lundi, 11 décembre 2017
 

RDC : Le piège du 17 février 2012

Les gouvernants sortants tiennent à tout prix, avec l’aide de leurs parrains, à poursuivre leur petit bonhomme de chemin dans notre pays, comme si de rien n’était. Ayant instrumentalisé la CENI, ils veulent, avec « leur future majorité à l’Assemblée nationale », défier la majorité de nos populations ayant opté pour la rupture avec la culture de la tricherie, du mensonge, de la fraude et de la terreur. Ils tiennent à convoquer plusieurs « députés cooptés » ou « mal élus » en une Assemblée plénière le 17 février 2012.

Le choix de cette date ne semble pas être opéré au hasard. Il contient tout un message ; il est en lui-même un message. Le 17 février 2012 pourrait être une réponse donnée aux chrétiens, aux chrétiennes, aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui auront marché le 16 pour « réclamer la légitimité et la légalité du pouvoir », selon le mot d’ordre de l’Eglise de Kinshasa. Cette réponse serait : « Le chien aboie et la caravane passe » ; la caravane peut même écraser le chien sans que cela émeuve outre mesure « les défenseurs mondiaux de la démocratie et des droits de l’homme » !

Où se trouve le piège ? La paie de ces « députés cooptés » ou « mal élus », le goût du pouvoir et des honneurs pourraient constituer des appâts pour « les députés » des forces du changement élus et/ou « cooptés » dans les mêmes conditions que les autres. Cette « cooptation » aurait pour finalité l’application du principe de « diviser pour régner » ; un principe cher aux « maîtres du monde et à ceux qui leur obéissent ». Atomiser les forces du changement en brandissant les avantages matériels dont elles pourraient bénéficier participe de la politique de la marchandisation de notre « vivre-ensemble », chère au « conglomérat d’aventuriers » initiateur et héritier de la guerre de l’AFDL.

Participer de cette politique est synonyme de reconduire le système mortifère sur lequel elle est fondée. Aller à une Assemblée nationale « cooptée » après une mascarade électorale chaotique, c’est signer l’arrêt de mort pour notre beau et grand pays.

A ce point nommé, les forces du changement devraient penser aux stratégies pouvant les aider à minorer l’ordre inique issu de cette mascarade électorale et à mettre sur pied des institutions et des organisations proches de nos populations. Elles devraient inventer des lieux où travailler avec nos populations les conduirait à participer réellement à l’édification d’un autre Congo. Au sein de ces forces du changement, les minorités organisées et agissantes doivent s’investir davantage pour que ce que notre peuple a considéré comme « sa victoire » au cours de ces dernières « consultations populaires » ne lui soit pas volé. Elles doivent créer et/ou actionner leurs plans B, C, D, etc. sur le court, moyen et long terme.

Un petit regard rétrospectif sur notre passé récent nous apprend qu’à force de marcher ensemble, nous avons créé des liens patriotiques à même de résister à l’usure du temps. La rue a constitué pour plusieurs d’entre nous un lieu d’apprentissage de l’histoire récente de notre pays marquée par une prédation transnationale orchestrée par les oligarchies d’argent, les pays satellites et les élites africaines et congolaises compradores. La rue nous a permis de crier notre indignation en brandissant les photos des massacres des nôtres, victimes du cynisme, de la rapacité et de la cupidité des « cosmocrates ». L’implication de nos enfants dans la rue a constitué une garantie pour la relève : la rue est devenue pour nous, le lieu du passage de relais. Nos sit-in ont aussi été des lieux où notre indignation a été dite. Nos messes et nos autres assemblées de prière ont soutenu tous ces efforts de notre peuple voulant à tout pris rester debout.

Mais en examinant les moyens, les méthodes et les stratégies prônés par « les experts » de la Résistance contre les pouvoirs tyranniques, dictatoriaux et les autres forces de la mort, ce que nous mettons en œuvre est encore insuffisant pour atteindre nos objectifs. N’en déplaise à certains d’entre nous !

En principe, nous devrions conjuguer l’étude de ces méthodes, de ces moyens, de ces tactiques et de ces stratégies avec leur mise en pratique. Instituer un va-et-vient permanent entre la théorie et la pratique. Tournés davantage vers les actions concrètes à impact immédiat, nous avons, pour la plupart d’entre nous, perdu le contact avec les lieux d’apprentissage et d’approfondissement de ce que nous devrions mettre en œuvre.

Le risque serait de répéter les mêmes méthodes classiques ou de recourir aux mêmes tactiques et stratégies et de tomber finalement dans l’essoufflement quand les résultats palpables traînent à se manifester.

Le cas Congo devrait pousser les minorités organisées et/ou agissantes à planifier la lutte de la Résistance sur le long terme. Cela d’autant plus que nous ne luttons pas seulement contre les forces visibles. Nous luttons aussi contre les forces invisibles et les principautés de la nuit.

Revenons au piège du 17 février 2012. Comment pourrons-nous soutenir les forces du changement qui refuseraient d’obéir à cet ordre inique d’une Assemblée nationale « cooptée » en vue de recréer un ordre politique et juridique « juste » ? Comment la diaspora congolaise acquise au changement pourrait-elle devenir un partenaire sûr de notre peuple (au pays) et des autres forces du changement en paroles et en actes ? Quels sont les moyens qu’elle pourrait mettre à leur disposition pour qu’elles évitent de se laisser corrompre et qu’elles aident notre peuple à rester debout ? Ces questions et beaucoup d’autres que certains d’entre nous posent déjà invitent à un travail permanent abattu en synergie. Et sur le temps. (à suivre)

Jean-Pierre Mbelu est un prêtre congolais

Source : http://pambazuka.org

 
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