mardi, 17 octobre 2017
 

Gabon : Casimir Oyé Mba, candidat en campagne à Paris

L’information avait sans doute circulé dans la diaspora sur facebook mais je n’ai su qu’en début d’après-midi que le leader de l’Union nationale Casimir Oyé Mba était à Paris en conférence. Quand on m’a donné l’adresse, à la Mutualité, je n’imaginais pas qu’il s’agirait de la grande salle, et pourtant si, les spectateur-trice-s étaient accueilli-e-s par des hôtesses souriantes, dans un décor somptueux. Il s’agissait plus d’un show de campagne de la présidentielle du 27 août que d’une conférence-débat. Le show a commencé très en retard, devant 200 personnes environ.

Casimir Oyé Mba sera probablement le candidat du Front uni de l’opposition gabonaise et il l’est déjà pour l’Union national. La question de la primaire du Front est en suspens, mais pour lui la campagne semble déjà lancée. Il y a deux ‘parties’ du Front uni de départ de 2014, puisque Jean Ping en a emporté une partie avec lui, ou deux Fronts, selon comment l’on voit les choses. Trois grands candidats seront sans doute en lisse le 27 août, Casimir Oyé Mba, Jean Ping et Ali Bongo. Quelques candidats sans doute moins importants sont aussi annoncés dont Bruno Ben Moubemba.

Le scénario que tout le monde a en tête, c’est une mascarade électorale de dictature classique, puisqu’en dictature en Afrique, il n’y a eu que trois élections correctes depuis 1990 (Congo B 1992 suivie 5 ans plus tard d’une guerre annulant son effet, Ghana 2000, Kenya 2002). Ali Bongo pourrait gagner en dictateur normal avec 40% au premier tour, par exemple – pure hypothèse de travail –, 15% de votants réels, 10% de votants mineurs et étrangers issus de la fraude au niveau du fichiers électoral, 10% de résultat en plus le jour du vote par bourrages d’urne et falsification des procès verbaux, 5% de résultat supplémentaires ajouté à la compilation des procès verbaux à la CENI, et le tout validé par la Cour constitutionnelle aux ordres. La question que tout le monde se pose, c’est donc de savoir si l’opposition divisée arrivera à éviter ce scénario. Ali Bongo est un dictateur faible, qui fait parfois ’pitié’, qui donne parfois envie de sourire (jaune), mais l’exemple de Faure Gnassingbé au Togo montre que les dictateurs faibles peuvent être très résistant, très créatif, et n’avoir aucune pitié au moment des élections.

Le 16 mai 2016, Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’Etat français auprès du Premier ministre Manuel Valls chargé des Relations avec le Parlement français a rencontré Ali Bongo, et la présidence gabonaise a indiqué après ce rendez-vous qu’il avait « confirmé la bonne marche des institutions politiques Gabonaises et a souligné l’assurance fournie par le Président de la République de la présence d’observateurs étrangers au Gabon pour témoigner de la transparence du scrutin présidentiel. » Derrière la communication, on ne sait pas ce qui s’est dit. Malgré l’historique de la Françafrique et du financement des partis politiques français, la probabilité d’un soutien actif d’Ali Bongo à la manière de Sakozy et Kouchner en 2009 est impossible. Mais on se demande ce qu’est allé faire Jean-Marie Le Guen pour discuter d’un sujet pour lequel il n’a aucune compétence et aucune responsabilité. Rien qu’à ce niveau, on est déjà dans les méthodes de la françafrique classique.

Un autre aspect très françafricain et récent est aussi l’affaire du désastre de la biométrie électorale installée par Gémalto en 2013. Cette histoire n’a jamais été soldée et le fichier électoral actuel ne convient pas à une élection démocratique.

Le journaliste Désiré Ename fait la présentation. Une représentante de des ‘Femmes-commandos’ a d’abord évoqué la stratégie Destitutions-Transitions-Elections (DTE) avec une conviction profonde, en interrogeant Casimir Oyé Mba. Puis elle l’a interrogé sur la transparence du processus électoral, avant de déclarer que le Gabon n’est pas un pays islamique, qu’il est laïc. Ensuite intervenait le coordinateur de la Coordination des Association et Partis Politiques de l’Opposition Gabonaise En Europe (CAPPO), Jean-Jules Mikala Nziengui, qui a insisté lui aussi sur la DTE, puis sur l’acte de naissance d’Ali Bongo. Désiré Ename revient pour parler de Casimir Oyé Mba, son parcours comme cadre de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et de ministre d’Omar Bongo pendant 19 ans jusqu’en 2009, premier ministre après la Conférence nationale, de ministre des hydrocarbures.

