jeudi, 22 juin 2017
 

RDC : comment l’opposition se prépare au 19 décembre

Le dernier jour du mandat de Joseph Kabila, l’opposition promet d’être dans la rue pour signifier son départ au chef de l’Etat. Mais pour éviter les échecs de ses deux derniers meetings, l’opposition cherche une nouvelle stratégie pour contourner le verrouillage policier de Kinshasa. ..

« Instabilité, chaos, situation incontrôlable… » le risque de voir la République démocratique du Congo (RDC) s’embraser le 19 décembre 2016 augmente à mesure que la date fatidique approche. La RDC est plongée dans une crise politique profonde depuis le report de l’élection présidentielle à mi-2018 alors que le second et dernier mandat du président Joseph Kabila prend fin le 19 décembre à minuit. L’opposition accuse le chef de l’Etat d’avoir volontairement retardé le processus électoral afin de se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel. Une crise qui fait redouter des troubles violents à partir du 19 décembre. Les 19 et 20 septembre derniers, une mobilisation anti-Kabila, violemment réprimée par les services de sécurité, avait déjà fait une cinquantaine de morts, selon les ONG internationales.

Sauve qui peut

Les chancelleries occidentales présentes à Kinshasa redoutent le pire pour le 19 décembre et demandent à leurs ressortissants de ne pas se rendre en République démocratique du Congo. Si la Belgique et la France déconseillent les voyages en RDC, Washington va plus loin en estimant que « les citoyens américains en RDC devraient envisager sérieusement de quitter le pays avant cette date ». Les Etats-unis indiquent avoir ordonné aux familles des personnels de l’ambassade « de quitter le pays à compter du 10 décembre 2016, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire prévisible. »

Manifestations avortées

L’opposition, sous la houlette du Rassemblement piloté par Etienne Tshisekedi, n’y va pas par quatre chemins et promet carrément « un soulèvement populaire » pour indiquer à Joseph Kabila qu’il doit partir. Mais si les manifestations de janvier 2015 et septembre 2016 avait fortement mobilisé, malgré la répression, les deux derniers meetings du Rassemblement ont été empêchés de se tenir par la police congolaise. Des manifestations avortées qui font craindre un nouvel échec à l’opposition le 19 décembre.

Eviter la police

Alors pour éviter que les forces de sécurité n’étouffent une nouvelle fois leurs manifestations, l’opposition cherche une nouvelle stratégie de mobilisation. Avec un objectif : contourner le verrouillage et le quadrillage policier qui a empêché les derniers meetings d’Etienne Tshisekedi de se tenir. L’opposition avait également testé à plusieurs reprises les opérations villes mortes, moins dangereuses que les manifestations de rues, mais surtout moins efficaces et avec une faible participation.

Des manifestations dans tous les quartiers

Le Rassemblement compte bien garder secret les préparatifs de la contestation du 19 décembre. Mais un élément semble acté : il n’y aura pas de lieu de rassemblement pour cette journée de mobilisation afin d’éviter le verrouillage par la police des points stratégiques de Kinshasa comme cela a été le cas lors des deux derniers meetings avortés. Le Rassemblement appellera donc les Congolais à manifester dans chaque quartier de Kinshasa, mais aussi partout en RDC. En multipliant les manifestations, le Rassemblement espère ainsi diluer la concentration des forces de sécurité et éviter ainsi une répression massive. Au lendemain du 19 décembre, l’opposition appellera également à « bloquer le pays » et à « ne plus reconnaître les institutions congolaises. »

« Occupations pacifiques, grèves… »

La Lucha, un mouvement citoyen qui a lancé récemment le slogan « Bye bye Kabila », demande aux Congolais « d’occuper pacifiquement les symboles de la République : palais de la Nation, palais du Peuple, immeuble du gouvernement, RTNC, gouvernorats… » mais aussi les chancelleries et représentations de la RDC à l’étranger. Ce mouvement va encore plus loin en demandant à la population de ne plus se rendre sur son lieu de travail et de « s’abstenir de s’acquitter des impôts et taxes de toutes natures jusqu’à l’installation d’un gouvernement légitime. » L’objectif affiché est donc de rendre le pays ingouvernable.

Répression ciblée

Joseph Kabila peut-il passer le 19 décembre sans encombre ? C’est sans doute ce que chef de l’Etat espère et les services de sécurité font tout pour. Les mouvements citoyens comme la Lucha et Filimbi, particulièrement actifs auprès de la jeunesse et des réseaux sociaux, ont tous été visés par des arrestations à répétition et une répression intraitable. Le ministre de l’Intérieur Evariste Boshab a d’ailleurs indiqué aux gouverneurs des 26 provinces qu’il interdisait les activités de ces deux mouvements. Une répression efficace puisque la fameuse campagne « Bye bye Kabila » a tourné court dans les rues. La priorité pour le pouvoir est de contenir la contestation de la jeunesse, la seule à pouvoir plonger le pays dans le désordre.

Une mobilisation dans la durée

Après deux meeting avortés et une répression accrue sur les opposants au président Joseph Kabila, l’opposition apparaît affaiblie à l’approche du 19 décembre. Mais la date symbolique de la fin officielle du mandat de Joseph Kabila « peut créer l’embrasement » selon de nombreux observateurs. Si les autorités congolaises peuvent sans doute contenir une mobilisation « mesurée » les 19 et 20 décembre, c’est dans la durée que le mouvement de contestation peut s’affirmer et fragiliser le pouvoir. En janvier 2015, le gouvernement avait déjà reculé devant la pression populaire qui manifestait contre la modification de la loi électorale. Un précédent que l’opposition espère bien renouveler, mais avec un défi plus grand : faire partir Joseph Kabila.

Kabila mise sur sa police

Le président congolais compte pourtant sur sa police nationale et la Garde républicaine pour tenir la rue à Kinshasa et dans les principales villes du pays. Joseph Kabila a en effet tout misé sur sa police, faisant une confiance très mesurée dans son armée composée de nombreux ex-rebelles. Les militaires des deux camps de Kinshasa ont d’ailleurs été depuis longtemps partiellement désarmés. Bien formée, bien payée et très bien équipée, notamment en véhicules anti-émeutes, la police congolaise a réussi, jusque-là, à juguler la fronde.

Radios et internet verrouillés

Mais fin décembre, la configuration sera différente des autres manifestations et l’opposition espère bien déjouer le cadenassage policier de Kinshasa en allumant de multiples foyers de contestation. Des journées-clés pour l’avenir de la RDC qui vont sans doute se dérouler à l’abri des regards des médias et des réseaux sociaux. Le signal de RFI, coupé depuis plus d’un mois, a peu de chance d’être rétabli avant le 19 décembre alors que l’internet et les SMS risquent fort d’être « perturbés » pendant ces journées sous haute tension. Une mise sous cloche qui ne pourra pas durer éternellement.

Christophe RIGAUD

Source : http://afrikarabia.com

 
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