mardi, 17 octobre 2017
 

République centrafricaine. Lancement d’une nouvelle campagne demandant justice pour les crimes commis durant le conflit armé

- · Les membres de groupes armés ayant commis des viols et des homicides sont toujours en liberté

- · La population centrafricaine demande que les responsables de crimes répondent de leurs actes

- · Amnesty International et la société civile centrafricaine demandent justice et réparation pour les victimes dans le cadre de la campagne #JusticeEnRCA

Amnesty International et des organisations de la société civile centrafricaine lancent ce 11 mai une campagne nationale demandant aux autorités de la République centrafricaine (RCA) de résoudre le problème de la culture de l’impunité profondément ancrée dans le pays, qui empêche des milliers de victimes d’atteintes aux droits humains et de crimes de droit international d’obtenir une quelconque forme de justice.

La campagne La justice maintenant : pour une paix durable en République centrafricaine appelle les autorités à s’engager de façon plus radicale contre l’impunité en amenant les responsables de crimes graves à répondre de leurs actes, et les partenaires techniques et financiers de la RCA à soutenir les initiatives du gouvernement, notamment en finançant la nouvelle Cour pénale spéciale du pays.

« Les organisations de la société civile se regroupent afin de veiller à ce que les autorités de la RCA ne sous-estiment pas l’ampleur des souffrances et du désespoir que des milliers et des milliers de victimes ont enduré pendant ce conflit. Les auteurs de crimes odieux, notamment de viols et d’homicides, sont depuis trop longtemps laissés en liberté. Ils doivent être amenés à rendre des comptes, si les autorités veulent passer des paroles aux actes, a déclaré Olivia Tchamba, chargée de campagne sur l’Afrique centrale à Amnesty International.

« Malgré certaines avancées telles que la nomination d’un procureur spécial pour la Cour pénale spéciale, la nomination de juges internationaux et nationaux ainsi que l’organisation de deux audiences criminelles à Bangui, de trop nombreux obstacles empêchent encore les victimes du conflit d’obtenir justice. »

La campagne débute le 11 mai et se poursuivra jusqu’en novembre 2018, en collaboration avec la société civile du pays, notamment le Réseau des ONG de promotion et défense des droits de l’homme en République centrafricaine (RONGDH) et la Coordination des organisations musulmanes de Centrafrique (COMUC). Elles vont joindre leurs forces pour mener un travail de plaidoyer auprès des autorités centrafricaines, organiser des conférences pour expliquer la nécessité de rendre justice, engager un dialogue avec la nouvelle Cour pénale spéciale, et se former à la documentation, au suivi et à l’élaboration de rapports sur les violations des droits humains.

Depuis la recrudescence des violences en 2013, Amnesty International a rassemblé des informations sur des crimes de droit international perpétrés à travers le pays par toutes les parties au conflit, dans la plupart des cas par les groupes armés anti-balaka et de l’ex-Séléka.

Plus de 5 000 personnes sont mortes du fait de l’aggravation des violences, qui a provoqué une crise humanitaire sans précédent. En mars 2017, plus de 460 000 personnes avaient fui dans des pays voisins tels que le Tchad, le Cameroun et la République démocratique du Congo, où elles sont devenues des réfugiés, et quelque 426 000 Centrafricains avaient été déplacés à l’intérieur de leur propre pays.

La population du pays ne cesse de demander que les responsables des crimes commis pendant le conflit armé, notamment des viols et des homicides, rendent des comptes. En mai 2015, les participants au Forum de Bangui ont ainsi rejeté les demandes d’immunité et d’amnistie pour les responsables présumés des crimes relevant du droit international.

Clarisse, une veuve âgée de 57 ans qui a été violée en même temps que sa fille Naomi, âgée de 19 ans, a expliqué les événements tragiques qui ont fait basculer la vie des deux femmes dans la nuit du 23 décembre 2013, quand 11 membres du groupe armé anti-balaka ont attaqué sa maison, à Bangui, la capitale du pays :

« Ils nous ont menacés et insultés. Quelques minutes plus tard, plusieurs anti-balaka m’ont jetée par terre et deux d’entre eux ont déchiré mes vêtements et m’ont violée. J’ai perdu connaissance. Quand je suis revenue à moi, on m’a dit qu’ils [les forces anti-balaka] avaient aussi violé ma fille Naomi. »

Quelques semaines plus tard, Naomi a été diagnostiquée séropositive au VIH, et elle a su qu’elle était enceinte à cause de ce viol. Elle a donné naissance à une petite fille qui est elle aussi séropositive.

Clarisse a déclaré à Amnesty International :

« Je veux que ceux qui nous ont fait ça, à moi et à ma fille, soient poursuivis en justice. Je veux être dédommagée pour tout ce que j’ai perdu. »

Elisée fait partie des 14 hommes qui ont été abattus par des combattants armés de l’ex-Séléka dans la cour d’un hôpital de Bangui le 5 décembre 2013. Sa sœur Delphine a porté plainte auprès du Tribunal de Grande Instance de Bangui, mais jusqu’à présent ni le parquet ni les autorités judiciaires n’ont donné de suite à cette plainte.

Elle a déclaré à Amnesty International : « Un jour, ils m’appelleront et la justice fera son travail. »

Amnesty International et ses partenaires dans le pays demandent aux autorités centrafricaines :

- · de veiller à ce que les accusations sérieuses de crimes de droit international et d’autres atteintes aux droits humains fassent l’objet dans les plus brefs délais d’enquêtes rigoureuses, indépendantes et impartiales ;
- · de veiller à ce que les auteurs présumés de ces actes fassent l’objet d’enquêtes et soient jugés par le système judiciaire national, la Cour pénale spéciale ou la Cour pénale internationale dans le cadre de procès équitables et sans recours à la peine de mort ;

- · d’augmenter le budget du ministère de la Justice et de lui allouer les ressources nécessaires afin d’assurer son fonctionnement efficace et sa bonne gestion ;

- · en collaboration avec leurs partenaires techniques et financiers, de renforcer la capacité de la police et des gendarmes à mener des enquêtes et de leur fournir le matériel nécessaire, notamment en ce qui concerne la collecte de preuves matérielles ;

- · de poursuivre et d’intensifier les progrès réalisés en matière de recrutement de juges nationaux et internationaux et des autres membres du personnel de la Cour pénale spéciale.

Les organisations demandent également aux donateurs internationaux de la RCA d’assurer un financement durable afin de garantir le bon fonctionnement de la Cour pénale spéciale et d’honorer les engagements pris lors de la conférence internationale des donateurs qui s’est tenue à Bruxelles en novembre 2016. Ces engagements comprennent le versement de 105 millions de dollars des Etats-Unis consacré par le Plan national de relèvement et de consolidation de la paix pour le renforcement du système judiciaire.

 
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