mercredi, 18 septembre 2019
 

Cameroun : Manifestations du CODE à Paris pour « commémorer » le 06 Novembre

Le 28e anniversaire de l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le 06 novembre 82, a été célébré à Paris par une manifestation, d’opposants et activistes camerounais, réunis sous la bannière du CODE et amenés par ses leaders que sont Dr Moise Essoh, Dr Patrice Ndjoumi, Tene Sop et Emeh Elong.

« Paul Biya, à la retraire ! », « 28 ans, ca suffit ! », « Paul Biya, y en a marre », « Paul Biya, criminel ! », « Paul Biya , assassin », « Paul Biya, la honte » ou encore « ELECAM , on n’en veut pas », tels sont quelques slogans qu’on pouvait entendre sur la place du Trocadéro, cet après-midi du Samedi 06 novembre, où les militants, sympathisants du CODE ou tout simplement des camerounais de la diaspora, s’étaient donné rendez-vous pour « commémorer l’anniversaire de l’arrivée du dictateur Biya au pouvoir », selon l’expression de Moise Essoh, Secrétaire Exécutif du CODE, venu tout droit de Bruxelles en Belgique pour la circonstance. Le principal mot d’ordre de la manifestation était « 28 ans de malheurs, ça suffit ! Paul Biya, fous le camp » !

C’est sous une pluie battante que la manifestation, qui a rassemblé quelques dizaines de personnes, s’est déroulée, dans une ambiance plutôt bon enfant. Loin de décourager les manifestants visiblement très déterminés, l’adversité de la nature semble plutôt booster le moral de ces opposants dont la voix et les cris se font plus forts à mesure que la pluie gagne en intensité, sous les regards interrogateurs de nombreux curieux.

Deux banderoles géantes résumaient les préoccupations des protestataires. Sur la première on pouvait lire « 06 novembre 1982 - 06 novembre 2010 : 28 ans de désastre et de crimes ; Paul Biya, ça suffit !!! », alors que la deuxième appelait à la « dissolution de ELECAM, à la création d’une Commission Electorale Indépendante et à des élections transparentes ».

Diverses allocutions ont ponctué ce rassemblement des opposants de la Diaspora. Morceaux choisis.

Rene Emeh Elong, le chef de file du CODE en France, a tenu à saluer et à féliciter celles et ceux qui sont venus, souvent de très loin (Allemagne, Belgique et de divers département de France, Ndlr), pour manifester malgré la pluie et le mauvais temps en vigueur. Cela montre, ajoutera-t-il, « qu’au delà de la foule, ce qui compte, ce sont des personnes déterminées et prêtes à se sacrifier sous la pluie comme sous le soleil pour que le Cameroun change, en bien ». Puis l’orateur, très en verve, de poursuivre « (.. :) vous êtes venus par vos propres moyens ; le CODE ne vous a pas distribué de l’argent pour acheter votre participation. Le Rdpc, au contraire, a rassemblé à l’ambassade du Cameroun quelques loubards faméliques, à coup de billets de banques, pour lancer une motion de soutien au dictateur Paul Biya. C’est une honte pour la diaspora, c’est une honte pour notre pays ! ». Message accueilli par des « Paul Biya, assassin », « Paul Biya, démission », !« Paul Biya, y en a marre » !

Moise Essoh, Secrétaire Exécutif du CODE à quant à lui fait le procès des 28 années de Biyaisme. Pour lui, « les mots rigueur, moralisation et ouverture démocratique si chers à Paul Biya en 1982, sont devenus laxisme, gabegie et dictature en 2010 ». Camarades, crie-t-il à tue tête dans son mégaphone, « le pays va mal, il faut que Paul Biya reconnaisse qu’il a échoué et quitte le pouvoir ». Jouant avec l’actualité française du moment sur les retraites, il a également ajouté, sous les applaudissements des participants et l’approbation des passants, que « pour un homme de 77 ans et au pouvoir depuis 28 ans, et qui n’a fait que du mal à son pays, il était temps que Paul Biya prenne sa retraite en attendant d’aller à Kondengui ».

