samedi, 16 décembre 2017
 

RDC : Reprise des affrontements au Nord-Kivu sur fond de blocage des pourparlers de paix à Kampala

KAMPALA/GOMA - La reprise des affrontements entre les rebelles du M23 et l’armée de la République démocratique du Congo (RDC) dans la province du Nord-Kivu, située à l’est du pays, pourrait mettre un terme aux efforts entrepris pour trouver un règlement négocié au conflit, selon les analystes.

Ces affrontements, qui, selon certains observateurs, comptent parmi les plus meurtriers depuis le début de la rébellion en avril 2012, opposent les FARDC (l’armée de la RDC) et le M23 depuis le 14 juillet dans les environs de Mutaho, Kanyarucinya, Kibati et dans les montagnes proches de Ndosho, à quelques kilomètres de Goma, la capitale provinciale.

Dans le Nord-Kivu, quelque 900 000 personnes ont été déplacées, dont plus de la moitié par les rebelles du M23 ; des dizaines de milliers de personnes supplémentaires ont fui le pays et trouvé refuge au Rwanda ou en Ouganda. Les travailleurs humanitaires continuent d’attirer l’attention sur la question de la protection des populations civiles à Goma et dans ses environs, où plus de 100 000 personnes ont été déplacées l’année dernière en raison des combats. [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ]

Dans ce compte-rendu, IRIN fait le point sur les derniers développements des pourparlers et du conflit.

Où en sont les pourparlers de Kampala ?

Le nouveau cycle de pourparlers de paix entre les deux camps, organisé à Kampala, capitale de l’Ouganda, est au point mort en raison de l’absence de Raymond Tshibanda, ministre des Affaires étrangères de la RDC et représentant de la délégation gouvernementale, et d’Apollinaire Malu Malu, son adjoint. [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ]

Les pourparlers, qui ont été lancés en décembre 2012 sous l’égide de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL), ont été interrompus une première fois en avril : les représentants du M23 ont quitté la table des négociations après la décision des Nations Unies de déployer une brigade d’intervention pour neutraliser les groupes armés dans l’est de la RDC.

« Les deux camps ont encore des positions de négociation radicalement opposées et il est difficile d’envisager un compromis sans intervention marquée des diplomates. Les querelles semblent presque inévitables, même s’il ne s’agit que d’améliorer les positions de négociation », a dit Jason Stearns, directeur du projet Usalama de l’Institut de la Vallée du Rift, qui mène des recherches sur les groupes armés dans l’est de la RDC. [ http://congosiasa.blogspot.com/2012... ]

« Les pourparlers de Kampala sont moribonds. J’ai du mal à envisager un accord acceptable pour le M23 et que les diplomates étrangers et le gouvernement congolais accepteraient de signer ; le M23 devrait se dissoudre et réintégrer l’armée nationale, ce que ses dirigeants auront du mal à accepter, car ils ne font pas confiance au gouvernement ».

Chaque camp accuse l’autre de ne pas s’engager suffisamment pour trouver un accord diplomatique au conflit.

« Il s’agit de savoir si le M23 est prêt à accepter ce qui a été décidé à Addis-Abeba et [avec] les Nations Unies en ce qui concerne leur désarmement. S’ils acceptent, nous sommes prêts à finaliser le processus de Kampala », a dit Lambert Mende, porte-parole du gouvernement de la RDC, qui a été joint au téléphone par IRIN.

Le 24 février, 11 pays africains ont signé un Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo (RDC) et la région qui vise, entre autres choses, à améliorer la sécurité et à consolider l’autorité de l’État dans l’est de la RDC.

Quelles sont les accusations portées par les deux camps ?

M. Omalanga a accusé le Rwanda de continuer à user de son influence sur le M23, une accusation réfutée avec force par le gouvernement rwandais et le M23.

« Kinshasa ne s’intéresse pas aux pourparlers, mais à une solution militaire. Nous sommes ici pour trouver un cessez-le-feu bilatéral. Mais le gouvernement a depuis refusé et s’est préparé pour la guerre qui se poursuit », a dit à IRIN René Abandi, représentant de la délégation du M23. « Il joue un double jeu [.] en essayant les deux méthodes - les pourparlers de paix et la solution militaire ».

