mardi, 28 mars 2017
 

Cameroun : vœux de l’UPC

Kamerunaises, Kamerunais,

2016 n’a pas été l’année déterminante pour le changement tant souhaité pour chacun (e) d’entre nous. Changement afin que nous vivions mieux, que notre pays soit dans une voie réelle de prospérité et de paix véritable.

Au contraire de cela, nous achevons dans le déchirement et la douleur, une année pleine de catastrophes. La question que l’on se pose c’est jusques à quand ? Combien de plaies en effet faudra-t-il encore, pour sortir M. Biya et sa bande de l’insensibilité et de l’insouciance vis-à-vis du peuple kamerunais tourmenté et inquiet ?

Combien de calamités faudra-t-il encore endurer, pour que le peuple kamerunais, des quatre coins du pays, décide d’en finir avec cette bande de jouisseurs qui organise son malheur ?

Chers compatriotes,

Quelques faits majeurs.

Durant l’année qui s’achève, nous avons dû subir impuissants :
-  La ratification des Accords de Partenariat Economique (APE), qui protègent sans vergogne les entreprises étrangères au détriment des faibles initiatives locales, réduisant dans le même temps les recettes douanières de l’Etat ;
-  La baisse des cours de pétrole, qui réduisent davantage les recettes publiques dans une opacité complice du pouvoir ;
-  Le retour effréné de l’Etat à l’endettement public et ses conséquences fatales tant décriées depuis la triste expérience des années 80 et qui s’installent de nouveau : ajustement structurel, privatisations, chômage massif, etc…
-  La course à la récupération des terres par les pontes du régime et leurs complices étrangers, démolissant les communautés villageoises entières ; Etc…

Pour quels résultats ?

-  Deux ou trois grands chantiers certes, mais d’un impact limité sur le quotidien des kamerunais pris dans leur ensemble et, un moyen privilégié d’enrichissement de quelques nantis de l’équipe au pouvoir ; Mais surtout :
-  L’encrage encore plus profond de notre pays dans la domination et l’extraversion ;
-  L’accroissement de la pauvreté pour la majorité des kamerunais ;
-  Des catastrophes à répétition (Koumateke, vols de bébés, Matomb, Eséka, Santa, etc…) ;
-  Un malaise social profond fragilisant une unité nationale précaire que ne peuvent gommer ni les prouesses ponctuelles des lionnes indomptables d’un football en crise permanente, ni les performances des soldats au front, d’une armée minée par l’affairisme et le népotisme ;
-  Des entraves à la liberté de réunions, de manifestation et d’information (une jeune journaliste a été déshabillée à l’hôpital gynéco-obstétrique de Douala) ;
-  La violence et la répression comme mode privilégié de règlement de conflits.

De toute évidence, faire régner le même ordre, est le maître-mot de M. Biya et sa bande d’amis d’ici et d’ailleurs.

Dans le même temps…

-  Le mécontentement voire la colère s’exprime de plus en plus fort, à travers des luttes variées : réclamation de salaires et autres droits sociaux non payés, multiples mots d’ordre de grève, réunions publiques tenues malgré les intimidations et arrestations arbitraires, pour le droit syndical, contre des déguerpissements sauvages…etc ;
-  Des revendications sur l’alternance politique se font entendre, même timidement dans les milieux proches du pouvoir ;

-  Que dire de la menace insurrectionnelle dans les provinces de Sud-Ouest et du Nord-Ouest, d’une population victime de l’incompréhension et de l’entêtement coupable d’un pouvoir dépassé et complice ?
-  La ferme revendication s’installe pour l’exigence d’une transition politique démocratique comme seule possibilité de dégager une alternative dans notre pays, avec des précisions de plus en plus affinées. Ainsi, le Kamerun connait manifestement une phase cruciale d’une crise profonde et 2017 sera très certainement une année de lutte âpre afin que la décision se dessine clairement. De deux choses l’une :
-  Ou bien le statu quo domine, ce qui signifierait la poursuite de l’esclavage du néocolonialisme ambiant avec les calamités relevées ci-dessus ;
-  Ou alors, l’amorce d’une sortie honorable, avec l’espoir réel d’une option d’intérêt national, populaire et progressiste.

