lundi, 23 octobre 2017
 

RDC - Congo Est : début de solution

La défaite des rebelles du M 23 avec la signature, à Nairobi, d’un accord de paix ouvre une nouvelle situation politique pour le Congo.

Le M 23 n’est que la continuité des rébellions successives qui ont été soutenues par le Rwanda et l’Ouganda, même si ces deux pays continuent à nier toute implication dans le soutien militaire et logistique des différentes milices. Pourtant les derniers rapports des experts diligentés par le Conseil de sécurité de l’ONU sont formels et en apportent la preuve.

Depuis les années 90, le Rwanda a toujours soutenu des groupes armées, hier dénommés RCD puis RCD Goma, puis CNDP et aujourd’hui M 23, l’Ouganda de même en soutenant parfois des milices opposées entre elles. A l’époque, ces guérillas avaient contribué à la chute du régime de Mobutu principal et indéfectible allié des Occidentaux contre la supposée menace soviétique. Après la chute du mur de Berlin, l’importance de Mobutu dans le dispositif occidental s’amenuisait, le pays appelé à l’époque le Zaïre était au bord du gouffre et les rebelles de Laurent Désiré Kabila avec l’aide des voisins rwandais et ougandais, prirent le pouvoir sans beaucoup de difficulté devant une armée zaïroise qui se disloqua rapidement.

Mais les alliés d’hier devinrent rapidement ennemis. Laurent Désiré Kabila fit preuve d’indépendance et entra en conflit avec les Rwandais et les Ougandais. Il fit appel aux Angolais, Namibiens et Zimbabwéens. Cette guerre, considérée comme la première guerre continentale, parce que plusieurs pays s’y impliquèrent, aurait fait des millions de morts certains démographes mettant en doute ce chiffre. Quoi qu’il en soit, ce fut une terrible épreuve pour les habitants des régions Est du Congo qui eurent à en subir les conséquences.

Après la signature d’un traité de paix en Afrique du Sud, à Sun City, une transition fut mise en place intégrant les quatre principaux chefs des rebellions comme vice-président et Joseph Kabila comme président remplaçant son père assassiné dans des conditions obscures. C’est l’époque du gouvernement dit 4 + 1. Lors de l’élection présidentielle, Kabila remporta les élections au second tour contre Jean-Pierre Bemba, actuellement à la Cour pénale internationale accusé de crime contre l’humanité en Centrafrique lorsqu’il avait envoyé sa milice défendre Ange Félix Patassé.

Le conflit d’aujourd’hui n’est que la continuité de cette guerre qui commença dans les années 90. Mais d’autres éléments sont à prendre en compte.

Plus de 40 groupes armés dans l’Est du Congo

Pour le Rwanda, le génocide est une question centrale. Les Hutu extrémistes appuyés par la France vont prendre le pouvoir après l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana en avril 1994. Aussitôt le massacre contre les Tutsi mais aussi les Hutu de l’opposition démarre. Un génocide préparé par des années de haine et mis en place méthodiquement par l’armée rwandaise et les interahamwe, milice des extrémistes hutu. Dans le cadre de l’opération Turquoise menée par l’armée française présentée comme une action humanitaire, l’essentiel des génocidaires vont fuir vers le Zaïre avec l’approbation de Mobutu. Le Front patriotique rwandais de Paul Kagamé, principalement composé de Tutsi réfugiés en Ouganda, qui mit fin au génocide, vit dans ces camps de réfugiés une menace contre le nouveau régime. A juste titre puisque les Hutus extrémistes vont tenter à plusieurs reprises des actions armées contre le Rwanda en utilisant les civils des camps de réfugiés comme boucliers humains contre d’éventuelles représailles. Cette tactique est responsable de milliers de morts car l’armée rwandaise n’aura aucun état d’âme pour intervenir militairement dans ces camps au prix de nombreux massacres.

Aujourd’hui la présence militaire des FDLR, le nom de la milice des Hutu extrémistes, ne représente plus une menace militaire réelle pour le régime. Affaiblis et divisés, certains FDLR sont prêts à rendre les armes pour profiter des opérations de démobilisation. Leur puissance de nuisance est surtout tournée contre les Congolais qui sont victimes de leurs exactions. Le régime rwandais qui dérive lentement mais sûrement vers une dictature se sert des FDLR pour continuer à justifier ses incursions militaires sur le territoire congolais. Quant au M 23, il déclarait protéger les Banyamulenge assimilés à des Tutsi congolais. Si au cours de l’histoire récente du Congo, les Banyamulenge ont subi des discriminations et des politiques xénophobes et si effectivement des problèmes surgissent entre les communautés Banyarwanda et Nande, Hunde et Nyanga, pour reprendre les conflits les plus anciens, cela ne justifie pas une milice armée, bien au contraire. Aujourd’hui, rien que dans l’Est de la RDC, on compte, au bas mot, plus de 40 groupes armés qui se déclarent défendre leur communauté et dérapent rapidement en commettant les pires atrocités. Les différends qui peuvent exister ne peuvent être réglés par les armes mais par les discussions et la recherche du compromis.

