’utiliser. Cependant il est considéré par certains groupes comme un facteur d’identité.

 
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