mercredi, 16 octobre 2019
 

La dimension internationale du conflit dans le Congo oriental

Le territoire africain qui inclut l’Ouganda, le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) a pratiquement été en guerre depuis 1995. Plus précisément en guerre les uns contre les autres, entre ces Etats. Ceci a impliqué des armées nationales, des milices, des groupes de "défense civile", des pillards, des abducteurs et des violeurs d’enfants, des violeurs et des meurtriers. Ces catégories ne s’excluent pas mutuellement. Pratiquement toutes ces catégories contiennent la plupart sinon tous les catégories de sociopathes. A quoi l’on peut ajouter les Casques Bleus des Nations Unies dont la gamme de déficiences sociales reflètent celles de la population pour laquelle ils sont supposés maintenir la paix.

Les guerres dans le Congo oriental ont coûté la vie à des millions de Congolais qui ont payé le prix pour vivre dans un pays très riche, dont toute gestion est absente avec ses institutions civiles en déliquescence si tant est qu’elles existent. Ces guerres centrées principalement sur le Congo oriental (Nord et Sud Kivu et Maniema), ont impliqué neuf nations africaines et affecté la vie de 50 millions de Congolais.

Entre août 1998 et avril 2004, quelque 3,8 millions de personnes sont mortes de mort violente en RDC. Depuis 2004 ce chiffre a presque doublé. Une bonne partie de ces morts est due à la famine ou à la maladie résultant de la guerre ainsi que des exécutions sommaires, de la capture par l’un ou l’autre groupe de maraudeurs. Des millions d’autres sont devenus des déplacés ou ont cherché l’asile dans les pays voisins. Le viol était endémique.

Dès 1996, la guerre et le génocide du Rwanda voisin ont débordé au-delà de la frontière, en RDC. Les forces des milices hutues du Rwanda (Interahamwe) ont été aidées par les troupes françaises de l’Opération Turquoise pour s’échapper du Rwanda. Ceci a permis la création de camps de réfugiés hutus en RDC, plein de fuyards Interahamwe. Il n’est pas surprenant que ceci ait attiré l’attention des Tutsis victorieux au Rwanda et des Tutsis résidents en RDC (les Banyamulenge) qui craignaient que ces camps hutus basés en RDC ne permettent des attaques contre le Rwanda.

En octobre 1996, les Forces patriotiques rwandaises (FPR - les forces de Kagame) sont entrées en RDC, avec une coalition armée menée par Laurent Désiré Kabila, connue sous le nom de Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Kabila a été installé au pouvoir suite à la destitution de Mobutu en mai 1997. Il s’est déclaré président, a consolidé son pouvoir et celui de l’AFDL et a renommé le pays République démocratique du Congo (RDC). Les militaires de la RDC ont été renommés Forces armées congolaises (FAC). Pendant que les FAC étaient réorganisées, les troupes rwandaises ont assuré la sécurité dans l’Est. Elles ont été confrontées à différentes milices en compétition :

- Les milices ethniques hutus des Interahamwe, provenant principalement du Rwanda, qui ont combattu le gouvernement dominé par les Tutsis au Rwanda ;

- Les membres hutus des anciennes forces armées du Rwanda, considérées comme responsables du génocide des Tutsis en 1994 qui ont aussi combattu le gouvernement du Rwanda ;

- Les Mai-Mai, une vague association de forces de défense congolaise traditionnelle, qui ont combattu l’influx des immigrants rwandais ;

- The Alliance of Democratic Forces (ADF) composée d’expatriés ougandais et soutenu par le gouvernement du Soudan qui combattait le gouvernement ougandais, et

- Plusieurs groupes hutus au Burundi qui combattaient le gouvernement du Burundi à prédominance Tutsis.

Au cours de 1997, les relations entre Kabila et ses anciens supporters (Museweni en Ouganda et Kagame au Rwanda) se sont détériorées. En juillet 1998, Kabila a ordonné le départ de toutes les troupes étrangères sur sol RDC. Elles ont refusé, avec pour argument que les troupes congolaises étaient incapables de défendre leurs intérêts contre les groupes d’exilés qui opéraient dans le Congo oriental. Le 2 août 1997, des combats ont éclaté dans toute la RDC alors que les troupes rwandaises se "mutinaient" et que des troupes rwandaises et ougandaises fraîches entraient au Congo. Kagame a ordonné à ses troupes d’attaquer Kinshasa afin de destituer Kabila, dans l’espoir que ses alliés tutsis des Banyamulenge, du nouveau groupe rebelle soutenu par Kigali, connu sous le nom de Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD), prendrait le pouvoir. Peu après, Museweni a créé un groupe rebelle appelé le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) afin de combattre pour les intérêts de l’Ouganda et a envoyé des milliers de soldats ougandais au Congo. Cette campagne a été arrêtée par les troupes angolaises, namibiennes et du Zimbabwe qui sont intervenues du côté de la RDC.