Le Rwanda et l’Ouganda se servent de la faiblesse de l’État congolais pour déstabiliser la région du Kivu avec des visées économiques, notamment le pillage d’un sous-sol extrêmement riche en matières premières, le coltan mais aussi les diamants.

Ce qui permet d’enrichir les chefs des milices et les proches membres du pouvoir tant rwandais qu’ougandais. En effet, une des raisons qui expliquent la longévité de ce conflit est que plus il dure et s’étend, plus il rapporte, initiant ainsi un cercle vicieux où les populations civiles sont prises en otage par les différentes milices, victimes des violences et parfois réduites en esclavage pour travailler dans des conditions extrêmement dangereuses dans les mines. Les rivalités entre l’Ouganda et le Rwanda les poussent chacun à avoir une position forte dans les régions frontalières de la RDC en entretenant des milices.

La détermination diplomatique de Washington à régler le conflit

Les milices soutenues par le Rwanda et l’Ouganda ont toujours réussi à mettre en déroute les forces armées de la RDC même quand ces dernières s’alliaient aux FDLR et aux milices Maï-Maï. Toutes ces forces armées ont été coupables de crimes contre l’humanité. Le long calvaire des femmes violées par les milices successives a fait de la région et du Congo un véritable enfer pour ces femmes, mais aussi pour les enfants enlevés pour servir de soldats, ou d’esclaves sexuels aux différents seigneurs de guerre. La défaite du M 23 tient à plusieurs facteurs politiques et militaires. Les États-Unis ont décidé de mettre tout leur poids diplomatique dans la balance pour régler ce conflit. Principal soutien et alliée du Rwanda et de l’Ouganda, l’administration Obama a fait pression sur ces deux pays pour qu’ils arrêtent toute aide aux milices au point de couper leur subvention à l’armée rwandaise. En nommant un émissaire spécial, Washington a montré sa détermination diplomatique à régler ce conflit.

Si les États-Unis ont, à un moment, caressé l’idée d’une partition du Congo au profit du Rwanda, idée reprise par Sarkozy toujours prompt à s’emparer d’idées foireuses, la Maison Blanche s’est vite ravisée face à une mobilisation de la population qui tenait à l’intégrité du territoire de son pays.

Pour les États-Unis, le gouvernement de Kagamé devenait encombrant. Accusé par l’ONU de soutenir des milices et des criminels poursuivis par la CPI et pointé comme une des principales sources de déstabilisation de la région des Grands Lacs. Dans le même temps, l’idée d’une force de l’ONU offensive fit son chemin et fut adoptée par le Conseil de sécurité. Cette force d’attaque composée de soldats de Tanzanie, du Malawi et d’Afrique du Sud est équipée d’hélicoptères. Parallèlement, le gouvernement de Joseph Kabila de plus en plus critiqué pour son incapacité à régler le conflit au Kivu décida de changer la direction de l’armée en nommant un nouveau général, de payer les soldats et d’acheminer les moyens nécessaires. Ainsi cette conjonction d’éléments permit aux forces conjointes de l’ONU et de la RDC (FARDC) d’en finir avec le M 23.

Lors des pourparlers de paix qui se tenait à Kampala, la capitale ougandaise, le M 23 tenta de rallier l’opposition politique à Kabila en avançant notamment des revendications autour de la défense des libertés, de l’État de droit et contre la corruption. Mais en vain, ce qui souligne l’absence de soutien populaire et de base sociale de cette milice qui souhaitait jouer un rôle de catalyseur de l’opposition à Kabila. A noter, et c’est un point positif, que lorsque les FARDC sont entrées dans les villes et villages conquis, il n’y eu quasiment pas de violence contre les civils. Elles se sont comportées en armée disciplinée avec un accueil plutôt favorable des populations qui montraient ainsi leur ras-le-bol du racket qu’exerçaient les miliciens du M 23 sur les civils.

Des problèmes sociaux et inter communautaires à régler au plus vite

Les accords d’Addis-Abeba prévoient que les pays voisins ne doivent plus soutenir les milices qui sévissent chez leurs voisins. Aujourd’hui, le gouvernement Kabila doit aller aussi de l’avant pour désarmer les FDLR ainsi que les autres milices Maï-Maï plus ou moins regroupées dans le Pareco, les alliances étant extrêmement versatiles. La fin de ces milices et la restauration d’un État de droit serait un élément extrêmement positif qui permettrait à une population meurtrie pendant plus de trois décennies de reprendre son activité, essentiellement agricole, et d’aller de l’avant en exigeant notamment que les formidables richesses minières puissent lui bénéficier.

Même si les mobilisations n’ont pas été autant à la hauteur de la souffrance endurée, elles ont cependant permis de faire bouger les lignes et d’esquisser un début de solution. Il est clair néanmoins que les problèmes sociaux et inter communautaires doivent être réglés au plus vite dans l’équité pour désamorcer toute velléité de réponses violentes. Le gouvernement de Joseph Kabila a démontré maintes fois sa totale incapacité à mener une politique qui répond aux besoins sociaux les plus immédiats. L’alternative n’est ni dans les milices, ni dans prophètes autoproclamés, mais dans la structuration d’organisations qui permettent de résister et de vivre un peu mieux.

Paul Martial

 
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