lundi, 11 décembre 2017
 

Un génocide en RDC ?

Dans Le Monde du 26 août fuitait le rapport provisoire du Hautcommissariat de l’ONU aux droits de l’Homme sur les crimes commis pendant 10 ans en République démocratique du Congo, et notamment ceux dont se sont rendus coupables les troupes de l’AFDL, à l’époque dirigée par Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel président congolais, plus qu’épaulé par le Rwanda et l’Ouganda. Pour la période 1996-1998, selon Le Monde, le rapport décrit, par exemple, « la nature systématique, méthodologique et préméditée des attaques contre les Hutu [qui] se sont déroulées dans chaque localité où des réfugiés ont été dépistés par l’AFDL/APR sur une très vaste étendue du territoire (…) La poursuite a duré des mois et, à l’occasion, l’aide humanitaire qui leur était destinée a été sciemment bloquée, notamment en province orientale, les privant ainsi d’éléments indispensables à leur survie (…) L’ampleur des crimes et le nombre important de victimes, probablement plusieurs dizaines de milliers, sont démontrés par les nombreux incidents répertoriés dans le rapport. L’usage extensif d’armes blanches (principalement des marteaux) et les massacres systématiques de survivants après la prise des camps démontrent que les nombreux décès ne sont pas imputables aux aléas de la guerre. Parmi les victimes, il y avait une majorité d’enfants, de femmes, de personnes âgées et de malades ». Ils précisent que, si Kigali a permis à des milliers de Hutu de revenir au Rwanda, cela ne permet pas « en soi d’écarter l’intention de détruire en partie un groupe ethnique comme tel et ainsi de commettre un crime de génocide ». Ce dernier point mérite d’être expliqué, car ces « révélations » n’ont pas manqué d’apporter de l’eau au moulin des tenants de la thèse négationniste du « double génocide », qui, pour amoindrir les crimes des génocidaires rwandais jugés à Arusha ou laver les accusations de complicité qui pèsent sur les autorités politiques et militaires françaises, tentent de relativiser le génocide commis à l’encontre des Tutsi par une rhétorique des tords partagés ou de crimes réciproques équivalents. Or, si des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont indéniablement été commis par l’armée du FPR et demeurent impunis, l’utilisation du terme « génocide » pour les qualifier fait problème. Selon la convention des Nations Unies de 1948, la définition juridique d’un acte de génocide n’est en effet pas obligatoirement synonyme de mise en oeuvre de la « solution finale », c’est-à-dire de tentative de destruction totale d’un groupe de population. La qualification vaut pour une destruction « en partie », dès lors que celle-ci est opérée sur une base raciale, ethnique, religieuse, etc. Ainsi l’on peut compter plusieurs dizaines d’actes de génocides au cours du XXe siècle selon cette définition, quand le sens historique ne retient que quelques véritables génocides, dont celui commis au Rwanda en 1994. Le fait même que le FPR ait procédé à une politique de retour forcé des réfugiés hutu, même si elle s’est accompagnée de massacres imprescriptibles qui doivent être jugés, montrent bien la différence de nature avec le projet génocidaire mené antérieurement contre les Tutsi où c’est l’extermination totale qui était visée et mise en oeuvre.

Robin Guébois

 
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