jeudi, 16 août 2018
 

Centrafrique : La Françafrique en accusation

De nouveau la France va jouer son rôle de gendarme de l’Afrique en envoyant 800 soldats supplémentaires aux 400 soldats déjà présents en Centrafrique ravagée par les violences de la Seleka. La France dans son rôle de sauveur des populations cache mal sa responsabilité dans la faillite de ce pays.

L’annonce de l’intervention n’est pas une surprise puisqu’il y a une quinzaine de jours, les troupes d’élite de la 11° brigade parachutistes étaient sur place pour préparer le terrain dans ce petit pays qui compte 5 millions d’habitants.

La république centrafricaine est peut-être l’archétype de la Françafrique puisque Paris n’a cessé de mettre ou de démettre les dictateurs. Tout le monde se souvient de la dictature ubuesque de Bokassa mais les autres ne valaient guère mieux. En 2003 avec l’aide du Tchad, la France installe militairement Bozizé qui ne cessera d’enfoncer son pays dans la crise, confortant son pouvoir de son clan en réprimant l’opposition. 2011Bozizé organisera une farce électorale qui recevra l’assentiment de Paris. A force de soutenir des dictatures africaines, La France bloque toutes possibilité de vie démocratique et de changement, les seules issues restant les coups de force violent dont souvent les premières victimes sont les populations civiles.

Si la Centrafrique est hélas habituée aux coups d’état, le dernier est certainement le plus meurtrier. En effet la Seleka qui signifie coalition en langue Sango qui s’est emparée du pouvoir est un regroupent hétéroclite de plusieurs rebellions rivales présentes dans le nord du pays. Elle est majoritairement composée de tchadiens et de Soudanais. La victoire de la Seleka s’explique parce que Bozizé a été lâché par les tchadiens et les français, qui n’ont pas apprécié ni sa volonté de s’émanciper de son parrain de N’Djamena ni son idée d’octroyer aux chinois la prospection pétrolière du site de Boromata. Le nouveau dirigeant Michel Djotodia n’a quasiment plus aucune prise sur ces milices qui en l’absence de chaines de commandement se livrent aux pillages et commettent les pires exactions contre les populations.

De plus la grande majorité des membres de la Seleka sont musulmans et ciblent les populations chrétiennes qui à leur tour exercent des représailles contre les populations musulmanes. Une fois de plus les tensions communautaires ou religieuses sont exacerbées par des dirigeants parmi les populations qui avant vivaient en bonne entente. Le gouvernement français à parler de situation pré génocidaire ce n’est pas le cas. Un génocide est la conséquence d’une politique délibérée de discrimination et de haine contre une partie de la population s’accompagnant d’une idéologie précise, comme au Rwanda où pendant des années une politique de stigmatisation à l’encontre des tutsi a eu lieu, le Quai d’Orsay devrait le savoir pour y avoir participé.

Par contre le risque est réel que ces cycles de violences intercommunautaires et religieuses puissent s’aggraver et se généraliser

Avec Bozizé la situation sociale et sanitaire des populations était catastrophique aujourd’hui elle ne cesse de s’empirer, c’est la quasi-totalité des populations qui sont en situation de pénurie alimentaires et le peu d’infrastructure hospitalière a été complétement détruite.

Les raisons de l’intervention

Dans le dispositif impérialiste mondial, la France continue à jouer son rôle de gendarme de l’Afrique francophone. Après la Côte d’Ivoire la Libye, le Mali elle s’apprête à intervenir en Centrafrique. Mais de l’aveu même des dirigeants français, au-delà des déclarations humanitaires, une Centrafrique laissée aux milices, serait une zone idéale pour les djihadistes et menacerait de nouveaux les intérêts des multinationales dans la région.

Mais soyons sûr que le gouvernement français saura joindre « l’utile à l’agréable » déjà les réseaux de la Françafrique se sont activés depuis le renversement de Bozizé ainsi le spécialiste de la peinture flamande du XVII siècle Claude Guéant a visité le nouveau maitre du pays pour lui vendre du matériel de sécurité , tout comme Jean-Christophe Mitterrand.

Puisque maintenant que les troupes françaises sont présentes en Centrafrique elles pourront aussi sécuriser le site de Bakouma où Areva aura le plaisir d’exploiter le site d’uranium dans le cadre évidement de l’aide au développement.

Paul Martial

Notes :

1 http://www.la-croix.com/Actualite/M...

2 http://www.afriquesenlutte.org/comm...

 
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