vendredi, 24 novembre 2017
 

RDC : Les États-Unis sanctionnent 2 généraux l’UE, le Conseil de sécurité de l’ONU devraient aussi prendre des mesures ciblées

Le 28 septembre 2016, le gouvernement des États-Unis a imposé des sanctions ciblées à l’encontre de deux officiers supérieurs des forces de sécurité en République démocratique du Congo qui sont impliqués depuis longtemps dans des abus graves, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les officiers concernés sont Gabriel Amisi (connu sous le nom de « Tango Four »), commandant de l’armée dans la région occidentale du pays, et John Numbi, ancien inspecteur général de la police nationale.

« L’annonce par les États-Unis de sanctions ciblées à l’encontre de deux officiers supérieurs des forces de sécurité congolaises envoie un message fort signalant que la répression violente des manifestations politiques par le gouvernement et les autres abus graves ne restent pas sans conséquence », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Pour un impact maximal, les États-Unis devraient élargir les sanctions pour inclure d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement, de la sécurité, et des services de renseignements responsables de la répression brutale sur les deux dernières années. »

Dans une déclaration annonçant les nouvelles désignations, le directeur par intérim du Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain, John E. Smith, a indiqué qu’Amisi et Numbi « se sont livrés à des actes qui compromettent les processus démocratiques en RD Congo et qui répriment les droits politiques et les libertés du peuple congolais, susceptibles d’entraîner une instabilité croissante et plus généralisée en RD Congo et dans la région des Grands Lacs ». Il a souligné que l’« action n’est pas dirigée contre le peuple de RD Congo », mais « est destinée à modifier le comportement des individus ciblés. »

Le 23 juin, les États-Unis ont annoncé des sanctions ciblées à l’encontre du général Célestin Kanyama, le commissaire de police de la capitale, Kinshasa.

Depuis janvier 2015, des officiels du gouvernement congolais et des membres des forces de sécurité mènent une campagne de répression brutale contre les personnes qui s’opposent aux tentatives de maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà des deux mandats consécutifs permis par la constitution, lesquels expirent le 19 décembre prochain. Les autorités ont arrêté des dizaines d’activistes, de leaders et de partisans de l’opposition, ont à plusieurs reprises interdit des manifestations d’opposition, ont fait fermer des médias, ont empêché des leaders de l’opposition de se déplacer librement dans le pays, et ont tiré sur des manifestants pacifiques.

La répression exercée par le gouvernement a atteint de nouveaux sommets pendant la semaine du 18 septembre, lorsque les Congolais partout dans le pays sont descendus dans les rues pour manifester contre les reports des élections. À Kinshasa, les forces de sécurité ont tué par balle au moins 50 personnes et arrêté des dizaines d’autres. Les forces de sécurité ont emporté certains des corps, d’après les récits de témoins, dans une volonté évidente de dissimuler les preuves et empêcher les familles d’organiser des funérailles.

Dans une tentative manifeste d’entraver le travail des observateurs indépendants pour documenter la répression par le gouvernement, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs journalistes congolais et internationaux, ainsi qu’un défenseur des droits humains congolais peu après le début des manifestations. Les bureaux d’une éminente organisation de défense des droits humains et d’une organisation de la société civile ont également été vandalisés. Certains des manifestants ont aussi eu recours à la violence, frappant ou brûlant à mort plusieurs agents de police.

