jeudi, 23 novembre 2017
 

De la Révolution Citoyenne Kamerunaise en 2011

« A nos destins promis ce souffle d’autres rives et, portant au-delà les semences du temps, l’éclat d’un siècle sur sa pointe au fléau des balances… »

Saint John Perse, in Eloges.

Aux patriotes, progressistes, révolutionnaires, démocrates et humanistes du Kamerun Libre en gésine, je dédie la présente tribune.

Le temps d’un peuple, le temps d’une révolution, peuvent se mesurer en dizaines d’années, voire en un ou plusieurs siècles. Voici donc plus de soixante ans que des kamerunais réunis en force populaire et organisée, ont commencé le dur et noble labeur que nous poursuivons. Prenons conscience de ce paradigme et oeuvrons courageusement dans son sillage. Le temps de la souveraineté, de la liberté et de la dignité du Kamerun est arrivé depuis 1948, quand des citoyens de ce pays, se démarquant de la mollesse de la JEUCAFRA ( Jeunesse Camerounaise Française) créée en 1938, revendiquèrent avec la création de l’UPC, le triptyque sacré – indépendance, unité nationale, élévation du standard de vie - qui nous pend encore au nez en ce mois de février 2011, trois ans après les émeutes de la Faim de Février 2008, alors que les corps de Jacques Tiwa Gnintedem et de près de 150 kamerunais assassinés par l’Armée de Paul Biya sont encore palpitants de chaleur dans leurs tombes d’infortune. Pour que ne soient pas morts en vain ces hommes, ces femmes et ces enfants tombés tout au long de la longue naissance de la démocratie kamerunaise, les devoirs d’humanité, de mémoire et de citoyenneté, les devoirs de solidarité et d’action concertée qui nous interpellent sont imprescriptibles. Nous devons répondre à trois questions essentielles pour les populations du Kamerun, en ce mois de réveil patriotique, citoyen, révolutionnaire et humaniste qui s’annonce par les appels à la lutte politique radicale lancés à travers le pays et sa diaspora. Ces appels émis par les Organisations Patriotiques et Progressistes de la Société Civile que sont l’UPC, le MANIDEM, le PDS, la NODYNA, une partie du SDF, s’adressent instamment et courageusement à tous ceux qui partagent leur vision de la lutte qui urge. Quelles sont ces trois questions ? Je les propose de suite : 1) Quels sont les objectifs de la Révolution Kamerunaise en 2011 ? 2) Quels sont les moyens réels de la Révolution Kamerunaise en 2011 ? 3) Quels sont les ennemis objectifs de la Révolution Kamerunaise en 2011 ? Je voudrais y répondre le plus clairement possible.

I DES OBJECTIFS DE LA REVOLUTION KAMERUNAISE EN 2011

J’entends par révolution kamerunaise, la transformation politique, économique, sociale et culturelle radicale, mais aussi consciente et maîtrisée qui s’impose au Kamerun, pour mettre fin à la dictature françafricaine du RDPC de Paul Biya, à la misère des plus de 50% de kamerunais qui vivent sous le seuil de pauvreté, à la domination des corrompus et au triomphe de la bêtise généralisée dans la culture. Seule la vision d’une telle transformation consciente et volontariste peut nous autoriser à espérer passer des nombreuses révoltes, des nombreuses tentatives révolutionnaires de 1955 à 2008, à la réalisation des objectifs de la Révolution Kamerunaise du 21ème siècle.

J’ajouterai, avant d’en décliner les objectifs minimaux et consensuels, que cette Révolution Kamerunaise n’est à placer sous l’égide d’aucune idéologie politique occidentale : elle n’est ni une Révolution Marxiste-Léniniste qui aboutirait à la Collectivisation stérile de toute l’économie nationale ou au centralisme dit démocratique, ni une Révolution Ultra-Libérale qui consacrerait le triomphe du règne de la Cupidité Capitaliste, ni une Révolution Socio-Démocrate ou Centriste qui allierait les avantages des deux précédents systèmes idéologiques en éliminant leurs inconvénients. La Révolution Kamerunaise doit être une Révolution inspirée de l’expérience historique, politique, théorique et pratique des populations, des organisations et des penseurs patriotiques du Kamerun. Ce sera une Révolution Upéciste.