M. Abandi a ajouté que le M23 ne négociera pas tant que le représentant de la délégation gouvernementale ou son adjoint ne sera pas présent. Il a appelé la CIRGL, l’Union africaine et les Nations Unies à faire pression pour que Kinshasa participe activement aux pourparlers.

« Bien avant la reprise des affrontements, l’avenir des pourparlers de paix de Kampala était sombre. Au cours des sept derniers mois, les parties en conflit ont employé des tactiques délibérées de retardement et d’intimidation militaire et se sont accusées mutuellement d’avoir commis des crimes à des fins bassement politiques », a dit à IRIN Timo Mueller, chercheur du projet Enough basé à Goma, une initiative qui vise à mettre un terme au génocide et aux crimes contre l’humanité. [ http://www.enoughproject.org/ ]

« Lorsque les affrontements ont repris le dimanche [14 juillet], certains analystes ont vu un lien direct entre le blocage à Kampala et la reprise des combats. Mais si les combats signifient la mort imminente des discussions, les deux parties ont intérêt à maintenir les pourparlers, même si ceux-ci sont bloqués, pour être perçues comme étant favorables à la paix politique ».

« La rhétorique et les actions de l’armée congolaise reflètent une stratégie cohérente mise en ouvre pour ne poursuivre que la confrontation militaire avec le M23 sur le terrain et renoncer à tout effort politique existant », a-t-il ajouté. « Mais si les opérations militaires entravent et contrecarrent les pourparlers, le Congo n’a aucun intérêt à se retirer de manière unilatérale d’une initiative privilégiée par la communauté internationale. »

« Le M23 s’accrochera désespérément aux pourparlers pour renvoyer l’image d’un groupe motivé par ses revendications et désireux d’aborder la question des réformes politiques avec Kinshasa et parce qu’il est trop faible militairement pour promouvoir ses intérêts sur un terrain autre que celui de la politique. Pour le M23, les pourparlers sont la seule possibilité de trouver un accord sur l’amnistie des hauts dirigeants et l’intégration militaire au sein des FARDC, ce que l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération ou tout autre processus international ne leur procurerait probablement pas. Les deux parties vont continuer à s’opposer à court terme, ce qui laisse peu d’espoir de trouver un véritable accord de paix ».

Les combats favoriseraient-ils le dialogue ?

Selon Thierry Vircoulon, analyste à International Crisis Group, un groupe de réflexion, « Cela peut sembler paradoxal, mais pour que les pourparlers de paix débutent, il faut changer l’équilibre des pouvoirs sur le terrain. Les deux parties ne négocieront que si elles perdent sur le terrain. Kinshasa n’a accepté de participer aux pourparlers de Kampala que parce qu’il a perdu Goma l’année dernière et qu’il était dominé sur le terrain ».

M. Stearns, du projet Usalama, indique cependant qu’aucun des deux camps ne souhaite une aggravation du conflit actuel. « Le M23 est handicapé par ses effectifs, qui ne dépassent probablement pas les 2 000 hommes, avec une zone immense à couvrir. En ce qui concerne l’armée congolaise, elle préfèrerait probablement attendre que la brigade d’intervention des Nations Unies soit pleinement opérationnelle, ce qui pourrait demander un mois supplémentaire ».

Une brigade d’intervention forte de 3 000 hommes qui a pour mandat de « neutraliser [...] et désarmer » les groupes armés dans l’est de la RDC devrait être pleinement opérationnelle à la fin du mois de juillet. La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC, la MONUSCO, prévoit en outre de déployer des drones non armés pour surveiller l’est de la RDC. [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ]

Quel soutien pour les pourparlers ?

Le problème dans l’est de la RDC est essentiellement politique, et « aucun pouvoir militaire ne pourra le résoudre », a dit à IRIN le lieutenant-colonel Paddy Ankunda, porte-parole de l’armée ougandaise et porte-parole dans le cadre des pourparlers.

« Les causes de la rébellion du M23 et du conflit en général sont à la fois politiques, socioéconomiques et sécuritaires. Une solution politique et non militaire est nécessaire, qui permettrait, entre autres choses, la réforme du secteur de la sécurité, la démocratisation, la décentralisation, le développement humain, la réforme du secteur des minerais et l’intégration économique régionale », a dit M. Mueller, du projet Enough. « Les pourparlers de paix de Kampala devraient être intégrés à l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région. Il sera aussi crucial de réunir le Congo, le Rwanda et l’Ouganda pour ouvrir des négociations et trouver une solution aux problèmes économiques et sécuritaires qui sont à l’origine de la guerre ».