« L’Union européenne et le Conseil de sécurité des Nations Unies devraient adopter de toute urgence des sanctions similaires à celles des États-Unis », a conclu Ida Sawyer. « Prendre des mesures fortes maintenant pourrait renforcer la pression sur le président Kabila pour qu’il respecte les exigences constitutionnelles en quittant ses fonctions à la fin de son mandat, et contribuerait à prévenir une crise plus large, avec de possibles répercussions volatiles dans toute la région. »

brève biographie d’Amisi et de Numbi,

Gabriel Amisi

Le général Amisi possède un lourd bilan en matière d’implication dans les graves atteintes aux droits humains en RD Congo. Officier de l’armée de l’ancien président Joseph Mobutu, Amisi a rejoint la rébellion de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), appuyée par le Rwanda, qui a évincé Mobutu en 1997. Amisi a plus tard rejoint une autre rébellion soutenue par le Rwanda, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD)-Goma, et en mai 2002, il figurait parmi les commandants responsables des meurtres généralisés, des exécutions sommaires, des viols et des pillages qui ont eu lieu pendant la répression d’une mutinerie à Kisangani, comme l’ont montré les recherches de Human Rights Watch à l’époque.

Le Groupe d’experts de l’ONU sur la RD Congo a rapporté qu’Amisi aurait été plus tard impliqué dans le trafic de minerais, y compris l’étain et l’or, alors qu’il était commandant des forces terrestres de l’armée congolaise. Amisi a été suspendu de ses fonctions en novembre 2012, suite aux accusations portées par le Groupe d’experts selon lesquelles Amisi supervisait un réseau distribuant des munitions aux braconniers et aux groupes armés. Les autorités congolaises ont abandonné toutes les poursuites contre lui en juillet 2014.

Amisi est actuellement commandant de la première zone de défense, qui couvre la capitale, Kinshasa, ainsi que d’autres provinces occidentales. Des militaires sous son commandement ont été impliqués dans la répression violente des manifestations politiques au cours des deux dernières années et ont fait usage d’une force excessive et illégale.

John Numbi

John Numbi est l’ancien inspecteur général de la police nationale congolaise. En 2008, il a été impliqué dans le déploiement d’environ 600 agents de police pour réprimer le groupe politico-religieux Bundu Dia Kongo (BDK), basé dans le Bas-Congo. Les recherches menées par Human Rights Watch à l’époque ont montré que, pendant trois semaines d’opérations policières, la police a tiré sur des adhérents du BDK qui manifestaient, dont certains étaient violents, sans avertissement préalable, tuant plus de 200 personnes et blessant des dizaines d’autres. La police a fait usage d’une force excessive et létale et, dans certains cas, a délibérément tué des personnes qui étaient blessées, y compris des personnes qui cherchaient des soins médicaux dans les centres de santé, qui s’enfuyaient ou qui, de toute autre manière, ne constituaient pas une menace pour la police. La police a systématiquement brûlé des lieux de réunion, des maisons et d’autres bâtiments appartenant aux adhérents du BDK. La police a arrêté plus de 150 partisans du BDK suspectés, y compris des personnes qui n’avaient participé à aucune action contre la police, et a torturé ou maltraité certains d’entre eux.

Le 1er juin 2010, un éminent défenseur des droits humains, Floribert Chebeya, qui avait documenté les abus commis par la police contre le BDK, s’est rendu au quartier général de la police à Kinshasa suite à un appel téléphonique le convoquant au bureau de Numbi. Son corps a été trouvé peu de temps après. Le chauffeur de Chebeya, Fidèle Bazana, est toujours porté disparu. Suite à l’indignation généralisée en RD Congo et dans le monde entier face à ce qui semblait être un double meurtre impliquant Numbi, ce dernier a été suspendu de ses fonctions d’inspecteur général de la police nationale le 5 juin 2010. En 2012, un haut tribunal militaire a refusé d’examiner le rôle présumé de Numbi dans le meurtre.

La déclaration du gouvernement américain annonçant les sanctions indique que Numbi est toujours un conseiller influent du président Kabila, même s’il n’a plus de fonction officielle. Lors des élections des gouverneurs en mars 2016, d’après la déclaration, Numbi a recouru à « des intimidations violentes pour garantir la victoire des candidats affiliés à la coalition MP (majorité présidentielle) du président Kabila » et « a menacé de tuer des candidats de l’opposition qui ne se sont pas volontairement retirés de la course ».

 
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