jeudi, 19 octobre 2017
 

1er octobre 2016, Paris : les gabonais-e-s demandent à Hollande de dire la vérité

Ils et elles étaient ce matin à 11 heure devant l’Elysée, et, sont venu-e-s à 2000 marcher et protester contre le second coup d’Etat électoral d’Ali Bongo. La manifestation, de nouveau de Trocadéro à l’ambassade, est très jaune, affichant son soutien à Jean Ping, le président élu, même si beaucoup défendent beaucoup plus les principes démocratiques que le leader lui-même. La foule est aussi toujours concentrée sur les nombreux prisonniers politiques, dont les noms sont affichés sur différentes pancartes : Bertrand Zibi, Ngoma, Rodney Ekorezok, Jean-Rémy Yama,... La référence à la CPI est très visible.

Deux jours après le scandale de la déclaration du Ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault : "Ce que nous voulons ce n’est pas la déstabilisation du Gabon ; et pour ça il y a besoin que l’Union africaine, qui a commencé à le faire, joue son rôle pour encourager Bongo à chercher une politique de rassemblement parce que je pense que c’est l’intérêt du Gabon mais c’est aussi l’intérêt de toute l’Afrique. », le Parti socialiste se retrouve totalement divisé par cette validation surprise du coup d’Etat électoral par le gouvernement. Les gabonais-es de France exigent rapidement une prise de position de François Hollande. Ils et elles l’affichent : « François Hollande, le tribunal de l’histoire t’attend au Gabon », et le crient : "François Hollande : dit la vérité !".

Ce qui choque le plus les analystes avertis, c’est que le dérapage de Jean-Marc Ayrault a provoqué un conflit inutile avec l’exécutif européen. En propageant l’injonction paradoxale absurde d’une réconciliation des victimes avec leur bourreau et voleur récidiviste, il s’est attaqué à la position européenne ferme sur la question technique du processus électoral. Si l’on peut regretter que Fédérica Moghérini ait renvoyé la poursuite de la gestion de la crise vers l’Onu impuissante et l’Union africaine dominée par les dictateurs, on ne peut que constater sa fermeté sur la qualité du processus électoral en raison de sa Mission d’observation, surtout que cette mission d’observation européenne, le 25 septembre, a regretté que « la Cour Constitutionnelle n’ait pas été en mesure de rectifier de manière satisfaisante les anomalies observées lors du recensement des votes. »

Jean-Yves le Drian a pris sur lui de se salir au maximum dans le gouvernement en s’affichant constamment depuis 4 ans dans l’alliance avec le dictateur tchadien Idriss Déby. Le ministre de la défense est connu pour son indifférence à la lutte pour la démocratie en Afrique. En février 2014, François Hollande, Laurent Fabius et lui avaient dû faire venir Idriss Déby à Paris pour lui imposer de retirer ses soldats de Centrafrique alors qu’ils y étaient manifestement pour soutenir la Séléka, accusée de nombreux massacres. Aujourd’hui, une nouvelle position ferme contre Idriss Déby serait nécessaire, d’autant plus qu’il a instrumentalisé son mandat de président de l’Union africaine pour travailler pour son intérêt personnel : le maintien des dictatures menacées par les élections en Afrique centrale.

Le président tchadien est venu sauver le tyran gabonais de la noyade, en envoyant des juristes dans un théâtre de fausse légalité évident, plaçant ainsi le pays dans une impasse, dans le cercle vicieux de l’impunité, de la répression, et des élections fraudées. Alors qu’il vient lui-même de commettre son propre coup d’Etat électoral, il est venu sauver Ali Bongo à la manière de Nicolas Sarkozy en 2009. Il est probable que Jean-Yves Le Drian, très silencieux, tente en coulisse d’empêcher le gouvernement français d’être ferme face à la nouvelle catastrophe annoncée provoquée par son allié.

François Hollande est de plus en plus distant vis-à-vis des crises africaines, se concentrant dernièrement sur le Congo-Kinshasa plus simple pour lui. Pourtant, s’il disait la vérité sur les massacres au Gabon, la vérité sur la Cour constitutionnelle, qui n’a ni vérifié les procès verbaux, ni recompté, et qui a ainsi avoué sa complicité dans l’inversion du résultat, il ferait d’une pierre deux coups. Il arbitrerait les différentes positions internes du PS et montrerait le soutien du gouvernement français à la démocratie en Afrique. Le PS peut-il supporter un clivage interne des plus sensibles pour les diasporas africaines ? Celles-ci n’ont pas oublié le coup de couteau dans le dos du peuple congolais en octobre 2015.

Aujourd’hui, certain-e-s mettent en jeu leur vote en 2017 : "Mon vote en France contre Ali", "Si la France ne retire pas les paroles du ministre Ayrault, le PS peut dire adieu à nos votes". Cette position est contestée par d’autres, mais au Gabon, la réaction à la trahison française, si elle se confirme, ne sera peut-être pas si rationnellement étayée. Les ministres français ont-ils bien mesuré la volonté du peuple gabonais d’en finir avec la famille Bongo, quel que soit le temps que cela prendra ?

Régis Marzin, Paris, 1er octobre 2016. Plus d’informations à suivre…

Source : http://regismarzin.blogspot.fr

 
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