lundi, 11 décembre 2017
 

RDC : Des enquêtes sur des viols massifs et autres violations des droits de l’homme à Walikale, mettent en évidence l’absence de redevabilité

Report—UN Office of the High Commissioner for Human Rights Kinshasa/Genève

Une enquête de l’ONU sur des violations graves des droits de l’homme perpétrées dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, où plus de 387 personnes ont été violées l’année passée entre les 30 juillet et 2 août, met en exergue la persistance du manque de redevabilité, de justice et de sécurité pour les victimes, selon un rapport publié ce jour.

Le rapport du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) ** en République démocratique du Congo portait sur les viols massifs et autres violations des droits de l’homme commis dans 13 villages sur l’axe Kibua-Mpofi, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, où des centaines de personnes ont été violées, 116 personnes enlevées et 965 maisons et magasins pillés par une coalition de groupes armés entre les 30 juillet et 2 août 2010. Sur les 387 victimes de viols, il y avait 200 femmes, 23 hommes, 55 filles et 9 garçons.

« Du fait que ces attaques ont été planifiées à l’avance et menées de manière systématique et ciblée, elles pourraient constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, » ont indiqué les enquêteurs dans le rapport.

La Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, Mme Navi Pillay, a affirmé que le manque de progrès dans les enquêtes officielles et les poursuites judiciaires contre les auteurs de crimes constitue un obstacle sérieux pour la dissuasion de la commission de nouvelles violations.

« Les enquêteurs ont appris que la plupart des viols commis avec une agressivité ignoble par des groupes armés, ont été perpétrés en présence des enfants des victimes et d’autres membres de leurs familles et communautés », a déclaré Mme Pillay.

« Depuis les attaques de Walikale, il y a eu plusieurs autres cas de viols et autres types de violences sexuelles qui ont été systématiquement utilisés comme armes de guerre et représailles par des groupes armés, » a précisé la Haut-Commissaire. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour traduire les auteurs de ces actes ignobles devant la justice et veiller à ce que les victimes et les témoins soient protégés, étant donné le risque élevé de représailles. »

Selon les témoignages et informations recueillis auprès de diverses sources, le mobile de ces attaques était de punir et d’asservir la population locale, que les assaillants considéraient comme des « traîtres » ayant collaboré avec les forces gouvernementales, et de piller des armes et d’autres provisions.

Le rapport souligne que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé plusieurs ayant préféré de garder silence en raison de l’insécurité qui prévaut dans la région, de peur d’être stigmatisées et abandonnées par leurs familles, du manque de prise en charge médicale appropriée et de la frustration d’avoir été interrogées par de nombreux interlocuteurs et avoir reçu des promesses, qui n’ont pas été suivies d’effet. L’Auditorat militaire près la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu a ouvert une enquête judiciaire sur ces violations et réalisé plus de 150 entretiens avec des victimes et des témoins. Cette enquête a été plus tard suspendue en raison de préoccupations concernant la protection de ces dernières et a abouti à une seule mise en accusation. Certaines personnes ayant coopéré avec les autorités judiciaires militaires au cours des enquêtes ont été victimes de représailles.

La plupart des victimes « semblaient profondément traumatisées des mois après les événements, indique le rapport. « Elles n’auraient toujours pas reçu l’assistance médicale nécessaire ».

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour République démocratique du Congo, M. Meece, a déclaré que « la colère et la frustration de la population, y compris les victimes de crimes horribles, qui continuent à vivre dans ces zones dans une situation de grande insécurité, doivent être considérées comme un appel à l’action. » Le rapport souligne que la faiblesse de l’autorité de l’Etat congolais dans le territoire de Walikale a été l’une des causes de la prolifération et du contrôle des activités minières par les groupes armés qui en assurent le monopole et ont développé le commerce d’armes dans la région, créant ainsi une insécurité manifeste pour les populations civiles. Au cours de l’enquête, des sources fiables ont donné des preuves de la complicité de certains officiers des FARDC avec ces groupes armés dans le trafic de minerais.

Le rapport met aussi en lumière les difficultés rencontrées par l’équipe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO) basée à Kibua dans l’accomplissement de son mandat de protection des civils. Depuis la commission de ces violations, la MONUSCO a augmenté le nombre de ses bases opérationnelles dans les zones touchées et a, de manière significative, amélioré sa logistique et son interaction avec la population civile.

« Le Gouvernement congolais a la responsabilité première de protéger sa propre population ; toutefois, j’ai aussi l’obligation de faire appel à la communauté internationale pour reconnaitre l’insécurité qui prévaut dans la région et mieux équiper la MONUSCO pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat de protection », a déclaré Mme Pillay.

 
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