L’upécisme, que j’ai décliné comme l’humanisme politique des révolutionnaires et nationalistes kamerunais de la trempe de Um Nyobé, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Ossendé Afana, Mongo Beti, Tchundjang Pouemi, Michel Ndoh, Ernest Ouandié et leurs héritiers, mais aussi tous les combattants plus ou moins anonymes de l’Indépendance du Kamerun, requiert une Réforme radicale de notre économie vers l’autosuffisance nationale et vers une industrialisation écologiques ; la Révolution Upéciste requiert la refonte de nos Institutions Sociales, Economiques, Politiques et Culturelles dans l’esprit de consensus, de justice et de transparence d’une politique non pas seulement de Bonne Gouvernance, mais bien plus, de Gouvernance Exemplaire ; la Révolution Upéciste suppose la transformation républicaine de nos Forces de Défense et de Sécurité en Institutions Populaires et attachées au respect de la dignité des personnes ; la Révolution Upéciste suppose enfin la formulation d’une nouvelle dynamique diplomatique du Kamerun en Afrique et dans le monde, basée sur un panafricanisme démocratique, populaire, éthique et solidaire. Qu’on consulte à toutes fins utiles mon texte de 2008, L’Upécisme est un Humanisme, pour saisir les articulations essentielles de l’esquisse que je donne ici de l’expérience politique kamerunaise. Qu’on consulte plus amplement le Programme de l’UPC, affiché dans le site www.upc-kamerun.com et dans le site www.upc-cameroon.com. Qu’on s’approprie ces idées, qu’on les critique et qu’on les diffuse !

A partir de cette perspective, il est possible d’entrevoir maintenant les Objectifs de la Révolution Kamerunaise en 2011, que je nomme les 3 M.

Objectif N° I. METTRE UN TERME à 60 ans de Gouvernement Fantoche de l’UNC-RDPC en contraignant le régime néocolonial de Paul Biya à se démettre, de gré ou de force. Cet objectif passe bien sûr par la levée d’une mobilisation citoyenne exceptionnelle dans les dix principales Régions du Kamerun, avec pour finalité la paralysie totale du pouvoir-RDPC. Sur les vingt millions de Kamerunais, il s’agit de réussir à en mobiliser sur plusieurs semaines, de 2 à 4 millions de citoyens contre le régime RDPC à Yaoundé, Douala, Garoua, Maroua, Bamenda, Buéa, Bertoua, Bafoussam, Bamenda, Ngaoundéré, Ebolowa, et dans toutes les villes secondaires d’importance notoire. ELECAM sera disqualifié avec le régime combinard du RDPC et pas autrement ! L’inscription dans les listes électorales n’a de sens que si elle constitue un moment du combat pour la fin de domination inique du RDPC.

Objectif N° II. METTRE EN PLACE, à la suite du succès de la mobilisation citoyenne populaire ( Objectif N° I), un Gouvernement Consensuel de Transition qui aura pour tâches : 1) D’organiser des élections justes et transparentes dans un délai de 6 mois à 2 ans dans le pays, à travers une CENI ( Commission Electorale Nationale Indépendante) ; 2) D’Organiser une Assemblée Constituante pour proposer un Nouveau Projet de Constitution au Référendum Populaire, avec de nouveaux mécanismes d’alternance et des contre-pouvoirs efficaces à tous les niveaux ; 3) D’Organiser la lutte contre la Corruption généralisée de l’Etat à la Société Civile, en faisant faire des audits des comptes publics en en rapatriant les Fonds Détournés actuellement planqués à l’Etranger ; 4) De veiller au bon fonctionnement pendant la Transition, des Cinq leviers essentiels de l’Etat : l’économie, la santé, l’éducation, la sécurité et la justice ; 5) De préparer une Réforme Républicaine des Forces de Défense et de Sécurité du Kamerun dans l’intérêt jusqu’ici ignoré du Peuple Kamerunais.