Le leader de l’Union nationale commence par une description de l’Etat du pays, parlant de la multiplication des agences court-circuitant le gouvernement, dont l’Agence nationale des grands travaux, de parlement d’enregistrement des ordonnances du président, d’un chef de l’Etat « autiste et dans son univers » « qui ne dialogue avec personne », des libertés publiques bafouées, des détentions arbitraires, des crimes rituels, de l’endettement public entre 45 et 50% du PIB, pour une utilisation inappropriée, du manque d’emploi et des grèves.

Viennent ensuite les propositions : il va « libérer le pays par la première alternance », instaurer le dialogue.

Casimir Oyé Mba parle alors de la situation administrative du chef de l’Etat et des faux actes de naissance, en indiquant que le problème est d’abord l’absence de respect de la constitution. Il indique que le « refus de la candidature d’Ali Bongo » conduira à une « destitution ». Selon moi, cette position pourrait aussi être une manière de désacraliser au maximum le chef de l’Etat sortant pour casser l’idée d’un chef de l’Etat légitime à la manière monarchique, l’idée d’un fils d’une espèce de père de la Nation ou de chef traditionnel suprême, inconsciemment accepté en raison du pouvoir déjà gardé depuis des décennies par sa famille, même dans sa manière de voler le pouvoir, de voler les richesses, une manière aussi de casser un fatalisme face aux élections fraudées. Si cela était perçu ainsi, il s’agirait de casser l’image du dictateur jusqu’au bout, même s’il est probable qu’il participe. Et il est évidemment très improbable qu’il ne participe pas, puisqu’en dictature, un chef d’Etat n’obéit qu’à ses propres règles, à un point tel que les stratégies de contournement des obstacles par les démocrates ont dû se complexifier.

Selon Casimir Oyé Mba, le « dispositif électoral est conçu pour que le PDG gagne ». Il demande « un audit par des étrangers (de la communauté internationale) du dispositif électoral ». Sur la liste électorale, il explique « l’enrôlement des étrangers après distribution de cartes d’identité », « la biométrie tronquée », « sans connexion des bureaux de votes », au minimum « l’interconnexion des centres urbains pour 75% à 80% des électeurs ». Je crois comprendre qu’il parle de l’authentification biométrique le jour du vote qui n’a été mise en place que lors de 3 élections (Ghana lors de la présidentielle et des législatives de 2012 par la société GenKey, Nigéria lors de la présidentielle et des législatives de 2015 mis œuvre par la Ceni) et jamais dans des dictatures car il n’y pas de consensus sur le processus électoral. Il explique que dans la CENAP, des partis satellites ont été introduits pour remplacer la vraie opposition, et que la Cour constitutionnelle est une vraie ‘Tour de pise’ qui penche toujours du même côté. Il souhaite une réforme constitutionnelle : élection présidentielle à 2 tours et limitation à deux mandats.

Il rappelle les Biens Mal Acquis et critique enfin la place de la Holdind Delta Synergie des Bongos.

Il revient sur ses propositions : modifier l’attribution des marchés, diversifier l’économie, améliorer les transports, les écoles. Il se fait fortement applaudir par la salle quand il conclut que « la France ne doit pas intervenir pour choisir les dirigeants ».

Le débat est ensuite très court. La salle n’est pas acquise, certaines personnes sont pour éviter d’aller aux élections sans garantie d’élection correcte. A une question sur la responsabilité d’ancien ministre sur la situation actuelle, le leader de l’UN répond que dans un gouvernement d’Omar Bongo, il y avait des divergences qui n’étaient pas publiques, et que tous les ministres ne se ressemblaient pas. Des craintes s’expriment aussi sur l’absence d’unité de l’opposition, et il répond que les partis reflètent les positions de la population.

L’événement se termine par un rapide cocktail.

Régis Marzin, écrit et publié le 20 juin 2016

Source http://regismarzin.blogspot.fr

 
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