lundi, 23 octobre 2017
 

RDC : Après le Nord-Kivu, l’ONU et les FARDC mettent le cap sur la province Orientale

BUNIA Après la défaite des rebelles du M23 dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), le gouvernement et les forces des Nations Unies se sont tournés vers la province Orientale, dans le nord-est du pays. Ils ont adressé aux groupes armés qui opèrent dans la région un ultimatum de deux semaines pour déposer leurs armes et retourner à la vie civile.

« Nous utiliserons la force. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre aux FARDC [Forces armées de la RDC] de s’attaquer à ces groupes armés », a dit le général Carlos Alberto dos Santos Cruz, commandant de la force de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), à l’occasion d’une conférence de presse organisée récemment à Bunia, la capitale de la province Orientale.

« Nous ne pouvons accepter la présence de ces groupes armés et les violations des droits de l’homme perpétrées sur les populations. Après le M23, nous déploierons, si nécessaire, la brigade d’intervention dans [le district de] l’Ituri et dans la province Orientale », a-t-il dit.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les combats impliquant des groupes armés et les attaques à l’encontre des civils ont entraîné le déplacement de 700 000 personnes cette année dans la province Orientale.

La situation des déplacés dans l’est de la RDC est terrible. La plupart d’entre eux dépendent de l’aide alimentaire fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. Les déficits de financement obligent cependant l’organisation à réduire les rations. « La situation financière est devenue si mauvaise qu’il faudra cesser de distribuer une aide alimentaire à de nombreuses personnes dans les mois à venir », a indiqué le PAM. 

La menace du FRPI

Le 25 novembre, le président de la RDC Joseph Kabila s’est rendu dans un camp de déplacés à Bogoro, à 25 km au sud de Bunia, près du bastion du leader rebelle Cobra Matata. Là-bas, il a été informé des activités des FARDC.

« Les opérations ne cesseront pas. Il y a trop de menaces dans notre pays. Nous venons tout juste de les contrer dans le Nord-Kivu. Nous renforcerons maintenant la capacité de notre armée dans la province Orientale afin d’éliminer ces bandits. Ce sont des bandits, des voleurs de grand chemin », a dit M. Kabila.

Le principal groupe armé présent dans la région est le Front de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), dirigé par Matata, un ancien officier de l’armée. On estime qu’il compte environ 1 000 hommes dans ses rangs. (Cliquez ici pour le compte-rendu d’IRIN sur les groupes armés de la RDC.)

La milice du FRPI, organisée en petits groupes mobiles, a continué d’attaquer des localités du territoire du Sud Irumu, terrorisant les résidents et pillant leurs foyers, selon une mise à jour d’OCHA publiée le 10 décembre. Les FARDC ont une présence limitée dans la région.

Les attaques du FRPI dans la région et les affrontements avec les FARDC ont forcé la population à fuir en direction de Geti.

Selon l’ONG médicale Médecins Sans Frontières (MSF), les combats entre les FARDC et le FRPI « ravagent » le Sud Irumu depuis la fin août.

« Dans les zones où les établissements de santé ont été vidés de tous les équipements et fournitures et où les écoles n’ont pas encore rouvert leurs portes, les gens qui sont restés dans leurs communautés et ceux qui y retournent ont besoin de soutien », a dit Assiat Magomedova, chef de mission de MSF à Bunia. Elle a ajouté que les populations restaient pour la plupart regroupées autour des sites d’assistance et que certains villages demeuraient vides en raison de la proximité des affrontements et de la présence des groupes armés.

MSF a vacciné 26 125 enfants contre la rougeole en novembre dans le territoire du Sud Irumu afin de prévenir la propagation. La couverture vaccinale était en effet faible et des cas de rougeole avaient été recensés près de Geti. « Avec les mouvements de populations liés aux affrontements, les risques d’épidémie étaient très présents », a dit Mme Magomedova.

Milices locales et ougandaises

L’Armée de libération du peuple congolais uni (ALPCU) est autre groupe actif dans la chefferie de Kakwa, dans le territoire d’Aru, à quelque 300 km au nord de Bunia. Il est accusé d’avoir commis des atrocités à l’encontre de civils et recruté des jeunes sous la contrainte.

Le commissaire de district de l’Ituri, Rustique Avo, a dit que les actions du groupe étaient orchestrées depuis l’étranger dans le but de déstabiliser l’est de la RDC.

Selon OCHA, environ 10 000 habitants du territoire d’Aru ont été déplacés entre avril et septembre à la suite d’attaques répétées de l’ALPCU. D’après la société civile de Kawka, des milliers de personnes ont fui vers Koboko, un district ougandais, et d’autres se sont réfugiées au Soudan du Sud. Depuis septembre, des viols, des enlèvements et des pillages sont régulièrement signalés.

Plusieurs autres groupes sont actifs dans le territoire de Mambasa, au sud-ouest du district de l’Ituri, notamment les Maï Maï Simba, une milice de 400 hommes sous les ordres d’un braconnier appelé Morgan, ainsi que deux autres groupes Maï Maï de plus petite taille.

Selon OCHA, des incursions d’hommes armés provenant du Nord-Kivu ont été rapportées au sud de Mambasa et au nord de Biakato. Selon certaines informations, il s’agirait d’éléments des Forces démocratiques alliées-Armée nationale pour la libération de l’Ouganda (ADF-NALU) fuyant le territoire de Beni, au Nord-Kivu, par crainte d’une opération des FARDC.

Dans la province Orientale, la société civile s’inquiète de la présence d’un « mouvement rebelle important », qui pourrait compliquer les opérations des FARDC prévues dans la province. Selon Radio Okapi, la milice de l’ADF-NALU, qui se déplace avec femmes et enfants, tente de rejoindre d’autres milices actives dans l’Ituri.

Dans certaines régions du Haut et du Bas-Uélé, les attaques commises par les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont augmenté substantiellement au cours des deux derniers mois, a ajouté OCHA. En novembre, par exemple, 25 incidents ont été rapportés, contre 8, 11 et 5 en octobre, septembre et août, respectivement. La MONUSCO et le gouvernement de la RDC ont annoncé qu’ils mettraient en place des mesures pour limiter les attaques à l’encontre des civils pendant la période des fêtes de fin d’année.

Restaurer l’autorité de l’État

Le gouverneur de la province Orientale a mis sur pied une patrouille mixte composée de membres de la police nationale, de casques bleus de la MONUSCO et de soldats des FARDC pour aider à endiguer la prolifération des groupes armés dans l’Ituri, a dit le ministre de l’Intérieur de la province, Pierre Hubert Moliso Nendolo, le 4 décembre. Selon Radio Okapi, M. Nendolo aurait également annoncé que des patrouilles composées de soldats du Soudan du Sud et de l’Ouganda surveilleraient les frontières.

« L’Ituri n’est pas une sorte de Far West où l’on peut créer des milices en toute impunité. Nous ne sommes plus en 2003-2004. L’autorité de l’État sera maintenant restaurée par la force. Par la force. J’ai demandé à Cobra Matata et à d’autres de déposer immédiatement leurs armes, car ils ne réussiront pas à nous vaincre. Ce sont eux qui seront défaits. Ce n’est qu’une question de temps », a dit M. Kabila.

 
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