Néanmoins, ceci a laissé le Congo oriental (où se déroulait la guerre) aux Ougandais et aux Rwandais, avec certains secteurs aux mains des Mai-Mai et du Burundi. Ceci a créé une situation dans laquelle les forces d’occupation ont eu tout le loisir de piller les richesses de l’Est de la RDC. De nombreux récits et documents font état que, dès 1997, une première vague de "nouveaux hommes d’affaires", ne parlant que l’anglais, le kinyarwanda ou le kiswahili, ont commencé leurs opérations dans le Congo oriental. Le vol de cheptel, de café en grains et d’autres ressources a commencé à être fréquemment rapporté.

Lorsque la guerre a éclaté en août 1998, les officiers supérieurs rwandais et ougandais et leurs associés avaient une connaissance approfondie du potentiel en ressources naturelles, en particulier le coltan, et de leur localisation en RDC.

La décision ougandaise prise en août 1998 d’entrer en guerre était défendue par des officiers supérieurs qui avaient servi au Congo oriental au cours de la première guerre et qui avaient goûté au potentiel de richesse. Les forces ougandaises souhaitaient vivement occuper les régions où il y a de l’or et des diamants. En septembre 1998, ce pillage a été attribué au général Salim Saleh (né Caleb Afande Akandwanaho, le 14 janvier 1960), le frère de Museweni, un blanchisseur d’argent et trafiquants de drogues avéré, voleurs et pilleur de talent. Salim Saleh a créé une compagnie qui ravitaillerait la RDC orientale en marchandise, en échange de ressources naturelles. Le projet ne s’est jamais matérialisé sous cette forme mais est devenu du pillage pure et simple sous la protection du président ougandais Yoweri Museweni

Bien qu’ils prétendaient être préoccupés par des questions de sécurité en RDC, les officiers supérieurs avaient clairement un agenda caché, économique et financier. Quelques mois avant que la guerre de 1998 n’éclate, le général Salim Saleh et le fils aîné du président Museweni auraient visité le Congo oriental. Un mois après le début du conflit, le général James Kazini était également impliqué dans des activités commerciales. Il connaissait déjà les secteurs les plus profitables et a immédiatement organisé les commandants locaux afin qu’ils servent ses intérêts économiques et financiers.

La Rwanda n’était pas en reste. Au cœur des arrangements financiers se trouvait la Banque du Commerce, du Développement et de l’Industrie (BCDI) basée à Kigali. C’était initialement le moyen par lequel transitaient tous les revenus rwandais et ougandais résultant de leur engagement en RDC. Lorsque la guerre a éclaté, le Rwanda a conservé ce moyen, pendant que l’Ouganda mettait sur pied son propre système. Lorsque les hostilités ont commencé, l’extraction des minerais s’est accélérée, sans égard pour la sécurité et des méthodes rationnelles d’extraction.

En septembre 1999, le commandant local de l’UPDF a exigé l’extraction de l’or des galeries de Gorumbwa dans lesquelles il a été fait usage de dynamite. La galerie s’est effondrée causant la mort d’un grand nombre de mineurs congolais. Quelques mois plus tard, les soldats ougandais venus exploiter les mines ont contracté des maladies respiratoires. Lorsque les commandants locaux ont été informés des dangers de ces activités, ils ont estimé que le nombre de morts et de malades étaient à un niveau acceptable.

Des Congolais locaux ont miné avec des méthodes artisanales, pour leurs propres bénéfices pendant des années. La nouveauté de leur implication réside dans le fait que certains ont été utilisés comme "travailleurs qu’on peut persuader" d’extraire de l’or, des diamants et du coltan. Dans la localité de Bondo, dans la province d’Equateur, des jeunes hommes entre 12 et 18 ans ont été recrutés par Jean-Pierre Bemba. Les Ougandais alliés ont formé les recrues et leur ont fait partager l’idée que l’armée ougandaise était une " armée de développement" dont l’objectif était d’améliorer les conditions de vie du citoyen ordinaire. Après une heure d’entraînement physique, ils étaient envoyés dans les mines pour extraire de l’or en faveur des Ougandais et de Bemba.

