vendredi, 22 septembre 2017
 

Congo Brazzaville : La manif hebdomadaire anti-Sassou à l’ambassade

Le rite hebdomadaire du sit-in à l’ambassade du Congo à Paris sera immuable jusqu’à la chute finale de Sassou. Ce fut le cas hier vendredi. Cette fin de règne est imminente comme le montre le branle-bas de combat dans les rangs du dictateur : conseils de ministre inopinés, nominations intempestives, tripatouillage accéléré de la Constitution, retour sur les expulsions sauvages des kinois opérées l’an dernier. Les erreurs se multiplient chaque jour, chaque heure, chaque instant. Ca cafouille grave au sommet de l’Etat d’Oyo.

Le bonhomme est vraiment obsédé par le sentiment de puissance. Il veut « son » pouvoir, quitte à faire couler un torrent de sang. Comme tous les adultes qui ont eu une enfance malheureuse, Sassou a développé l’instinct de mort quand il a eu accès au Trésor Public, à l’argent facile, l’argent des autres.

En attendant la fin irréversible du régime de ce ploutocrate d’origine rurale, dès 16 heures, ce vendredi 2 octobre 2015, les militants de la diaspora ont continué d’allumer le feu place du Venezuela, à un jet de salive de la Chancellerie congolaise.

Décor

Au milieu des jardinières de la place, un nombre remarquable de pancartes et de banderoles portant des inscriptions hostiles au dictateur congolais sert de cadre au mouvement social de ce vendredi tandis que brûlent des bougies par terre. Voilà pour le décor dramatique.

La militante Sadio Kanté Morel, drapeau tricolore congolais à la main, crie de violents « Sassou Sassoufit » à la barbe des militaires placés en avant-garde de la manif. Au milieu de ce dispositif répressif on remarque facilement les agents des Renseignements Généraux qui ne se donnent pas la peine de préserver leur incognito. Il y a quelque chose d’Ambouila (célèbre bataille dans le royaume Kongo) qui semble animer les acteurs de la place Venezuela. Il y a également quelque chose des « 13, 14, 15 août 1963 » (les trois glorieuses) ici à Paris.

« Sassou dégage ! 30 ans, ca suffit ! » scandent les manifestants. La maréchaussée semble plus nombreuse dans ce quartier du XVIème arrondissement comme si troubler la quiétude de la bourgeoisie locale tenait d’un blasphème religieux. Vers 18 h les tams-tams briseront le silence place de la place Venezuela.

Filtre policier

Peu avant 16 heures, Bd Victor Hugo, deux CRS me balancent poliment mais fermement un « Monsieur où allez-vous ? » alors que je m’apprête de tourner sur Paul Valéry pour allez rejoindre le sit-in. Un véritable filtrage. Dans un premier temps, je pense à une annulation de la manif. Car je ne vois aucun chat sur cette artère censée recevoir des manifestants en colère. Aucun tintamarre. « Je vais voir une amie dans le coin » dis-je aux CRS en imputant le report à un sursaut de Sassou fatigué de prendre des coups de poignard dans le ventre après la saisine de deux propriétés immobilières en région parisienne et après le succès monumental du méga-meeting du dimanche 27 septembre à Brazzaville.

Paradoxalement, je suis content de cette présence massive de gendarmes. La préfecture prend la chose au sérieux.

La lutte continue

Lorsque j’arrive à l’entrée de l’Ambassade, je suis étonné de voir le personnel en train de parler tranquillement de la pluie et du beau temps. Comme si de rien n’était. Désemparé, je donne un coup de fil à Sadio. « Nous sommes au bout de l’avenue du consulat » me dit-elle avec enthousiasme. Ouf ! Me voilà rassuré : la lutte continue. La virulente rhétorique « Sassou démission ! Voleur ! A bas la dictature ! » me réconforte. Tout va bien. Le rendez-vous de la semaine est respecté. Chansons unitaires

J’entre aussitôt dans la danse en même temps que Magloire Doba, Antoine Page Kihoulou, William Ota, Gertrude Bienvenue Maloula-Koumba etc.

On chante et danse au rythme de la guitare et du djembé. La place fait caisse de résonnance. Le phénomène amplifiant compense la défection du mégaphone. Dieu merci les Congolais sont dotés de puissantes cages thoraciques.

On reprend en chœur les chansons entonnées dimanche 27 septembre à Brazzaville sur le Bd Alfred Raoul. « Papa pésa munu ngolo ya ku nwana mvita yayi, kani Sassou ké kwamissa munu, mu kélé ku vutuka manima vé ! Ahé ahé ! ahé ! » Quelle merveilleuse preuve d’unité spirituelle dans le combat ! « Ni bo kwa ba wéyi. Ba honda kwaou ! » reprend le chœur.

Bateaux-charter

Plus tard, Appoline, journaliste Burkinabée, se joint à la mêlée. Elle récolte des ovations nourries selon l’axiome « Le Congo c’est le Burkina ». Les nouvelles du front circulent au milieu des chants populaires. « Le Congo-Brazzaville c’est le Congo Démocratique ! » pourrait-on clamer aussi. Pourtant Sassou est soupçonné de zizanie. Il projette organiser des bateaux-charters depuis Kinshasa pour renflouer son meeting de riposte qu’il compte convoquer, dit-on, ce samedi 3 octobre à Brazzaville.

Toute honte bue, le PCT réinvite les Kinois à Brazzaville après l’opération Mbata. Sassou ne sait plus sur quel pied danser. Il y a panique à bord du Titanic. Le bougre a déjà concocté une nouvelle Constitution qu’il va soumettre à référendum alors qu’il a été incapable d’en fixer la date. Il compte sur l’effet de surprise pour réussir (dirait San Antonio) le coup du Père François.

Les pensées de Pascal

Plus tard, dans la soirée, l’ancien ministre William Otta m’invite pour un débriefing. On se retrouve chez Mère Véro à Saint-Ouen. Le téléphone du ministre n’arrête pas de sonner. Un certain Pascal Gamassa, apprends-je, a été nommé "Ambassadeur itinérant" par le despote d’Oyo. Quelle idée d’accepter un poste d’ambassadeur (même itinérant) à un moment où le pouvoir coule ! William Ota à une pensée de dépit pour Pascal. Sauf chute de Sassou entretemps, rendez-vous vendredi prochain. Même endroit, même heure, pour exprimer notre indignation face aux dérives de ce monsieur.

Thierry Oko

Source : http://www.congopage.com/

 
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