Objectif N°III : METTRE EN PLACE L’EMBRYON d’un Etat de Droit exemplaire au Kamerun, en dessinant les piliers d’une République Ecologique et Prospère, d’une République Solidaire, d’une République Pluraliste et d’une République Cosmopolitique.

Quels sont donc les moyens de la Révolution Kamerunaise en 2011 ? La question ne peut manquer de tarauder nos lecteurs. Nous y venons.

II DES MOYENS DE LA REVOLUTION KAMERUNAISE EN 2011

J’entends par moyens, TOUS les facteurs qui peuvent concourir à l’atteinte des objectifs de la Révolution Kamerunaise ci-dessus esquissés. J’excepte bien sûr de ces moyens toute forme de violence qui dépasserait les bornes indiscutables de la légitime défense des citoyens et du peuple. J’excepte bien sûr de ces moyens toute forme de pratique induisant des dégradations inhumaines infligées à des personnes, même quand lesdites personnes sont en effet passibles de poursuites pénales pour les nombreux crimes d’Etat commis contre notre peuple. J’excepte bien sûr de ces moyens toute forme de violence purement exutoire, allant de la pyromanie à la dégradation délibérée des biens et services publics et privés. La maîtrise raisonnée de l’usage de la violence est l’un des signes de maturité les plus profonds dans une Révolution Citoyenne. La responsabilité du pouvoir criminel de Paul Biya est bien sûr engagée : on ne peut idiotement demander au peuple kamerunais de se livrer pieds et poings liés aux sbires sans cœur, sans foi ni loi qui voudront à tout prix sauver le Régime RDPC dont ils vivent. Mais l’exigence des kamerunais en lutte sera de ne jamais ressembler à l’ignominie abjecte qu’ils combattent. Par conséquent, nous avons en charge, avec cette question des MOYENS, affaire au « faire inimitable de la liberté », si je puis parodier le Professeur Eboussi Boulaga. Et cela étant bien dit, n’oublions surtout pas la parole profonde du Combattant Mboua Massock Ma Batalon : « Qui veut du miel doit savoir affronter les abeilles. »

Toute Révolution doit envisager le désarmement de la Contre-Révolution. Par voie de conséquence, les premiers moyens de la Révolution Kamerunaise en 2011 seront ceux qu’utilise la répression de Paul Biya contre notre peuple. Paul Biya a le BIR ( Bataillon d’Intervention Rapide), la GRP (Garde Républicaine et Présidentielle), Les armées de Terre, de l’Air, la Marine Nationale, la Gendarmerie Nationale et les Forces de Polices, Douanes et Eaux et Forêts. Paul Biya a à sa disposition les Services de la Coopération Militaire Française, les Services de Renseignements Kamerunais, Françafricains, et notamment Français. Il a le soutien logistique, économique, militaire et financier de la puissance tutrice d’Afrique Francophone, avec ses camps militaires du Tchad, du Gabon, du Congo, de RCA, notamment. La Révolution Kamerunaise doit donc persuader et convaincre toutes ces forces que le régime de Paul Biya les perdra, et qu’il vaut mieux coopérer avec des forces politiques républicaines et modernes en émergence que d’en rester à l’archaïsme néocolonial. La Révolution Citoyenne Kamerunaise doit retourner les forces armées kamerunaises contre les ennemis criminels du peuple kamerunais. Et nul n’ignore que du fait même des dissensions intrinsèques au Régime RDPC, le ver est dans le fruit.

Mais en dehors des moyens que le Peuple Kamerunais doit arracher à ses ennemis, quels sont les siens propres ? Je les énonce maintenant. La Révolution Citoyenne Kamerunaise de 2011 passera par :