A Kalima, le commandant Ruto du FPR a enrôlé deux équipes locales de Congolais afin d’extraire du coltan. Ces Congolais travaillaient sous la garde de soldats rwandais lourdement armés. Dans le district riche en minerais de Kilo-Moto, les commandants ougandais locaux et quelques-uns des soldats qui gardaient les différents points d’entrée des mines permettaient et encourageaient la population locale d’extraire du minerai. L’arrangement entre les soldats et les mineurs était que chaque mineur laisserait à l’entrée/sortie de la mine un gramme d’or par jour. En moyenne, environ deux mille personnes minaient cette très grande concession six jours pas semaine. C’était une affaire bien organisée et qui roulait sans accroc. En moyenne, 2 kg d’or étaient livrés chaque jour à la personne à la tête du réseau.

L’autre forme d’extraction organisée du minerai par les forces d’occupation impliquait l’importation de main d’œuvre. Les forces d’occupation ont amené leur main d’œuvre de leur propre pays et ont fourni la sécurité et la logistique. En particulier, le Rwanda a utilisé des prisonniers pour extraire le coltan en échange d’une réduction de peine et une quantité limitée d’argent pour de la nourriture. Il y avait 1500 prisonniers rwandais rien que dans la région de Numbi de Kalehe. Ces prisonniers ont été vus entrain d’extraire du coltan sous la garde de soldat rwandais

L’exploitation illégale de ressources naturelles ne s’arrêtait pas aux minerais et aux produits agricoles. Elle avait aussi l’aspect de transactions financières, de taxes et d’emploi de main d’œuvre bon marché. Les banques et les assurances locales de Goma, Bukavu, Kisangani, Bunia et Gbadolite étaient en relation directe avec Kigali ou Kampala. Un système de collecte d’impôts - forcé et contraint dans certains cas - a été mis en place par le MLC, le RCD-ML et RDC Goma avec leurs homonymes ougandais et rwandais établis. Selon les mots des rebelles, ces taxes servaient à "financer ou à soutenir l’effort de guerre".

En effet, une partie des fonds récoltés était envoyée à Kigali (dans le cas de la RCD-Goma). Dans le cas des anciens RCD-ML et MLC, non seulement une partie des taxes étaient envoyée à Kampala, mais aussi certains colonels se servaient au passage. A Bunia et à Bukavu, la population a protesté, manifesté et dénoncé cette pratique abusive. Dans les régions contrôlées par Bemba, un paysan qui transportait de l’huile de palme sur sa bicyclette devait payer une taxe sur la bicyclette. Dans le secteur de l’extraction du minerai, les choses pouvaient se passer de trois façons : (a) par des soldats individuels pour leur propre bénéfice, (b) par des personnes locales organisées par les commandants rwandais et ougandais et, (c) par des ressortissants étrangers pour le bénéfice de l’armée ou d’un commandant.

Ceci a été le système d’exploitation de la RDC, de ses ressources humaines et de ses richesses minérales malgré les accords de paix signés à Lusaka, qui devaient mettre un terme à la guerre. Les armées belligérantes ont été remplacées par des seigneurs de la guerre et des milices dont l’exploitation a pris la forme du pillage, du viol et du meurtre. La plupart de ces groupes ont des affinités avec les gouvernements du Rwanda et d’Ouganda qui gèrent les aspects physiques du marché des richesses qui sont exportées. Le Rwanda a soutenu des "rebelles" comme les seigneurs de guerre Laurent Nkunda et Bosco Ntanganda. Ceux-ci sont la feuille de vigne pour le pillage continu du Congo par le Rwanda. D’autres font de même en Ouganda. Ils ont opèrent en toute impunité.

Les gens responsables pour des atrocités interminables sont protégés. Sont inclus : Yoweri Museweni, Salim Saleh, Paul Kagame, James Kazini, Moses Ali, James Kabarebe, Taban Amin, Jean-Pierre Bemba, Laurent Nkunda, Bosco Ntanganda, Meles Zenawi en plus d’une longue liste de personnes dont la culpabilité ne fait aucun doute. Beaucoup d’entre eux sont reconnus coupables d’atrocités répétées. Bemba a finalement comparu devant le TPI. La raison en est plus son opposition politique à Kabila junior et à la République centrale africaine que les déprédations au Congo oriental.

En théorie, les Nations Unies ont des équipes de Casques Bleus en RDC comme la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) qui doivent maintenir la paix. Depuis le 1er juillet 2010, la MONUC a été renommée la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Le bilan de la MONUC n’est pas très impressionnant. Selon les propos d’un général du Zimbabwe : "Ils sont comme des mésanges sur le dos d’un taureau. Ils sont là mais ne servent à rien !" Deux raisons inhérentes à leur manque de succès sont les suivantes :

(1) au début ils comptaient sur la présence militaire française retranchée à Ituri et qui refusait de quitter la ville parce deux officiers français avaient été tués par des rebelles dès la première sortie,

(2) parce qu’ils ont attendu des forces rwandaises qu’elles coordonnent la lutte contre les rebelles qu’ils soutiennent sous le couvert d’aider la MUNUSCO. Ce programme n’offre aux Congolais que peu de raison d’espérer. En fait, de nombreux Casques Bleus s’adonnaient aux viols, pillage et meurtres pour leur propre compte. Certains ont été traduits en justice et renvoyés. Leur présence en RDC ajoute à la peur de la population.

