lundi, 23 octobre 2017
 

RDC Equateur : Greenpeace condamne de graves violations de droits de l’homme, liées à l’exploitation forestière de la Siforco à Bumba

Greenpeace International condamne les violences dont la communauté forestière de Yalisika (territoire de Bumba, province de l’Equateur) a été victime au mois de mai dernier, dans la zone d’exploitation de la SIFORCO à Bumba et exige que toute la lumière soit faite sur ces exactions.

Toutes les responsabilités doivent être officiellement établies, y compris le rôle de la SIFORCO, les coupables sanctionnés et les victimes indemnisées.

Dans le cadre d’un conflit social impliquant la société d’exploitation du bois SIFORCO avec cette communauté, Greenpeace a été informée de la violence excessive utilisée par la police et les forces navales contre les membres du groupement Yalisika. En collaboration avec le Réseau Ressources Naturelles (RRN), Greenpeace a dépêché une équipe pour s’enquérir des réalités sur le terrain.

Le constat a été amer. D’après les informations recueillies, la communauté a été victime de lourdes représailles, le 2 mai, comptant le viol de six femmes dont 3 mineures, le tabassage de plusieurs personnes, la destruction de biens et l’arrestation de 16 membres du groupement. Dans la nuit du 2 au 3 mai, une des victimes, Monsieur MOLOMA TUKA Frédéric est décédé.

« Tous ces faits démontrent que l’exploitation forestière industrielle, en République Démocratique du Congo ne contribue pas au développement, elle génère de multiples conflits récurrents avec les communautés locales, qui aboutissent trop souvent à de violentes représailles », déclare Juvin AKIAK, Chargé de campagne forêt Greenpeace.

Ces évènements questionnent une nouvelle fois le rôle des exploitants industriels du bois en RDC. Les témoignages récoltés à Bumba et dans les environs concordent pour dénoncer l’implication de la SIFORCO dans ces violents incidents, notamment par la mise à disposition directe de moyens logistiques pour ce que l’on peut appeler une expédition punitive.

La SIFORCO a une nouvelle fois privilégié le recours à la force (en faisant appel aux forces de l’ordre). Pourtant les responsables de cette société et de sa maison mère, DANZER, basée en Suisse, s’étaient engagés à tout mettre en œuvre pour honorer les promesses faites aux communautés affectées par l’exploitation de leurs forêts, mais aussi pour assurer des médiations pacifiques en cas de conflit, à l’occasion d’un forum organisé à Bumba en Novembre 2009 par Greenpeace et la Société civile.

« La SIFORCO prétend évoluer vers la gestion durable des forêts notamment à travers la certification mais on est très loin du compte. Cette société étrangère se comporte comme en terrain conquis » conclut Juvin AKIAK.

Greenpeace exige une enquête indépendante sur ces faits, afin que tous les acteurs impliqués dans ces graves exactions soient identifiés et sanctionnés.

Rappel des faits

Violations des droits de l’Homme à l’encontre de villageois de la communauté Bosanga, suite à des protestations contre la société d’exploitation forestière Siforco dans la province de l’Equateur.

Au petit matin du 2 Mai 2011, près de 60 éléments de la Force navale et de la police nationale arrivent à Bosanga , dans la Province Equateur de la République Démocratique du Congo. D’après les faits rapportés à Greenpeace, cette équipe mixte a été transportée dans un camion de la société SIFORCO conduit par un chauffeur de cette société et a fait déferler une vague de violence sur la communauté :

* Viols de 6 femmes dont 3 mineures, et tentative de viol d’une septième femme qui venait d’accoucher * Tabassage de nombreuses personnes, dont un homme d’environ 70 ans * L’une d’entre elles, Mr. Frédéric Moloma Tuka a été laissé devant sa porte incapable de se tenir debout après les coups reçus. Après le départ des forces de l’ordre, il a été transporté par ses proches au centre de santé à Magbokpale, où il n’a pu trouver de soins car l’infirmier avait été également tabassé et arrêté. Dans la nuit du 2 au 3 mai, Mr. Moloma Tuka est décédé. * Fouille des maisons, confiscation et destruction des biens par l’équipe mixte puis par le camion conduit par le chauffeur de la SIFORCO * Une maison incendiée ; * 16 personnes arrêtées dont le chef de groupement et un infirmier, la personne la plus apte à apporter une assistance médicale aux victimes ; * les détenus ont été transportés à bord du camion de la SIFORCO à la prison de Bumba. En route, les témoignages récoltés par Greenpeace révèlent que ce camion s’est arrêté au chantier de la SIFORCO à Engengele, où le chef de chantier, Klaus Hansen, reçoit un compte-rendu de la ‘mission’. Plusieurs allégations indiquent que les éléments de la police et de la force navale ont reçu de l’argent de la SIFORCO.

Le 6 mai, les détenus sont relâchés sur ordre du Substitut du Procureur de la République près le Parquet de Grande Instance de Lisala, sans aucun moyen de subsistance et à plus de 100 Kms de leur village. A aucun moment ils n’ont vu le moindre document justifiant leur arrestation.

Cette « expédition punitive » fait suite à la protestation du 20 avril par des villageois du groupement Yalisika, dont fait partie la communauté Bosanga, contre le non-respect des engagements par la société SIFORCO datant de 2005, puis révisés en 2009, d’investir dans des infrastructures sociales (écoles, centre de santé, routes).

La société SIFORCO (Société Industrielle et Forestière du Congo SCARL) est une filiale en RDC du Groupe Suisse DANZER. La SIFORCO détient actuellement 8 titres forestiers en RDC, validés par la récente revue légale, couvrant une surface totale de plus de 2 millions d’hectares.

La SIFORCO a obtenu, le 22 septembre 2010 et le 22 octobre 2010, des certificats FSC Chaîne de Traçabilité et Bois Contrôlé (SGS-CW_/FM-008062 and SGS-COC-008149), attribués par l’organe de certification SGS.

Célestin Lutete/MMC/Greenpeace

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