- 1) Les Organisations patriotiques et progressistes existantes : sans l’Organisation des luttes par des Organisations Traditionnelles de Lutte Politique Kamerunaise, point de franchissement du seuil qualitatif qui transformera les révoltes populaires en Révolution Citoyenne Convergente. L’UPC, le MANIDEM, Le PDS, la NODYNA, et en partie le SDF ou l’AFP doivent être désormais les lieux de rassemblement des citoyens désireux de lutte avec efficacité et discipline contre le RDPC. Il appartiendra aux comités d’action pour le changement de s’inscrire dans l’une ou l’autre de ces organisations qui doivent elles-mêmes entrer en parfaite intelligence pour politiser suffisamment les revendications légitimes des kamerunais. Les Organisations politiques de l’opposition kamerunaise ne doivent plus laisser les colères s’éparpiller sans gain ni vision politique dans le corps social. Elles sont le devoir d’organiser et de structurer ce Projet dans le cadre d’un OIGNON PATRIOTIQUE dont elles seules peuvent détenir les ficelles stratégiques. Ledit OIGNON se construirait logiquement autour du Programme Minimal Commun en 6 points – voir www.upc-kamerun.com - qu’elles sont désormais toutes en partage. Puissent-elles enfin comprendre – après l’opportunisme naïf des collaborationnistes des années 90 - que les vies des kamerunais révoltés dépendront de cette structuration et de cette cohésion urgentes des forces de l’opposition progressiste et démocratique ! C’est une affaire de grande responsabilité historique.

- 2) Les Organisations Nationales et Internationales de Défense des Droits Humains implantées au Kamerun : elles relaieront les bilans en temps et heure des luttes en cours et aideront les citoyens à mieux faire connaître leur cause dans l’opinion internationale et notamment dans les Grandes Institutions de défense des Droits Humains ;

- 3) La Création de Comités d’Action pour le Changement ( CAC ) dans chaque quartier, commune, sous-préfecture, préfecture, région, pour réaliser tous les objectifs définis au point I, avec l’appui et la coordination des Organisations Politiques Patriotiques et Progressistes. Chaque CAC doit dès maintenant choisir son Organisation Politique de référence et la contacter de toute urgence sur place au Kamerun ou dans la Diaspora. Chaque CAC doit aussi déterminer et s’imposer dans un espace géographique privilégié, dans son site d’implantation. De préférence, les places centrales du quartier, de la commune, de la ville, de la sous-préfecture ou de la région, doivent avoir leur zone de Parlement Populaire. Il faut que le Kamerun se recouvre de milliers de Parlements Populaires. Dès maintenant, les discussions patriotiques doivent avoir ouvertement lieu dans tous les lieux publics conquis par les citoyens décidés à débattre de TOUT. Le rôle des Comités d’Action pour le Changement ( quartier, communal, départemental, régional) est d’organiser le repérage des lieux du pouvoir-RDPC à paralyser, de faire converger les foules citoyennes vers les Centres-Villes des principales cités du Kamerun, sous la Direction et la Coordination de Forces Politiques Patriotiques et Progressites, de mettre en commun dans les CAC, la logistique de lutte citoyenne : aliments, lieux de repli, médicaments, soins d’urgence, moyens de communication et de presse, réseaux de solidarité divers, informations utiles, mots d’ordre consensuels, etc. On trouvera bien sûr dans tout CAC, au moins cinq équipes réunies, avec à chaque fois des doublons voire des triplons pour chaque poste : a) Une équipe de coordination ; b) Une équipe de sécurité ; c) Une équipe sanitaire ou des lieux de référence pour des soins de première nécessité ;d) Une équipe logistique et financière pour la collecte des différents dons populaires et la comptabilité exemplaire de leur usage ; e) Une équipe de communication : personnes efficaces en transmission de données qui se serviront souvent des téléphones portables, appareils photos numériques, connexion internet, caméras, mégaphones, appareils d’enregistrement audio.

- 4) La médiatisation des luttes kamerunaises multiformes dans l’opinion internationale et nationale : la Révolution Citoyenne Kamerunaise de ce 21ème siècle sera une révolution de l’image et du son, ou elle ne sera pas. Les citoyens et patriotes devront veiller en temps et heure à transmettre image et sons, textes et motions, communiqués et déclarations. Bien que l’INTERNET soit encore sous la coupe du pouvoir Biya au Kamerun, il faudra œuvrer à défaire le RDPC sur le plan médiatique. La Diaspora combattante a de ce point de vue une longueur d’onde d’avance qu’elle doit radicaliser et fructifier dans toute la presse nationale (web) et internationales (Radiotélévisions Françaises, Européennes, Américaines, Africaines et Asiatiques.) Une contre-propagande vigilante devra saper la propagande du régime, pied à pied. Voilà une tâche capitale à remplir par la Diaspora Patriotique et Démocratique du Kamerun.