Quant à Guillaume Tene Sop, un autre dirigeant du CODE habitué à ces grand-messes anti-Biya dans la Diaspora, « le 06 novembre 2010 est le dernier 6 novembre que nous commémorons, il y en aura pas d’autres. Je vous le dis, il n’ye n aura pas d’autres. Mais à condition que nous soyons déterminés comme aujourd’hui. Nous chasserons le criminel Paul Biya par tous les moyens et nous le traduirons devant les tribunaux pour qu’il réponde des 28 chefs d’accusation que nous avons contre lui ». Pour cet ancien dirigeant du « Parlement Estudiantin », au début des années 90, « Partir comme Mobutu ou Partir comme Diouf, Paul Biya peut encore choisir ». Réponse immédiate des manifestants : « comme Mobutu … » !

C’est complètement trempés par la pluie, mais toujours en forme, que ces opposants camerounais ont quitté la place du Trocadéro par petits groupes. Le Dr Bienvenu Mbongue, venu spécialement de Saint Etienne pour ce meeting, confie sa satisfaction et se dit fier d’avoir « participé à cette manifestation pour faire entendre son opposition à Paul Biya ». Patrice Ndjoumi, le responsable des Finances du CODE, révèle quant à lui, que « les mois qui viennent vont être très très chauds, car le CODE accentuera la pression sur le régime corrompu de Biya afin que le 06 novembre 2011 n’ait pas lieu ».

Signalons que cette manifestation s’est terminée par une « Motion de désolidarisation » (voir ci-contre) des manifestants à Paul Biya pour inviter le chef d’Etat camerounais à « tirer toutes les conséquences de ses 28 ans d’échec et du désastre économique et social que son règne a apporté au Cameroun ».

La manifestation du CODE a été précédée dans la matinée du 06 novembre, par un séminaire sur le thème « L’alternance par les élections en Afrique : le cas du Cameroun », à la bourse du travail de Paris. Ce séminaire a rassemblé autour des dirigeants du CODE, des membres de l’association Survie dont la présidente Odile Biyidi était une des intervenantes, ainsi que des représentants de la Diaspora togolaise, béninoise, malienne et bien d’autres pays. Il s’agissait selon les organisateurs « d’échanger les expériences et de renforcer des réseaux de résistance contre les dictatures en Afrique et particulièrement au Cameroun ». La veille déjà le vendredi 05 novembre dans l’après-midi, une conférence de presse à la bourse du travail de Paris, avait permis à Moise Essoh, Emeh Elong et Tene Sop, d’échanger avec les représentants des medias sur le bilan des 28 années de règne de Paul Biya et de faire le point sur le processus électoral que ces opposants considèrent comme « frauduleux ».

Interrogé sur le meeting du Rdpc qui se réunissait à l’Ambassade du Cameroun à Paris, l’activiste Tene Sop confie « le Rdpc a le droit de soutenir Paul Biya. Nous sommes des démocrates, clame-t-il, nous sommes pour le pluralisme politique et d’opinion (…). Mais que le RDPC se réunisse à l’ambassade du Cameroun, qui appartient à tous les camerounais, c’est un grave détournement de biens public ». Puis il révèle que « le CODE enverra dans les prochains jours, une lettre de protestation et de mise en garde à l’Ambassade du Cameroun pour protester contre l’activisme partisan et nauséabond de l’ambassadeur en faveur du RDPC, de même que l’utilisation frauduleuse et illégale des locaux de la chancellerie du Cameroun à Paris, par le parti de Biya alors que le CODE et l’opposition y sont interdits de manifestations ».

Le RDPC France soutient Paul Biya et l’appelle à rempiler pour un énième mandat en 2011 !

Pendant que les activistes du CODE criaient leur ras-le-bol sur la place du Trocadéro, les partisans de Paul Biya utilisaient les locaux de la République du Cameroun pour organiser un meeting partisan de soutien à leur champion. Vêtus de pagnes d’écharpes et de casquettes du « grand parti national » et arborant divers gadgets à l’effigie de Paul Biya, quelques dizaines de personnes se réclamant du RDPC, ont pris d’assaut la salle de conférence de l’ambassade du Cameroun à Paris, pour lancer une « Motion de soutien au président Paul Biya ». Dans cette lettre, le RDPC-France dit s’engager à « soutenir la politique des grandes ambitions » de leur président et s’engage à « barrer la route par tous les moyens à tous les ennemis et déstabilisateurs du Cameroun, en particulier ceux de la Diaspora ». La Motion se termine par une invitation à Paul Biya « à se porter candidat pour l’élection présidentielle de 2011 au Cameroun ».

