lundi, 23 octobre 2017
 

Cameroun : LE DEVOIR DE CORRUPTION

LEÇON DE CHOSE COURANTE POUR CLASSES DU PRIMAIRE ET PLUS

Dans le récit qu’on va suivre ici et qui n’est autre qu’une véritable « Leçon de chose » fort courante chez nous, nous nous trouvons dans une salle de classe typiquement africaine, camerounaise en l’occurrence. Elle est petite, vétuste et délabrée, bourrée de petits et vieux écoliers comme on l’imagine. La Chine populaire ! Comme on dit couramment. Ou alors en courant. Pour fuir aussi vite qu’on peut le directeur d’école et… sa chicotte de branches de caféier. C’est que l’homme n’apprécie guère trop les allusions écolières à peine voilées sur le trop-plein d’inscriptions scolaires effectuées par-dessous la table… -banc.

LE MAITRE (d’un ton directif) : Prenez vos cahiers de résumé et écrivez la date ! En titre : « LE DEVOIR DE CORRUPTION ». Corruption avec un grand ‘‘C’’et deux ‘‘r’’ ! Bientôt trois, peut-être… Si la maigreur, pardon la rigueur et la moralisation des comportements, prônés au plus haut niveau par la personne la plus haute aux risées, prennent de l’ampleur. Le titre en majuscules, bande de minus !… A la ligne ! Inutile de serrer comme des sardines. Je dicte et vous écrivez : « Com-me tout bon de-voir qui se res-pec-te, virgule, le de-voir de co-rrup-tion, tiret, de-voir sa-cré s’il en fut, deuxième tire, co-mmen-ce tou-jours par u-ne in-tro-duc-tion en la ma-tière… » (Il s’arrête). La matière étant quoi, élève Tchoupo Félix ?

L’ELEVE (se lève puis se rassoit) : La matière étant l’argent, Monsieur.

LE MAITRE : Sujet dominé, élève Tchoupo. Dix sur dix ! Au fait, rappelez-moi les noms et profession de votre père.

L’ELEVE : Monsieur, mon père est Trésorier Payeur Général à l’Hôtel des Finances. On l’appelle « Monsieur Dix Pour Cent ».

LE MAITRE : Quoi ? Seulement ? Mais, c’est pas Dieu possible ! On est depuis à 30%, élève Tchoupo Félix ! A 30% je dis bien ! Elève Tchoupo - et toute la classe pendant qu’on y est -, retenez bien le chiffre : 30% ! Qui veut dire ?… Qui veut dire quoi, élève Njuikom Françoise ?

L’ELEVE (se lève, timide) : Qui veut dire… Qui veut dire que quand tu manges, je dois aussi manger.

LE MAITRE : Insuffisant ! élève Njuikom. Pour la fille d’un grand importateur, c’est pas brillant ! Où sont les mathématiques là-dedans ? Corrigé, élève Tchoupo.

L’ELEVE TCHOUPO (se lève et se rassoit) : Qui veut dire que pour chaque 100 francs de mangement t’appartenant, je mange 30 francs, que tu montes ou que tu descendes.

LE MAITRE : Parfait, élève Tchoupo ! C’est d’ailleurs ce qu’on nomme, chez nous, ‘‘l’imposition souterraine’’ ou ‘‘sous la table’’, précisément. ‘‘L’imposition sissongo’’ ! Reprenez-moi tout çà ensemble, bande de zéros macabos !

LA CLASSE (en chœur) : Qui veut dire que pour 100 francs de mangement t’appartenant, je mange 30 francs, que tu montes ou que tu descendes.

LE MAITRE : Parfait. Assis maintenant ! On reprend. Je vais d’abord faire la lecture complète du résumé, l’écrire au tableau, après quoi vous recopierez. Ca ira plus vite comme çà. Est-ce bien clair pour tout le monde ?

LA CLASSSE (en chœur) : Oui, Monsieur.

LE MAITRE (il lit) : « Comme tout bon devoir qui se respecte, le devoir de corruption - devoir sacré s’il en fut - commence toujours par une introduction en la matière, un développement enveloppant du sujet à… » (Il s’arrête !) Du sujet à … ? Élève Njuikom !

L’ELEVE NJUIKOM : Du sujet à traiter, Monsieur.

LE MAITRE : Corrigé, élève Tchoupo.

L’ELEVE TCHOUPO - Du sujet à corrompre, Monsieur.

LE MAITRE : Du sujet à corrompre, élève Njuikom, bien évidemment. Je reprends toute la lecture : « Comme tout bon devoir qui se respecte, le devoir de corruption – devoir sacré s’il en est – commence toujours par une introduction en la matière, un développement enveloppant du sujet à corrompre et, bien évidemment, une concussion finale, brève, mais en bonne et due forme. »

Lecture faite, le maître passe au tableau et écrit de sa belle écriture de vieil instit’ des débuts de l’indépendance, l’importante leçon de chose si courante chez nous. En souhaitant à tous, bien sûr, un bon devoir. La moindre des choses quand même pour un maître aussi consciencieux.

Post-scriptum : Toute ressemblance avec quelque situation passée, en cours ou à venir dans telle ou telle République bananière, forestière ou pétrolière africaine ne devra être mise qu’au regret des vraisemblances constatées.

Théophile NONO

 
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