Alors que ce conflit se poursuit, le monde a tourné son regard vers une autre bataille dans la région : la lutte contre le Lord’s Resistance Army (LRA). La LRA est une organisation ougandaise à la réputation sanguinaire. La réaction du gouvernement ougandais a été également brutale. En septembre 1996, le gouvernement ougandais a mis en place une politique de déplacements forcés des Acholis vers des camps de personnes déplacées dans le district de Gulu. Depuis 1996, cette politique s’est étendue pour englober toute la population acholie de quatre districts - un million de personne. Ces camps de déplacés sont marqués par une des plus fortes mortalités au monde, avec 1000 décès par semaine selon les estimations. La LRA a obtenu la majeure partie de son soutien des Acholis déplacés, dominés, chassés de leur maison et dont la famille demeure dans des camps de déplacés.

Joseph Kony (né en 1961) est à la tête de la Lord’Resistance Army (LRA). Il a déclaré que la LRA conduira une campagne politique, militaire et spirituel afin d’établir un gouvernement théocratique en Ouganda, basé sur les Dix Commandements. La LRA dit que Dieu lui envoie des esprits afin de communiquer directement à Kony sa mission. La LRA a acquis une réputation de violence sans limite contre la population de plusieurs pays, y compris l’Ouganda, la RDC et le Soudan. Il est estimé qu’elle a enlevé et contraint environ 60 000 enfants à combattre pour elle et aussi forcé plus de deux millions de personnes à l’exode depuis le début de la rébellion en 1986. Il y a eu de nombreuses tentatives internationales en faveur de la paix et pour mettre un terme à l’enlèvement d’enfants par la LRA entre 1996 et 2001. Toutes ont échoué à mettre un terme aux enlèvements, aux viols, aux enfants-soldats et aux victimes civiles, y compris les attaques sur les camps de réfugiés. Suite à l’attaque du 11 septembre, les Etats-Unis ont désigné la LRA comme groupe terroriste et Joseph Kony comme terroriste.

Suite à l’échec des négociations de paix à la fin 2008, le Conseil national de Sécurité a autorisé AFRICOM à soutenir les opérations militaires (une des premières opérations d’AFRICOM publiquement reconnue) contre la LRA, dont on pense qu’elle était au Congo à ce moment-là. AFRICOM a entraîné les troupes et a fourni 1 million de dollars en termes de soutien financier à l’"Operation Lightning Thunder" (Opération tonnerre fulgurant) - un effort conjoint des forces ougandaises, congolaises et du Sud Soudan en territoire congolais qui ont lancé une opération en décembre 2008 afin "d’éliminer la menace posée par la LRA". Selon les Nations Unies, cette opération a eu lieu "sans concertation avec le terrain pour ce qui concerne la protection des civils". Etalée sur une période de trois mois, la mission a échoué. La LRA s’est dispersée et a exercé des représailles contre la population congolaise. Plus de 1000 personnes ont été tuées et plus de 200 000 ont été déplacées.

Cette bataille contre la LRA doit être vue comme la continuation des batailles dans le Congo oriental. En octobre 2011, le président américain Barack Obama a autorisé le déploiement d’une centaine d’hommes équipés des forces américaines en Afrique centrale. Ils vont aider les forces régionales "à retirer du champs de bataille" Joseph Kony et ses principaux lieutenants. " Bien que les forces américaines soient équipées pour le combat, elles ne feront que fournir du renseignement, des conseils et de l’assistance aux nations partenaires. Elles n’engageront pas le combat avec la LRA à moins de se trouver dans une situation d’autodéfense, a dit Obama dans une lettre au Congrès.

Il n’y a pas de doute que la LRA est une organisation vicieuse, sociopathe, coutumière des comportements brutaux. Toutefois, les personnes qui mènent le combat contre la LRA (Yoweri Museweni et Paul Kagame) ont commis et continuent de commettre des crimes également outrageants et des attaques de nature similaire, en particulier contre les réfugiés de long de la frontière du Congo oriental. Mais ils sont quand même fêtés et récompensés par le gouvernement américain pour leur volonté de fournir des mercenaires pour la "guerre contre la terreur" et la protection des nouvelles industrie pétrolières émergentes dans leur pays et dans la région. Malheureusement, la région où la LRA s’adonne à ses atrocités est précisément celle où de nouvelles et importantes nappes pétrolières ont été découvertes.