« [L’Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la région des Grands lacs] Mary Robinson doit également s’assurer que le processus de réforme et le dialogue national congolais sont arbitrés par un facilitateur impartial et que la société civile figure à la table des négociations. Si le processus n’est pas neutre et inclusif, les réformes échoueront », a-t-il ajouté. « Un nouvel accord négocié en catimini par les élites débouchera inévitablement sur un nouvel échec, favorisant probablement l’émergence d’un nouveau désaccord et la résurgence des violences ».

Mais dans l’est de la RDC, certains ne souhaitent pas qu’une solution pacifique soit trouvée à la crise. M. Kabila a passé de multiples accords avec les rebelles pour mettre fin aux conflits nationaux et locaux, ce qui lui a valu les critiques des opposants, de la société et des médias nationaux. « Donner une chance à la guerre » est un refrain populaire repris par de nombreux opposants farouches au régime.

Y a-t-il une unanimité sur le terrain ?

« Nous pensons que le gouvernement devrait écraser la rébellion du M23 », a dit à IRIN Thomas d’Aquin Muiti, président de la Société civile du Nord-Kivu (un groupement d’organisations non gouvernementales qui travaille à l’amélioration de la gouvernance dans la province). En privé, certains de ses collègues ont toutefois déploré ces déclarations.

Récemment, la recherche par M. Kabila d’une solution militaire contre le M23 semble bénéficier du soutien de nombreux citoyens ordinaires à Goma. Le 15 juillet, la reprise par les FARDC d’une colline donnant sur Goma et l’aéroport, que les rebelles menaçaient de prendre pour cible, a été accueillie par des scènes de joie. Des foules d’hommes brandissant des branches couvertes de feuilles ont célébré cette victoire en périphérie de la ville, et les rumeurs selon lesquelles la MONUSCO tentait de bloquer une nouvelle avancée de l’armée ont provoqué le regroupement de manifestants en colère devant une base des Nations Unies.

Un groupe de femmes déplacées par les combats a exprimé son soutien aux FARDC lorsqu’IRIN l’a interrogé sur l’attaque. « Nous serons très heureuses de voir notre village libéré et nous espérons que l’armée le fera », a dit Fouraha Kanamu, 44 ans, dont les paroles ont été accueillies par des cris d’approbation d’autres femmes.

Cependant, à Goma, la condamnation du M23 n’est pas unanime. Des milliers de personnes se sont rassemblées et ont salué les rebelles après leur brève occupation de la ville en novembre 2012. Elles ont ensuite organisé un rassemblement dans un stade. Bon nombre des personnes présentes étaient des fonctionnaires qui espéraient que le M23 les paierait, mais même avant la prise de contrôle par les rebelles, certains citoyens apportaient discrètement leur soutien au mouvement.

« Ils ne peuvent pas être pires que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui » est le genre de commentaires faits par certaines personnes, qui prétendent que les rebelles du Rassemblement pour la démocratie congolaise (RDC) - un mouvement soutenu par le Rwanda qui occupait l’est du Congo durant la seconde guerre civile de la RDC (1998-2003) - avaient au moins assuré un meilleur maintien de l’ordre et un meilleur entretien des routes à Goma.

Le M23 parle avec insistance de la corruption et de l’incompétence notoires du gouvernement de la RDC, mais il n’a jamais organisé d’élections, et à en juger par les bilans de son prédécesseur en matière d’élections, le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, qui n’a gagné qu’un siège lors des élections nationales de 2011) aurait probablement peu de voix.

Toutefois, par son comportement pendant les 10 jours où il a contrôlé Goma, le M23 s’est aliéné nombre de ses sympathisants. « Ils ont pillé les bureaux du gouvernement, les domiciles des responsables et même un hôpital, alors nous avons réalisé qu’ils n’étaient pas vraiment intéressés par une meilleure gouvernance », a dit un civil.

Source : http://www.irinnews.org

 
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