La marche de soutien initialement prévue par le Rdpc-France, a été finalement annulée en raison de la pluie, ce qui a causé le courroux de quelques militants qui tenaient à marcher malgré la météo. Mengué Marie et Moussinga Eding, se présentant comme militants de la section Rdpc de Paris-Sud, disent ne pas comprendre pourquoi « on ne peut pas marcher sous la pluie ». « Les opposants sont sous la pluie au Trocadéro et tout le monde les voit ; Et nous, nous avons peur de la pluie ! » fulmine Mengue Marie avant d’ajouter, apparemment déçue « (…) il faut reconnaître que ces opposants nous dépassent ; ils ont organisé leur manifestation même sous la pluie, ils ont payé eux même leur transport, alors que nous avons annulé notre marche et attendons qu’on nous donne de l’argent pour nous mobiliser, c’est honteux ! ». « Il y en a qui sont là seulement pour de l’argent et qui ne veulent pas vraiment mouiller le maillot », tonne Marie Mengué, visiblement très remontée contre ses « camarades ».

Essama Benoit Joël, Paris


« Motion de désolidarisation » à l’endroit de Monsieur Paul Biya au Pouvoir depuis 28 ans au Cameroun

Considérant que vous êtes arrivé au pouvoir le 06 novembre 1982 avec comme mots d’ordre « Rigueur, Moralisation et Démocratie » ;

Considérant qu’en 28 ans de règne, vous avez commis le triste exploit de transformer ce pays prospère, autosuffisant alimentaire et en voie de développement, en un « Pays Corrompu Pauvre et Très Endetté » dont 60% de la population vit avec moins de 500 FCFA par jour, pendant qu’une partie de nos compatriotes ne survit que grâce aux colis alimentaires du Programme Alimentaire Mondial (PAM) ;

Considérant que votre long et périlleux règne à la tête de notre pays n’a semé que la ruine, la désolation, la mort et la désillusion pour notre peuple et de sa jeunesse ;

Considérant que vous manquez totalement de crédibilité lorsque, à l’âge de 76 ans et après 28 ans de règne, vous vous découvrez subitement, comme par magie, de « grandes ambitions » pour le Cameroun, alors même qu’il vous en manquait lorsque vous étiez plus jeunes et tout au long de votre règne ;

Considérant que chaque année, vous passez en tout plus de 10 mois hors de votre bureau, en vous prélassant notamment à l’Hôtel Continental à Genève et dans votre Ranch de Mvomeka, à vous reposer paresseusement et à jouer jouant au « Songo’o » en buvant du vin de palme ;

Considérant que malgré votre bilan lourdement négatif et criminel, au nom de vos « grandes ambitions » illusoires et dérisoires, vous avez l’intention suicidaire de prolonger votre règne apocalyptique à la tête de notre pays par un simulacre d’élection en 2011 ;

Nous :

Citoyens camerounais de la Diaspora, réunis à la Place du Trocadéro à Paris en France, à l’initiative du CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise), pour commémorer le 28ième anniversaire de votre hold-up sur notre pays ;

- Vous déclarons incompétent et jugeons vos « grandes ambitions » démagogiques, dérisoires et illusoires ;

- Tenons à nous démarquer clairement et à nous désolidariser de façon radicale, de tout ces « Appels » et autres « Motions de soutien » que vous suscitez malhonnêtement à coup de milliards, pour justifier votre entêtement suicidaire à vous maintenir au pouvoir contre la volonté de notre peuple ; -Vous mettons fermement en garde, contre ce projet funeste et diabolique et nous vous sommons par la même occasion, de tirer immédiatement toutes les conséquences de vos 28 années de règne soldées par un échec retentissant à tous les niveaux (économique, politique, culturel et social), en vous retirant de la course à toute élection présidentielle à venir.

Fait au Trocadéro à Paris, ce 06 Novembre 2010

 
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