lundi, 23 octobre 2017
 

RDC- DE GOMA A BUNAGANA : QUELQUES HEURES ENTRE LES LIGNES DES FRONTS

La mutinerie qui a débuté au Nord-Kivu en avril 2012 va bientôt totaliser cinq mois. Au début, les autorités provinciales, s’alignant sur le discours officiel de Kinshasa, parlaient d’une indiscipline militaire ; mais avec le temps, il a fallu changer de langage et appeler un chat par son nom. On est bien en face d’une guerre entre l’armée régulière FARDC et le M23 (Mouvement du 23 mars), des mutins issus de ses propres rangs qui occupaient au début quelques collines telles que Runyoni, Mbuzi, Cyanzu, Bikenge, etc, avant d’étendre leur contrôle sur une bonne partie de la Collectivité- Chefferie de Bwisha, en Territoire de Rutshuru.

Depuis la chute de Bunagana au début du mois de juillet, le M23 est présent actuellement dans 4 groupements sur les 7 qui constituent cette chefferie de Bwisha. Les deux cités de Kiwanja et de Rutshuru centre sont contrôlés par les militaires des FARDC qui les ont récupérés sans combat le 19 juillet 2012 après le retrait des éléments de M23 qui s’en étaient emparés presque dans les mêmes conditions une semaine plus tôt après la fuite des forces loyalistes vers la Rwindi, environ 50 kilomètres plus au nord.

Villages conquis, occupés ou abandonnés à leur triste sort ?

Difficile de répondre à cette question que se posent plusieurs habitants du Groupement de Rugari à environ 30 km de Goma. La ligne avancée des FARDC, majoritairement des commandos, se situait le 21 juillet au niveau de Kakomero, juste à l’entrée du groupement de Rugari pendant que les militaires de M23 étaient parfois visibles dans les collines qui surplombent les villages, selon quelques habitants rencontrés à Rugari et qui, pris entre deux belligérants, ne savent pas à quel Saint se vouer.

Au-delà de Rugari, il n’y a plus de présence massive des militaires sur la route jusqu’à Bunagana où est installé l’Etat -major politique de M23 que préside le Bishop Jean-Marie Runiga, son coordonnateur. Le long de la route quasi déserte, la plupart des villages sont eux-mêmes presque déserts ; les populations sont toujours en fuite vers Goma, Rubare, Rutshuru-centre et l’Ouganda. La circulation est timide et la vie presque paralysée. Le peu d’habitants encore visibles dans quelques villages disent qu’ils n’ont pas où aller et n’attendent que celui qui a la force vienne régner sur eux. A Bunagana, presque toute la population est en refuge en Ouganda, toutes les activités sont paralysées et cette cité- frontière naguère grouillante de monde et hyperactive est devenue une cité fantôme. A la frontière on aperçoit quelques militaires et des policiers ainsi que quelques habitants curieux qui viennent voir ce qui se passe autour des nouveaux dirigeants du M23. Selon le Dr Alexis Kasanju du M23, chargé des affaires humanitaires dans le territoire sous contrôle des mutins, c’est le gouvernement congolais et son armée qui font une campagne d’intoxication contre eux afin que la population ne revienne pas.

Une guerre de trop !

Plusieurs habitants de Rutshuru disent qu’il s’agit d’une guerre de trop pour eux, que ce sont les mêmes acteurs qui reviennent avec de nouvelles formules. De l’AFDL au M23 en passant par le RCD et le CNDP, ces populations ont longtemps souffert et exigent une cessation immédiate des hostilités et en appellent à une fin rapide de cet énième conflit, sans recourir de nouveau à des solutions militaires qui, depuis plus d’une décennie, ont montré leurs limites. Quelques jeunes rencontrés à Burayi, à la bifurcation des routes qui mènent vers Rutshuru-centre et Bunagana, disent quant à eux que malgré la présence de M23 dans les environs, ils ne fuiront plus jamais, les guerres précédentes leur ayant servi de leçon. Ils déplorent cependant les tueries de 4 personnes dans une même famille à Kiringa et l’enlèvement d’un chef de village à Bushenge dont les criminels ne sont pas encore connus. Les acteurs politiques de M23 reconnaissent la nécessité de s’allier les populations avant de poursuivre la conquête des espaces. C’est ainsi qu’ils ont entamé des campagnes de sensibilisation pour expliquer que leurs revendications vont maintenant au-delà des accords du 23 mars 2009 et que leur lutte est désormais une lutte nationale pour recouvrer les droits des Congolais.

Pendant les quelques heures passées entre les lignes des fronts entre les FARDC et le M23, nous n’avons aperçu aucun casque bleu de la MONUSCO dans les zones occupées par le M23 alors que cette force onusienne est censée protéger la population civile congolaise et qu’un couloir humanitaire a été ouvert entre Burayi et Bunagana pour faciliter l’assistance aux quelques habitants qui sont restés dans les villages. Cependant quelques ONGs internationales ont répondu à l’appel du M23 pour accéder à ces populations rendues encore plus vulnérables par la fermeture de la douane de Bunagana par les autorités de Kinshasa ce 23 juillet 2012, décision qui limite drastiquement le commerce transfrontalier qui constituait la principale source de revenus de part et d’autre de la frontière entre Bunagana, en RDC et Bunagana, en Ouganda.

Primo-Pascal Rudahigwa

Bunagana, 23 juillet 2012

Source : http://www.pole-institute.org

 
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