Tel est l’enjeu pour l’année 2017. Le quotidien de tous en dépendra, celui des kamerunais de toutes les régions du pays, tous, y compris ceux parmi nous qui continuent de dire qu’ils ne font pas la politique.

Chaque camp devra fourbir ses armes en conséquence. C’est la seule façon de gagner le droit de construire pour notre pays, une unité réelle sur des bases saines.

Le peuple kamerunais devra identifier clairement son intérêt et « mouiller le maillot » comme on dit. Pour notre part à l’UPC, il est clair que nous allons continuer à nous battre pour contribuer à sortir le pays du bourbier néocolonial dans lequel nous ont plongés les collaborationnistes de tous bords. Rien ne devra nous détourner de cet objectif, ni la persistance d’une guerre désormais instrumentalisée contre Boko-Haram, encore moins la dérive de la menace sécessionniste.

Tout en comprenant les réactions de kamerunais des provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tout en condamnant l’attitude aveugle et la hargne répressive du pouvoir en place, la position de l’UPC reste positive et se résume de la manière suivante. Nous appelons tous nos compatriotes, à nous atteler à construire ensemble, un état unitaire, multiethnique, démocratique, fortement décentralisé, solidaire, qui n’aurait ainsi rien à craindre d’un dialogue permanent avec n’importe lequel de ses groupes sociaux, minoritaires ou non.

Mais, conscients de la diversité d’opinions sur les fondements de notre vivre ensemble aujourd’hui après plus de 50 ans de dictature, nous présentons encore la plateforme Stand Up For Cameroon comme l’initiative la plus avancée vers la solution consensuelle. SUFC est active, organisée, toujours ouverte et évolutive mais ferme et décidée. C’est bel et bien cette initiative qui a fait reculer le pouvoir en Mars–Avril 2016, dans sa tentative de modifier clandestinement la Constitution au profit exclusif de M. Biya. Et le combat continue pour proposer et bâtir un front alternatif clair. C’est le lieu de remercier tous les partenaires, tous ces jeunes gens actifs, généreux de dynamisme et qui croient en un avenir meilleur.

D’autres initiatives voient le jour ci et là ; il faut s’en féliciter. Tous ces fronts de lutte devront être convergents, dans la perspective immédiate une fois de plus, de « modifier le rapport de forces en faveur du changement véritable que les populations kamerunaises appellent de leurs voeux renouvelés ».

Nous sommes persuadés malgré tout, qu’il faudra encore davantage d’engagement, de détermination, de solidarité, de constance et de dynamisme dans l’action. La jeunesse kamerunaise non encore mobilisée est particulièrement interpellée ; elle devra prendre toutes ses responsabilités.

C’est avec cette note d’espoir dans la lutte que l’UPC combattante tient à annoncer, que l’année 2016 s’achève avec une victoire éclatante. En effet, la plainte déposée depuis 2012 par l’UPC contre l’Etat du Cameroun auprès de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), vient enfin de connaître un premier dénouement. La Commission, par décision réf. COMM/423/12, rendue au cours de sa 29eme Session Extraordinaire, a reconnu l’Etat coupable de violation de la Charte Africaine au détriment de notre parti. L’Etat du Cameroun est en outre sommé de réparer le préjudice ainsi causé et de laisser pour ainsi dire le pouvoir judiciaire et l’administration de la justice faire leur travail sans ingérences.

C’est une victoire pour notre parti qui, depuis au moins les 25 ans de retour au multipartisme dans notre pays se bat contre une marginalisation doublée d’un harcèlement de tous instants.

C’est également une victoire pour tous ceux qui refusent de se résigner devant l’arbitraire et réclament le respect de leurs droits. Preuve est ainsi faite, une nouvelle fois, que la lutte paye, et cela augure de perspectives intéressantes.

Bonne année 2017 à toutes et à tous !

« Un autre Kamerun est possible, d’autres choix sont nécessaires ».

Douala, le 30 Décembre 2016.

NDEMA SAME Alexis Président de l’UPC

 
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