dimanche, 18 août 2019
 

RDC : Le pied de nez de Joseph Kabila à François Hollande

En affirmant qu’il se rendrait au sommet de l’OIF du 12 au 14 octobre, le président français a offert à son homologue Joseph Kabila le chèque en blanc dont il rêvait. Les autorités congolaises n’ont désormais plus aucune raison de faire des gestes en matière de droits de l’homme... Dernière preuve en date : le report du procès en appel des assassins du militant Floribert Chebeya.

« Comme nous le craignions, s’alarme Clément Boursin, de l’ACAT-France, M. Kabila a compris à sa manière le message de M. Hollande… L’enterrement des « gestes » demandées au préalable par la France ne fait que commencer. Les principes démocratiques de l’organisation francophone continuent à être allégrement bafoués ! »

La France souhaitait un « procès Chebeya » crédible. L’audience du procès en appel des policiers accusés de l’assassinat en 2010 du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, prévue initialement le 11 septembre, a été reportée après la tenue du sommet. La Haute cour militaire devait en effet annoncer si elle autorisait la comparution du général John Numbi, chef de la police suspendu de ses fonctions et considéré par les parties civiles comme le suspect numéro un dans cette affaire. John Numbi, proche de Joseph Kabila, serait-il intouchable ?

D’autres dossiers importants sont actuellement bloqués par les autorités congolaises :
- Quid des procès des assassins de Pascal Kabungulu Kibembi, Serge Maheshe et Didace Namujimbo, défenseurs des droits de l’homme et journalistes assassinés à Bukavu entre juillet 2005 et novembre 2008 ? Les autorités congolaises continuent à rester sourdes aux demandes de vérité et de justice.

- Quid des prisonniers politiques détenus au secret par les autorités congolaises, notamment Diomi Ndongala, dirigeant du parti Démocratie chrétienne, qui aurait été vu début août dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (ANR) qui dépend de la présidence de la République ? Les autorités congolaises nient détenir des prisonniers politiques.

- Quid de la justice pour les victimes de violations graves des droits de l’homme commises par des éléments des services de défense et de sécurité à Kinshasa (mars 2007 et novembre-décembre 2011) et au Bas-Congo (février 2007 et février-mars 2008) ? La responsabilité de ces crimes pourrait remonter jusqu’au sommet de l’État.

- Quid des projets de loi sur la protection des défenseurs des droits de l’homme, la création d’une Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), la mise en oeuvre des statuts de Rome et la création d’une cour mixte et spécialisée ? Ces projets de loi existent, mais, faute de volonté politique, l’Assemblée nationale traîne des pieds.

- Quid de l’indispensable réforme de la commission électorale ? Le vote du projet de loi risque fort d’être repoussé après le sommet de la Francophonie… Quelle en sera alors sa teneur ?

« Dans ces conditions, s’interroge Clément Boursin, le président français pourra-t-il sérieusement, en regardant droit devant lui, réaffirmer lors de l’ouverture du sommet l’attachement de la France aux idéaux de démocratie et de bonne gouvernance ? Nous lui souhaitons en tout cas du courage pour trouver les mots justes ! »

Paris, le 13 septembre 2012.

 
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