Ce qui motive l’intérêt de l’Occident dans la région est la découverte de pétrole sur les rives du Lac Albert au Kenya et en Ouganda. La guerre entre le Soudan et le Sud Soudan a rendu impérative la nécessité de trouver une route alternative pour acheminer le pétrole vers les ports de l’Océan Indien puisque l’oléoduc du Soudan est inaccessible. Ces routes passent toutes à travers le territoire occupé par les vestiges de la LRA (il reste moins de 600 combattants). Cette lutte contre la LRA a servi de prétexte aux Etats-Unis pour poursuivre sa politique qui vise à constituer des armées africaines de mercenaires pour mener leur combat contre "la terreur globale" au Soudan, en Somalie, au Yémen et au Kenya. Les Etats Unis fournissent les armes, les instructeurs et les moyens de communication aux armées ougandaise et rwandaise afin de combattre la LRA et de lutter contre les ennemis des Américains en Somalie. Malheureusement ceci a aussi permis aux Ougandais et aux Rwandais de piller le Congo oriental sous prétexte de combattre la LRA.

En 2009, Heritage Oil a découvert du pétrole en Ouganda. Il y aussi eu des découvertes conséquentes au Kenya. En mai 2012, le Kenya annonçait la découverte d’une deuxième nappe de pétrole profitable en deux mois ainsi que d’importants gisements dans la région éloignée du Lac Turkana. Le Kenya est le dernier des pays africains à rejoindre le grand boom pétrolier africain et fait suite aux découvertes en Ouganda et en RDC. Même le Rwanda et le Burundi vont profiter de cette manne grâce à l’East African Community (EAC).

L’EAC peut compter sur un meilleur futur énergétique suite aux découvertes au Kenya, qui s’ajoutent aux réserves substantielles découvertes en Ouganda et du gaz de Tanzanie. Il y a également des explorations dans les profondeurs du Lac Kivu au Rwanda. Le Sud Soudan, avec ses grosses réserves de pétrole, a demandé à devenir membre de l’EAC. Il y a de grands champs pétroliers et gaziers en Somalie.

L’Afrique est le principal continent du monde où de fréquentes et substantielles découvertes de gisements de pétrole et de gaz sont faites. Un rapport conjoint de la Banque africaine de dévelopement, de l’Union africaine et du Fonds africain de développement remarque que depuis la fin des années 1980 les réserves pétrolières africaines ont augmenté de plus 25%, pendant que celles du gaz ont augmenté de 100%

Ce "nouvel horizon" pétrolier et gazier a attiré les gros requins de l’industrie pétrolière internationale comme Chevron, Shell, Exxon, Total et les géants pétroliers chinois. Les processus d’extraction et de raffinage nécessiteront d’énormes quantités d’argent à mettre sur la table, argent que les Africains n’ont pas. Il y a une symbiose entre les activités des "Big Oil" et l’Afrique. Big Oil a de l’argent et l’Afrique a du pétrole et du gaz non exploités et, très important, les militaires pour protéger les investissements à venir. Les Etats-Unis n’ont pas le soutien public pour envoyer des troupes de combat en Afrique de l’Est et du Centre. Ils ont l’équipement, les liquidités et les formateurs pour créer une force qui agit par procuration dans la région. Dans un tel cas, le fait d’avoir un ennemi commun, comme la LRA, est un hameçon opportun auquel accrocher une politique commerciale. La LRA n’a pas besoin d’être forte. Elle doit être considérée comme vicieuse, totalement infréquentable. Elle correspond à ces critères. Les intérêts américains et les ambitions militaires de l’Ouganda et du Rwanda coïncident et les deus armées reçoivent de vastes sommes d’argent afin d’agir par procuration pour les Américains. Museweni et Kagame sont fêtés en Occident malgré leurs activités en RDC.

Cette politique de pillage illimité dans le Congo oriental, maqué par un conteste de misère, de pauvreté, de peur et de violence par et contre les Congolais est susceptible de perdurer. Les Congolais reprennent à leur compte la question que Tiberius Gracchus posait à la Tribune du Peuple : "quis custodiet ipsos custodes ?" (qui va nous protéger de nos protecteurs ?)

Source : http://www.pambazuka.org/

** Dr Gary K. Busch est un syndicaliste international, un académique, un homme d’affaire et un consultant en matière d’affaires politique et commerciales. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

 
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