samedi, 15 décembre 2018
 

CENTRAFRIQUE : La nouvelle donne française ne plait pas à Bozizé

Les images se suivent, et ne se ressemblent pas. Il y a un peu plus de quinze ans, en juin 1996, des manifestants avaient exprimé leur colère devant l’ambassade française à Bangui, la capitale de la République Centrafricaine (RCA). Ils avaient dénoncé l’intervention, au cours des semaines précédentes, de l’armée française dans leur pays. Au mois de mai 1996, une émeute avait éclaté parmi des soldats non payés depuis des mois. L’armée française avait alors bombardé des quartiers de la ville – Bangui – où des rebelles étaient censés se cacher. Cela provoqua la colère des opposants centrafricains.

Le 26 décembre 2012, une autre manifestation eut lieu devant l’ambassade de France à Bangui. Mais son caractère était différent. Cette fois-ci, ce furent des centaines de partisans du président en exercice – François Bozizé, arrivé au pouvoir en 2003 par un coup de force – qui allaient faire le siège de l’ambassade, en cassant des vitres. La raison de leur colère : la France officielle ne s’engageait pas assez résolument, à leurs yeux, du côté du pouvoir en place ; contre un mouvement rebelle armé, la « Séléka » (« Alliance ») qui a entamé une offensive militaire en RCA depuis le 10 décembre 2012. Les agences de presse citent des slogans des manifestants tels que : « La France n’a pas respecté la convention de défense entre elle et la RCA. » Lors de la récente crise de décembre 2012, la France n’est pas restée passive . Alors qu’elle maintient normalement 250 soldats stationnés dans le pays ( depuis octobre 2002 dans le cadre de la « mission Boali », censée contribuer à la stabilisation du pays aux côtés d’armées africaines), ce nombre fut porté à 600, à partir du 30 décembre.

Or, ce qui dérange les partisans du pouvoir en place , c’est la définition des tâches assignées à ces troupes. Le président François Hollande précisa aussitôt que la France n’intervenait pas « pour protéger un régime », mais uniquement « pour protéger nos ressortissants et nos intérêts ». Cette façon de dire que la France restait relativement indifférente aux problèmes du régime de Bangui avec ses adversaires internes est un résultat direct des débats dans la classe politique française, suite aux événements de 1996. C’est précisément après l’intervention de Bangui de l’époque que des forces politiques, de droite comme de gauche, avaient considéré que les « intérêts français » ne recouvraient pas la nécessité de sauver la mise à tout prix à un président (à l’époque, Ange-Félix Patassé). Que la France n’avait même, rien à y gagner en l’occurrence, qu’il y avait donc quelques économies à faire pour le budget de l’État. Lionel Jospin, alors dans l’opposition ( puis Premier ministre à partir de juin 1997), avait déclaré que le rôle de l’armée française n’était pas celui de « gardes du corps du président Patassé ». Beaucoup, à droite, avaient partagé ce point de vue. En conséquence de ce débat, la base militaire française de Bangui allait être fermée le 15 avril 1998. La France allait concentrer ses forces sur des positions plus stratégiques, telle que la base du Gabon.

Il reste, toutefois, un doute sur le non-engagement de la France dans les affaires intérieures de la RCA. Certains Français, en tout cas, y sont profondément impliqués. L’instructeur en chef de la Garde présidentielle de Bozizé est le « Gaulois » Francis Fauchart, auparavant en fonction au Gabon. Fauchart est employé par la société de mercenaires privée « EHC », dirigée par le prédécesseur de Fauchart à Bangui, l’ex-général français Jean- Pierre Perez. Cette entreprise « de sécurité » a d’ailleurs posé sa candidature pour « sécuriser » la mission d’instructeurs militaires de l’Union européenne au Mali, en 2013.

Les pouvoirs publics français resteront-ils sur leur position officielle de non-ingérence dans les affaires intérieures de la RCA (à défaut d’intérêts propres) ? Les prochaines semaines nous le montreront.

Bertold Du Ryon

 
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