vendredi, 20 octobre 2017
 

RDC : REVIREMENT DANS LA GUERRE AU NORD-KIVU, KINSHASA ACCUSE KIGALI DE SOUTENIR LES MUTINS

" Le gouvernement congolais dénonce la passivité ou plus des autorités rwandaises face à ces atteintes graves à la paix et à la sécurité de la RDC ourdies à partir de leur territoire. " C’est avec un ton de colère que le ministre des médias, relations avec le parlement, initiation à la nouvelle citoyenneté et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga s’est adressé aux journalistes à Goma samedi 09 juin. Au cours d’un point presse, Lambert Mende a communiqué le rapport du gouvernement concernant la situation sécuritaire au Kivu. Il n’a pas mâché les mots au sujet des relations entre Kinshasa et Kigali : " Une chose est indéniable : le territoire rwandais a servi à la préparation d’une conspiration qui, après avoir commencé comme une simple mutinerie, évolue dangereusement vers un schéma de rupture de la paix entre deux pays de la région des Grands Lacs. " Selon le porte-parole du gouvernement congolais, des informations de sources variées mais concordantes, font état de soutiens dont bénéficierait la bande de Ntaganda à partir du Rwanda et de l’existence d’une filière de recrutement de combattants pour Ntaganda dans ce pays voisin, membre, comme la RDC, de l’Union Africaine, de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs et de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs.

Déclaration de guerre ou mise en scène ?

Sur base des conclusions des enquêtes menées conjointement avec le Rwanda, la MONUSCO et la RDC, le gouvernement congolais confirme que parmi les miliciens se trouvent quelques 200 à 300 éléments recrutés sur le territoire du Rwanda par un réseau actif dans ce pays. Ces combattants recrutés sont des ressortissants rwandais qui on subi des entraînements avant de s’infiltrer en RDC. Kinshasa insiste que ces éléments d’information sont précis, détaillés, vérifiés et contre- vérifiés même. Ils soulèvent par conséquent un problème sérieux à résoudre d’urgence dans la synergie entre Etats de la région des Grands Lacs. La communication du gouvernement de la RDC dit également que toutes les voies diplomatiques dans la région seront utilisées pour dénoncer et faire échec à cette énième aventure qui porte atteinte à la paix et la sécurité du Congo. Le Gouvernement Matata Mpnyo conclut qu’il attend poursuivre sans relâche la traque de toutes les forces négatives y compris le CNDP, le M23, les FDLR, les ADF-NALU et la LRA avec l’appui de tous les pays de la région qui le souhaitent. Notons en passant que le CNDP, l’ex-mouvement politico-militaire rebelle de Laurent Nkunda, dont la branche armée avait été intégrée aux FARDC et la branche politique transformée en parti politique membre de la Majorité présidentielle à la faveur des accords du 23 mars 2009, figure désormais parmi les ’’ forces négatives’’. Cette main tendue de la RDC aux pays voisins ne traduit-elle pas une incapacité de régler durablement ses propres problèmes internes en imaginant des mises en scène superficielles telles que le ’’brassage’’, ’’l’intégration accélérée’’ ou la ’’constitution de régiments militaires’’ ? Après un mois de combats intenses dans les collines de Runyoni, Mbuzi et Chanzu, l’armée congolaise n’a pas été en mesure de déloger les mutins de M23, mais le gouvernement félicite sans vergogne les troupes FARDC déployées contre l’ennemi pour leur bravoure, leur détermination et leur discipline dans la traque des criminels du CNDP, du M23, des FDLR et de tous les autres groupes armés. Pourtant la réalité sur terrain est toute autre avec les défections continues des militaires. La plus récente est celle du lieutenant-colonel Joseph Kabahizi, administrateur logisticien du 5ème secteur dans le Masisi parti le 08 juin 2012 pour rejoindre le M23 avec plus de 30 hommes. En plus de cela, plusieurs autres groupes armés se constituent, d’autres font des coalitions dans la province et les FDLR gagnent du terrain et chasse la population locale.

Rien ne présage la fin imminente de la guerre

Après le passage à Bunagana et à Rutshuru de la délégation gouvernementale conduite par le Premier Ministre Matata Mponyo, les populations déplacées restent sceptiques face aux discours politiques. Un déplacé rencontré au camp des déplacés de Kiwanja explique ; " Le discours du Premier Ministre à Bunagana ne va rien changer sur le front, nous n’avons plus confiance et nous sommes fatigués de cette guerre qui ne finit pas. " Un autre rencontré dans un autre camp de transit à l’école primaire Rugabo de Rutshuru centre déclare ; " C’est quel genre de gouvernement qui vient assister sa population déplacée avec 10 sacs de haricot pour 1458 ménages ? Nous ne savions pas que notre pays était pauvre jusqu’à ce niveau ! " Le président de la coordination de la société civile du Nord-Kivu, Thomas D’Aquin Mwiti, qui souffle parfois le chaud et le froid demande au gouvernement de nettoyer au niveau du sommet pour réussir à garantir la paix aux populations de l’Est du pays : " Même ceux-là qui sont dans le gouvernement doivent être surveillés, ce gouvernement est infiltré par des gens qui filent comment le pays s’organise et donnent des informations aux bandits qui sont dans la brousse. " Allusion faite à certains officiers supérieurs des FARDC qui seraient de connivence avec les mutins et qui se seraient enrichis par la guerre de l’Est du pays.

Interrogé au téléphone, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte parole de M23 a annoncé que comme Kinshasa privilégie la guerre au lieu d’un dialogue direct avec les mutins, M23 va passer désormais de la phase de défensive à l’offensive sans l’appui de qui que ce soit. La fin de cette guerre n’est donc pas imminente malgré les assurances du gouvernement qui, apparemment, doit mettre du temps pour se réorganiser.

Primo-Pascal RUDAHIGWA Goma, juin 2012

Source : http://www.pole-institute.org

 
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