jeudi, 23 novembre 2017
 

GABON :Interview de maitre Paulette Oyane-Ondo

Le Patriote : Quelles sont les motivations qui vous ont incité à poser votre signature dernièrement dans la charte menée par les organisateurs de la société civile alors que vous êtes l’élue d’un parti qui ne vous a jamais mandaté comme tel ?

Maître Paulette Oyane-Ondo : J’ai agi en ma qualité de citoyenne. En tant que citoyenne gabonaise jouissant de tous mes droits civils, civiques et politiques, j’ai le droit de prendre part à la vie publique de mon pays et signer toutes les pétitions que je veux. J’agi en mon âme et conscience. J’ai donc signé la pétition de Ca suffit comme ça parce que c’est un mouvement qui est contre la géopolitique, l’exclusion et la discrimination, ces maux qui sont à la base du mauvais fonctionnement de la société gabonaise. Ce mouvement veut que des élections libres, transparentes soient organisées pour un scrutin sincère. La biométrie apparaissant comme un élément pouvant contribuer à la sincérité du scrutin, Ca suffit comme ça milite donc pour l’introduction de la biométrie dans le processus électoral.

D’autre part, je pense qu’il est important de distinguer entre les citoyens et les militants. Le parti n’a pas d’emprise sur le citoyen, il ne gère que les militants. En tant que citoyenne, je n’ai pas besoin de l’autorisation du parti pour faire ce que j’estime convenir pour le bien de mon pays.

Le Patriote : Qui est réellement dans la société civile au regard de la confusion des genres que nous observons dans la société gabonaise actuellement ?

Maître Paulette Oyane-ondo : C’est un faux débat. La société civile a toujours fait de la politique au Gabon sans que cela donne lieu à une quelconque polémique. La polémique actuelle me parait pour le moins inappropriée. Il faut savoir que tout le monde fait partie de la société civile, à l’exception des membres de l’exécutif, des représentants du pouvoir judiciaire, du corps constitué du pouvoir législatif et de tous ceux qui, dans l’appareil de l’Etat, occupent des fonctions qui les astreignent au devoir de réserve. Un simple député, en sa qualité d’élu du peuple et étant défenseur des droits de l’Homme par nature est habilité à être le porte voix pour les causes nobles qui portent les aspirations de l’ensemble des citoyens. Ce n’est donc pas étonnant qu’en ma qualité de député et de libre penseur je me retrouve toujours du coté du peuple.

Le Patriote : Quelle crédibilité pour la société civile gabonaise ?

Maître Paulette Oyane-Ondo : La question de crédibilité peut se poser pour tout le monde dans ce pays. On peut trouver que les partis politiques ne sont pas crédibles, que les journalistes ne sont pas crédibles etc. On peut donc mettre en doute la crédibilité de n’importe qui dans ce pays. L’important pour moi c’est le bien fondé de la démarche de Ca suffit comme ça. Sa philosophie du rejet de la géopolitique que je considère comme une sorte de cousine de l’apartheid, son rejet de l’exclusion, son refus de la discrimination, son rêve d’un Gabon républicain où chaque gabonais aurait sa place en fonction de sa valeur intrinsèque et non plus en fonction de sa langue maternelle ni de son lieu géographique de naissance, son combat pour des élections transparentes font de ce mouvement espace nouveau dans la vie publique du Gabon. C’est quant même le premier mouvement à dénoncer ouvertement la géopolitique. Cette doctrine discriminatoire est à l’origine des archaïsmes du Gabon et de son sous développement. Mais personne n’a jamais osé le dire. Ce n’est pas normal d’être exclu du bien être social juste parce que l’on parle telle langue et l’on est né à tel endroit. Tout comme il n’est pas normal de bénéficier du bien être social précisément parce qu’on parle telle langue et que l’on est né à tel endroit. La géopolitique est une véritable infection.

Le Patriote : Que ferez-vous si les décideurs organisent les élections sans biométrie ?

Maître Paulette Oyane-ondo : Si le peuple gabonais veut la biométrie, il ne pourrait pas y avoir d’élection sans biométrie.

Le Patriote : Vous venez de gagner devant l’Union Interparlementaire contre l’Assemblée nationale et le PDG.