- 5) L’Organisation de quêtes privées, publiques, populaires, nationales et internationales pour le financement de l’effort démocratique tout comme l’activation d’un lobbying volontariste vers les personnes-ressources individuelles et morales

Les Organisations Politiques Patriotiques doivent publiquement assumer ce travail de lobbying, quitte à en publier plus tard les résultats, si nécessaire. En particulier, il est temps que les bourgeoisies administrative, militaire et industrialo-commerçante du Kamerun choisissent entre l’aide à la Révolution Citoyenne et la collaboration avec le régime criminogène de Paul Biya. Cela suppose donc que tous ceux qui disposent des moyens d’aider les Partis et les Comités en Lutte, ne rechignent pas à passer à l’acte, car les mêmes qui luttent sauront nécessairement se souvenir, pendant la lutte et après la lutte, de ceux qui les auront substantiellement soutenus. Cela suppose enfin que la tribalisation des initiatives et des Directions des Organisations politiques cesse dans l’Opposition Patriotique et Progressiste, afin que le renouvellement des cadres au regard des 65% de jeunes composant la population mette le RDPC face à un regain d’énergie politique inégalé ces dernières années dans notre histoire politique. La responsabilisation politique des jeunes kamerunais de l’opposition ne peut plus attendre les promesses creuses d’une sagesse politique qui ne viendrait qu’avec la vieillesse et la mort. Rappelons que le Mpodol Um Nyobè, Secrétaire Général de l’UPC, mourut à 43 ans et qu’à 35 ans, Moumié était Président de l’UPC !

- 5) La responsabilisation publique ciblée et ad hominem des officiers et hauts-responsables des forces armées et de police du Kamerun : Chaque CAC et Chaque Organisation politique de référence doivent avoir la liste cartographiée des responsables militaires et policiers du régime RDPC, de leurs quartiers, communes, départements et régions. Il s’agira d’entrer activement en contact avec ces hommes et femmes afin de leur faire prendre conscience du poids historique de leur responsabilité dans les dégâts humains qu’ils commettraient éventuellement contre les populations civiles. L’Armée Kamerunaise, La Police Kamerunaise doivent défendre les populations kamerunaises et non leur bourreau, le régime RDPC de Paul Biya ! Par conséquent, l’archive quotidienne des crimes commis par des militaires et des policiers contre les kamerunais sera scrupuleusement tenue et largement publiée, afin que nul n’en ignore et que nul n’oublie.

III CINQ ENNEMIS OBJECTIFS DE LA REVOLUTION CITOYENNE DU PEUPLE KAMERUNAIS.

La mobilisation de ces moyens et la mise en œuvre de ces actions clarifieront la fracture politique kamerunaise, entre le peuple révolté et le régime qui le spolie. Plus on avancera, plus il faudra garder la tête froide, pour ne pas oublier CE QUE nous combattons et QUI nous combattons. Comment conclure dès lors cette adresse sans évoquer les obstacles vivants de la Révolution Citoyenne Kamerunaise du 21ème Siècle ? Voici donc ces ennemis objectifs – c’est-à-dire les criminels sociaux, économiques, politiques, culturels et moraux néocoloniaux – de la cause démocratique au Kamerun. Nous ne les combattons pas en tant que ressortissants de telle tribu, de telle famille ou de telle région. Nous ne les combattons pas pour la couleur de leur peau, la forme de leurs hanches ou la structure de leurs têtes. Nous ne les combattons pas pour des raisons subjectives, mais bel et bien objectives, constatables et repérables dans les dommages collatéraux de leur action criminelle dans l’histoire kamerunaise contemporaine. Ils ne sont pas nos ennemis par notre propre décret, mais bien par leur propre choix délibéré d’agresser et maltraiter notre peuple, d’assassiner et d’appauvrir nos concitoyens, de dilapider sans vergogne les deniers publics et les richesses naturelles du pays.

