lundi, 23 octobre 2017
 

RDC : RETOUR À LA TERRE POUR LES JEUNES CHÔMEURS

Pour de nombreux pays d’Afrique, le chômage constitue une préoccupation majeure.

C’est notamment le cas en République démocratique du Congo (RDC), où cette situation, si elle ne trouve de solution urgente et durable, risque bien de devenir l’un des fléaux d’après-guerre.

Selon les estimations de l’association « Masse intellectuelle » de Bukavu, qui vise à insérer les jeunes dans le marché de l’emploi, environ 80 % des Congolais âgés entre 15 et 35 ans sont au chômage à l’est de la RDC, dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Au niveau national, le Programme national pour l’emploi des jeunes (Proyen) renseigne, impuissant, que la dernière étude précise sur le nombre de chômeurs en RDC date de 1960, soit l’année où le pays recouvrait son indépendance de la Belgique.

« Cela fait cinq ans que j’ai obtenu mon diplôme de licence en droit mais jusqu’à aujourd’hui rien, pas de travail » explique Jackson, un jeune chômeur de Goma.

Pour s’occuper, Jackson travaille tous les jours dans la bijouterie de son oncle. « C’est bénévole mais ça me permet d’avoir un peu de crédit de téléphone et de couvrir mes frais de transport en attendant de trouver mieux » conclut-il.

La situation de Jackson n’est pas unique.

Que ce soit dans les villes de Bukavu et de Goma ou dans les régions plus rurales de l’est de la RDC, des milliers de diplômés se retrouvent sans emploi après leurs études et vivent de la débrouille au sein de l’économie informelle. C’est le cas d’Amani, qui vient de décrocher son diplôme en santé publique. En attendant de trouver un travail qui correspond à ses études, il travaille comme chauffeur de moto à Goma.

« Il y a huit mois que j’ai obtenu mon diplôme de graduat. Je ne pouvais plus continuer faute de moyens. En attendant, je suis motard et je gagne l’équivalent de 5 USD par jour. »

Cette situation tend à favoriser l’enrôlement des jeunes par les groupes armés, encore très présents dans la région.

« Le chômage aigu qui touche les jeunes Congolais crée en eux un vrai désespoir qui les pousse à faire des choses pas loyales et qui tue leur inspiration » estime Benjamin Bahati, encadreur des jeunes et sociologue.

« On a vu plusieurs jeunes aller grossir les rangs de l’ancienne rébellion du M23 comme cadres politiques, d’autres sont recrutés comme leaders dans des groupes armés ici par manque d’occupation », ajoute-t-il.

De nombreux jeunes interrogés se plaignent du système de recrutement en RDC, où les contacts personnels prennent bien souvent le dessus sur les qualifications, affirment-ils. « Tu as quelqu’un qui te branche, alors on t’engage, voilà le nouveau système d’embauche. Tout est devenu si difficile que je ne perds plus mon temps à postuler », regrette Bisimwa Blaise-Pascal, un jeune de Bukavu sans emploi depuis trois ans.

Selon Adrien Zawadi, du Collectif des jeunes solidaires du Congo-Kinshasa (COJESKI), les critères actuels de sélection sont brouillés dans tous les secteurs, des institutions publiques aux entreprises privées en passant par les organisations non gouvernementales, très présentes à l’est de la RDC.

L’agriculture comme débouché

Las d’attendre, de nombreux travailleurs Congolais du Nord et du Sud-Kivu décident aujourd’hui de quitter la ville et de se lancer dans l’agriculture.

Réunis au sein de la plateforme International Institute of Tropical Agriculture (IITA)-Kalambo Youth Agripreneurs (IKYA), ces jeunes issus de plusieurs disciplines académiques espèrent se prendre en charge et devenir autonomes à travers l’agrobusiness.

Créé en avril 2014, le groupe compte déjà 33 membres. Il possède un champ semencier de tubercules de manioc dans la périphérie de Bukavu, ainsi qu’un terrain pour bananiers d’une superficie de 400 mètres carrés.

Mais d’autres projets sont déjà en cours de préparation. « Nous allons mettre en place un poulailler moderne, et après nos premières récoltes, nous imaginons déjà comment transformer et commercialiser, à partir de Bukavu, les différents produits dérivés du manioc et du soja », explique Noël Mulinganya, un des membres du groupe.

« À travers cette plate-forme, nous pensons mobiliser d’ici quelques années plus de 200.000 jeunes Congolais pour qu’ils se prennent en charge à travers l’agriculture et deviennent de ce fait le moteur de la création de leur propre emploi », ajoute Eric Sika, un des initiateurs de la plate-forme.

Le groupe a obtenu le soutien de l’IITA, qui donne des formations techniques sur l’agriculture, la gestion des terres agricoles et la formation en entreprenariat.

L’organisation internationale leur a aussi récemment offert un bureau équipé, un deuxième champ d’expérimentation ainsi qu’un appui logistique, dont un bus pour le transport.

« Un autre groupe de jeunes agri-preneurs fonctionne déjà très bien au Nigeria. Il y a du potentiel dans la jeunesse congolaise », déclare Marie Octavie Yomeni, une employée de l’IITA en charge de la RDC.

Reste selon elle à convaincre les jeunes Congolais de quitter la ville pour aller cultiver la terre.

Les membres du groupe espèrent pour leur part une reconnaissance et une implication de la part de l’État congolais, notamment dans l’octroi de terres arables.

par Paulin Bashengezi

Source : http://www.equaltimes.org

 
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