Maître Paulette Oyane-Ondo : C’est exact. L’Union Interparlementaire vient de dire clairement que l’on est député par l’élection au suffrage universel mais non pas par l’appartenance à un parti. Cette décision relève ainsi l’anti constitutionalité de l’article 39 de la Constitution. Cette décision a également constaté que le PDG a violé mes droits fondamentaux, mes droits de l’Homme. Je vais donc faire un procès au PDG pour obtenir réparation du préjudice qu’il m’a été causé. Cette décision a quasiment fait le tour du monde. Toutes les assemblées nationales de l’Afrique francophone se la sont procuré. Je suis contente d’être à l’origine d’une jurisprudence qui libère les députés et leur permet de défendre les intérêts des populations.

Le Patriote : Est-ce à dire que vous porter plainte contre votre propre formation politique ?

Maître Paulette Oyane-Ondo : Tout à fait. Le rôle d’un parti politique ne doit pas consister dans la violation des droits fondamentaux de ses militants. Le PDG m’a causé un préjudice en violant mes droits de l’Homme. Il doit en répondre selon les principes du droit international des droits de l’Homme. Je suis en train de préparer ce procès.

Le Patriote : ne risquez vous pas finalement votre exclusion du PDG.

Maître Paulette Oyane-Ondo : Je ne fonctionne pas sur la peur. Je fonctionne sur les principes et les valeurs. Le principe est que personne ne doit violer mes droits de l’Homme, qu’il s’agisse du PDG ou de n’importe qui d’autre. Mon père m’a élevé à jamais me laisser marcher sur les pieds par qui que ce soit. Il ne faut pas accepter n’importe quoi par peur de perdre telle ou telle situation, sinon on perd sa substance d’être humain.

Le Patriote : Seriez vous candidate à votre propre succession ? Si oui, sous la bannière de quel parti politique ? Et que feriez vous si le PDG ne vous investi pas ?

Maître Paulette Oyane-Ondo : Vous me posez plusieurs questions à la fois. Oui je suis candidate à ma propre succession. Je n’ai pas absolument besoin d’un parti pour me présenter à quelle que élection que ce soit. Je compte faire de la politique avec des gens avec lesquelles j’ai des affinités et qui me respecte non seulement en tant que personne mais aussi en tant que femme politique porteuse d’idées. Je suis une technicienne du droit et j’entends que cela soit pris en compte. Je travaille donc actuellement avec des personnes qui la même vision du Gabon que moi. Des personnes qui, comme moi, veulent un Gabon républicain qui regroupe tous ses fils et donne sa chance à tout le monde. Je suis fatiguée du Gabon de la géopolitique. Je suis fatiguée du Gabon de la discrimination. Je suis fatiguée du Gabon de l’exclusion. Je suis fatiguée du Gabon de l’injustice. Je suis fatiguée du Gabon où une minorité s’accapare toute la richesse nationale.

Le Patriote : Quelle est votre opinion sur un compatriote qui observe une grève de la faim. Ce dernier réclame entre autre le départ des forces armées françaises postées depuis lors au Gabon ?

Maître Paulette Oyane-Ondo : En tant que républicaine, je considère que tout le monde a le droit de s’exprimer sur n’importe quel sujet et de choisir le mode d’expression qui lui parait le plus approprié. Cela dit, la grève de la faim observée par notre compatriote me fait réaliser qu’il y a désormais des gabonais qui sont prêts à mettre leur vie en danger pour une cause qui leur parait juste. C’est un aspect non négligeable dans l’évolution sociologique d’un peuple. Ensuite c’est la première fois qu’un gabonais s’en prend personnellement et directement à l’armée française au Gabon qui n’est pas un symbole reluisant dans les relations entre l’Etat français et l’Etat gabonais. Enfin, cette grève de la faim constitue une épine au pied de l’Etat gabonais qui engagera sa responsabilité si jamais cette grève portait atteinte à sa vie. En effet, l’Etat gabonais a un impératif de santé public envers tous les gabonais. Le droit à la santé est un droit de l’Homme. Et le Gabon s’est engagé devant le concert des Nations à offrir à tous les gabonais, un meilleur état de santé possible. En conséquence, si la santé du gréviste de la faim se détériore, cela signifie que l’Etat gabonais n’a pas pu tenir son engagement de lui offrir un meilleur état de santé possible. Donc, l’Etat gabonais a violé son droit à la santé et lui a causé un préjudice dont lui-même et sa famille peuvent demander réparation.

Par Paul Okili Boyer

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/paul...

 
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