Pour nous, les ennemis, non pas les adversaires – car avec des adversaires, on partage au moins des principes communs - de la Révolution Kamerunaise du 21ème siècle sont dans l’ordre :

1°) La faiblesse organisationnelle actuelle des populations du Kamerun, matérialisée par le défaitisme mental et l’atmosphère généralisée d’àquoibonisme et de corruption ( à quoi bon ? On va faire comment ?). Tous les kamerunais ne sont pas des gens corrompus, loin de là. Mais tous vivent sous la pesanteur de l’atmosphère généralisée de corruption nationale. Nous devons extirper cette faiblesse de la volonté par la pensée et l’action solidaires et résolues. L’anti-révolution est en nous-mêmes d’abord, dans les guéguerres de bas intérêt que se livrent les sous-groupes de l’opposition nationale et diasporique, dans la lâcheté de gens qui débitent à longueur de journée des idéaux auxquels ils n’adhèrent pas par leurs contradictoires. A tire d’exemple : comment peut-on combattre le tribalisme d’Etat de Paul Biya – cette oligarchie sélective de criminels de toutes les tribus - et pratiquer le tribalisme partisan en ne s’entourant, dans nos propres organisations politiques que de collaborateurs directs qui nous sont plus ou moins liés par le sang ou des allégeances coutumières ? Comment peut-on vouloir la transparence et la bonne gouvernance publiques quand on est soi-même au cœur de pratiques associatives anti-démocratiques et voyoucratiques ? Comment peut-on combattre le colonialisme français et soutenir l’ethnocolonialisme intérieur de certains pseudo-anticolonialistes africains ? Nous devons résolument grandir par la critique acerbe et permanente de nous-mêmes. Toute Révolution Authentique s’appuie sur une régulière épreuve du miroir. La haine de la démocratie puise sa force initiale dans nos propres insuffisances à assumer les risques et les sacrifices nécessaires à la naissance de ce nouveau type de gouvernement politique chez nous. C’est cette force que nous devons subvertir par des pratiques résolument autres, autrement résolues.

2) Le Régime RDPC et ses cadres corrompus, issus de toutes les « ethnies » du Kamerun, et disséminés dans les bourgeoisies administrative, militaro-policière, industrialo-commerçante inféodées au RDPC. C’est ce régime qui gouverne par la violence, le mensonge, l’injustice organisée et le mépris souverain. Le peuple kamerunais peut et doit s’en débarrasser ! Les associations patriotiques et progressistes et tous les kamerunais rassemblés dans les Comités d’Action pour le Changement qui seront liés aux partis politiques de l’Opposition Patriotique, doivent résolument considérer que la dissolution et la disparition du PARTI-ETAT RDPC, comme celle du PARTI-ETAT RCD en Tunisie, est une condition essentielle du changement radical au Kamerun. Le RDPC, comme son ancêtre l’UNC, sont nés du déni violent de la souveraineté démocratique du peuple kamerunais. L’affirmation du pluralisme démocratique du peuple kamerunais passera dès lors par la négation de l’organisation anti-pluraliste et monopartisane du RDPC, entièrement bâtie avec les deniers publics de la Nation. Les soi-disant biens du RDPC doivent être restitués pour l’essentiel au peuple kamerunais sous forme de Maisons Locales de la Culture Nationale, Panafricaine et Universelle.

3) Les tuteurs locaux et internationaux du système maffieux de la Françafrique, enchâssés dans les Accords de Coopération économique, de tutelle monétaire et de Défense Subalterne du Kamerun. Au Kamerun, en Afrique Centrale, en Afrique Continentale, en Occident, et en particulier en France, le système de la Françafrique, si magistralement mis en lumière par le travail de l’Association SURVIE de François-Xavier VERSHAVE, doit être démantelé. Notre conviction est que le Combat pour la Démocratie est intrinsèquement le combat contre la Françafrique et le vrai combat contre la Françafrique, un combat systématique pour l’émergence de la démocratie, non pas seulement par des élections justes, mais aussi par des pratiques économiques, sociales, culturelles et des institutions assurant réellement l’égalité des citoyens en droits et en devoirs, sous l’égide de puissants et prospères Etats de Droit. Dès lors séparer lutte contre la Françafrique et lutte pour la démocratie serait une lubie d’idéologue enténébré. Tenons-nous éloignés de telles occultations.

