lundi, 11 décembre 2017
 

RDC : Brèves de la clôture de la troisième Action internationale de la Marche mondiale des femmes à Bukavu

Environ 200 militantes représentent les délégations officielles et non officielles des coordinations de plus de 40 pays. Avec les inscriptions des Congolaises, nous sommes 2000 à nous réunir chaque jour en plénière. Au menu : panels, chants (les Kenyanes sont particulièrement géniales sur ce point) et débats enflammés. Les participantes se bousculent pour intervenir au micro durant les périodes de questions. Chacune est avide d’interpeller les panélistes ou les organisatrices de la Marche. Toutes veulent partager les réalités des femmes de leur milieu et de leur région du monde ou encore exposer les initiatives de leurs organisations.

Les participantes ne craignent ni de démasquer les multiples visages des violences contre les femmes ni de clamer haut et fort leur révolte. Pour preuve, cette intervention d’une militante congolaise : « Si on violait massivement les hommes partout dans le monde, on aurait déjà trouvé une solution ! ». Affirmation saluée par les ardents et nourris applaudissements de l’audience. Pour contrer les violences sexuelles légitimées par des superstitions opportunément entretenues, une militante du Katanga (RDC) demande qu’on construise et appose des pancartes : « Violer une vierge ne guérit pas du sida ! »

Durant les deux dernières journées de panels, nombre de Congolaises ont pris la parole pour imputer les violences sexuelles aux bandes armées, particulièrement « étrangères », entendre rwandaises. Il semble impensable à certaines que les soldats congolais puissent violer leurs « sœurs ». Un colonel de l’armée de la RDC est pour sa part monté sur la scène pour nous rappeler que son institution se montrait très sévère à l’égard des soldats violeurs et que les femmes pouvaient compter sur sa collaboration... Ces déclarations qui démentent la participation de l’armée congolaise à toutes exactions à l’encontre des civils ne reflètent pas la réalité. Comme le dénonce l’envoyée spéciale de l’ONU pour les violences sexuelles dans les conflits, Margot Wallström, alors que leur mission consiste à protéger les populations, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont perpétré viols, tueries et pillages à l’Est du pays notamment dans la région de Walikale. Ces mêmes communautés avaient déjà quelques semaines plus tôt eu à subir les attaques des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) en plus de celles des milices Maï-Maï. Si durant les cinq journées qui rythmèrent la clôture de la troisième Action internationale de Marche mondiale des femmes tout a été fait pour que les Marcheuses soient en sécurité sur le site où se déroulent les activités et ailleurs, les femmes de Bukavu continuent malheureusement d’être violées pendant la Marche, même en plein centre-ville. Selon une panéliste congolaise avec qui nous nous sommes entretenues de façon informelle, une jeune fille s’est faite agresser la nuit du 13 octobre. Il semble que l’hôpital Panzi de Bukavu accueille 14 filles et femmes survivantes de violences sexuelles CHAQUE JOUR.

En ayant fixé rendez-vous à ses militantes du monde entier à Bukavu, véritable capitale du viol, la Marche mondiale des femmes entend se battre pour mettre fin à l’impunité des responsables des agressions sexuelles utilisant les corps des femmes et des filles comme arme de guerre tout en dénonçant la forte interconnexion prévalant partout sur la planète entre la violence envers les femmes, les conflits et la militarisation.

Compilation par Christine Vanden Daelen de billets d’information réalisés par Sandrine Ricci – Agente de communication de la Marche mondiale des femmes à Bukavu

Source : http://www.cadtm.org

 
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