4) Les forces féodales traditionnelles mais aussi les individualités et organisations religieuses rétrogrades relayant la domination du gouvernement corrompu du RDPC de Paul Biya : Nous pensons qu’une Révolution Citoyenne Kamerunaise mettra fin au système d’allégeance des chefs traditionnels lèche-culs du biyaïsme et de la Françafrique, en restituant le pouvoir traditionnel à sa vraie fonction d’autorité symbolique et de référent culturel local. Une réforme radicale du système des chefferies traditionnelles arrive et ceux qui aiment la démocratie ne s’en offusqueront pas. Les structures institutionnalisées et mentales du paternalisme de domination clanique, du machisme traditionnel et du mépris féodal des droits de la femme, du pauvre et de l’enfant seront courageusement éradiquées. Dans le même esprit, devra être dénoncée et combattue, toute individualité ou organisation religieuse, exotérique ou ésotérique, qui se fait complice de la domination abjecte du régime RDPC contre la liberté et la dignité des populations du Kamerun. La Révolution Kamerunaise ne peut s’accommoder que des pratiques religieuses compatibles avec la tolérance, la liberté, la justice, et le bien-être de tous les citoyens du Kamerun. Ce point a du reste fait l’objet de ma Tribune « La religion du peuple kamerunais libre », disponible sur le net. La Révolution Kamerunaise ne sera donc ni irréligieuse, ni anti-religieuse, mais résolument anti-obscurantiste.

5) Les politiciens et intellectuels manipulateurs du sentiment et des appartenances « ethniques » sont aussi des ennemis de la Révolution Citoyenne Kamerunaise. Il s’agit, autant dans l’Oligarchie « multinethnique » du RDPC que dans les Oligarchies « ethniques » de nombreuses associations de la Société Civiles, de tous ceux qui tenteront de réduire la Révolution Citoyenne à un problème Nordiste, Bassa, Bamiléké, Beti, Anglophone ou Francophone, Noir ou Blanc. Ce sont des ennemis de la Révolution Citoyenne car ils ne nous exposent qu’à une conséquence : faire CE QUE nous combattons et faire subir CE QUE nous avons subi. Tribalisme anti-tribaliste comme racisme anti-raciste ou anti-colonialisme à versant intérieur colonialiste, sont des forfaitures comparables. La Révolution combattra le tribalisme, elle ne le consacrera pas au profit de nouveaux bénéficiaires.

J’assume l’entière responsabilité des idées de ce texte, devant tous les morts et tous les vivants de notre pays natal. Que le présent texte serve donc de support de réflexion et d’organisation à toutes les forces vives de la société civile du Kamerun et que les travaux du changement politique radical reprennent résolument force et vigueur dans notre pays, au prochain coup de maillet du peuple kamerunais révolté pour la liberté, la justice et le bien-être. A l’approfondissement de nos méditations individuelles, doit se conjoindre la naissance d’une intelligence démocratique collective qui oppose une grande politique de la VIE au règne funeste des basses politiques de la MORT au Kamerun. Ceci n’est qu’une modeste pierre au Grand Edifice du Kamerun que nous désirons ardemment et activement. Que chacun y œuvre donc, avec conviction et lucidité, à sa place, sans présomption mais avec toute l’audace nécessaire face aux urgences de l’heure.

Les vies des citoyennes et citoyens du Kamerun sont absolument précieuses. N’en sacrifions aucune à l’absence de vision, à l’impréparation, à la précipitation, à l’opportunisme, à la lâcheté ou à l’indifférence. Quand le peuple kamerunais révolté préparera sérieusement son essai contre la Dictature de Paul Biya et de ses alliés, il le transformera résolument.

Vive la mémoire des Martyrs des révoltes et révolutions kamerunaises !

Vive les Forces patriotiques et progressistes convergentes du Kamerun !

Vive la Fondation du Kamerun Lbre dans l’avènement résolu de la Démocratie !

Pr. Franklin Nyamsi

Yaoundé, ce 15 février 2011.

 
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