jeudi, 23 novembre 2017
 

Gabon : Mémorandum des ressortissantsn des villages concernés par le projet OLAM au Woleu-­Ntem

Mémorandum des Ressortissants des villages concernés par le projet OLAM au Woleu-­‐ Ntem Mesdames et messieurs, depuis quelques temps, une information circule et est vigoureusement amplifiée sur les méga-­‐industries envisagées au Gabon par le groupe OLAM. Selon cette information, des capitaux singapouriens à hauteur de 91,5 milliards de nos francs vont être investis dans la culture de l’hévéa sur une superficie de plus de 38.536 ha située dans le triangle que forme OYEM-­‐ BITAM-­‐MINVOUL au nord du Gabon à la frontière avec le Cameroun et la Guinée-­‐Equatoriale, c’est-­‐à-­‐dire dans la zone rurale la plus densément peuplée du Woleu-­‐Ntem et du Gabon. Nous, Ressortissants des villages concernés par ce projet, avons tenu à exprimer à la communauté nationale et internationale notre point de vue sur ce projet, conscient du fait que les formes et les stratégies de développement ne peuvent être imposées à une population sans leur avis. C’est cela aussi la participation de la population à la prise de décision et à la production chère au Président de la république. De nombreux exemples dans le monde notamment au Zimbabwe, en Côte d’Ivoire, en Indonésie, etc. montrent que la négligence ou la non prise en compte du point de vue des populations peut déboucher sur des conflits ou un désastre socio-­‐économique. Notre inquiétude qui justifie notre refus de ce projet est fondée sur des arguments historiques, économiques, sociologiques, environnementaux et juridiques.

I Arguments historiques

Vers 1942, le Gouverneur Général Félix EBOUE pris un texte qui interdisait l’exploitation des plantations intensives de cacaoyers, de caféiers, de palmiers à huile et d’hévéa aux colons européens. Il décida qu’il revenait à l’indigène de cultiver et au colon d’acheter les produits aux planteurs. Cette décision courageuse qui précéda l’abolition des travaux forcés en 1946, permis l’émergence réelle d’une classe de planteurs millionnaires au Woleu-­‐Ntem. Très vite en effet, les colons gelèrent leurs entreprises à ASSOK NGOMO, BIYI, AKAMSI, MBES, EWOREMOKOK et ANYAN et s’orientèrent vers la distribution des denrées et d’abondantes marchandises d’importation. Ailleurs, ce fut le début des paysannats encadrés par des agents d’agriculture qui animaient les villageois regroupés dans leurs plantations de cacao, de café voire de riz et de pomme de terre. Qui ne se rappelle pas que la SDRM, la société de développement rural de Medouneu, approvisionnait Libreville en pomme de terre, ananas, banane et manioc  ? l’arachide de Lebamba, le café d’Okondja et les produits horticoles de Port-­‐Gentil étaient présents sur les marchés de la capitale. La leçon que nous tirons de ce rappel historique est que le peuple gabonais, notamment les ruraux avaient trouvé là des projets économiques qui contribuaient à son épanouissement. Le développement communautaire a permis un temps soit peu au Gabon d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, parce que les populations rurales ont été mises au centre de la chaine de production qui permettait d’alimenter les populations urbaines. La deuxième leçon que nous tirons de ce rappel historique est que la concurrence entre des plantations intensives réalisées par les colons à l’époque, (les multinationales aujourd’hui) et les plantations villageoises est imparfaite, déstructurante et déstabilisante. Elle tue tout embryon d’agriculture paysanne, et accroit la dépendance. Pour rappel, le Gabon importe déjà plus de 300 milliards de francs cfa de nourriture. Donner les terres les plus fertiles à OLAM dans une zone où l’agriculture paysanne ne demande qu’un meilleur encadrement ne peut être alors assimilé qu’à un suicide alimentaire et à terme à un génocide comme vont nous le montrer les arguments économiques et environnementaux. La troisième leçon que nous tirons de ce rappel, c’est l’abolition du travail forcé ou du travail sous payé. Les nombreux témoignages que nous recevons des compatriotes travaillant à OLAM à Kango dans la province de l’Estuaire permettent d’affirmer que cela ressemble déjà à des travaux forcés.

II Arguments économiques

Tous ceux qui connaissent l’analyse des projets savent qu’un Etat décide de réaliser un projet que si et seulement si ce projet est rentable socio-­‐ économiquement ou en termes simples, est rentable pour la collectivité. Cette rentabilité est bien différente de la rentabilité financière, seul objectif d’un entreprise privée. OLAM veut la transparence, qu’elle nous donne cette étude de la rentabilité socioéconomique de son projet  ! Que ceux qui défendent le projet nous fournissent cette étude de la rentabilité socioéconomique. A moins que l’on confonde rentabilité financière et rentabilité socioéconomique. Ce serait le comble pour des gens sensés décider pour l’Etat. Les études d’impacts représentent une source d’information pour cette analyse de la rentabilité socio-­‐économique, que tout gouvernement soucieux du devenir de son peuple et visant le développement durable, doit demander à un promoteur ou réaliser lui-­‐même. Pour rappel, c’est cette analyse de la rentabilité socioéconomique qui est l’un des critères à remplir pour bénéficier du financement de projet de la part de la banque mondiale, de l’Agence Française de développement ou de la BAD. Cette analyse prend en compte toutes les externalités négatives et positives engendrées par le projet, y compris sur l’environnement, le mode de vie, la culture, les finances publiques, la balance des paiements, l’emploi… Ces impacts permettent d’ajouter d’autres critères pour décider de la réalisation ou pas d’un projet. Du point de vue de l’emploi, OLAM compte créer 7000 emplois. C’est l’argument que les fameux défenseurs du projet mettent en avant. On voit bien qu’ils ne sont pas des spécialistes du domaine. L’impact d’un projet sur l’emploi se fait par comparaison entre les emplois que l’on va détruire et les emplois que l’on va créer. Au fur et à mesure qu’OLAM va s’installer, elle détruit systématiquement les emplois ruraux notamment en agriculture. Etre agriculteur est aussi un métier, un emploi. Les fameux experts de la DGE (Direction Générale de l’Economie) qui s’apprêtent selon certaines indiscrétions à donner leur accord à OLAM, ont–ils évalué le coût d’opportunité de cette perte d’emploi  ? Nous évaluons en effet à 10000 le nombre d’emplois que va détruire ce projet en cinq ans. OLAM ne pourra embaucher des villageois de plus de 50 ans, ni beaucoup de jeunes n’ayant aucun diplôme. A la limite dans les premières phases du projet ils seront temporairement utilisés, mais à la phase d’exploitation beaucoup d’entre eux seront licenciés. L’exemple d’Hevégab est là pour nous le démontrer. Aujourd’hui à Bitam, l’impact économique de cette entreprise est nul. OLAM dans son étude d’impact estime que l’agriculture, l’élevage et la pêche vont se développer dans la zone car il va falloir nourrir ses futurs employés. Cet argument simpliste ne tient pas debout. En effet les exemples de COMILOG, MOUNANA, PORT-­‐GENTIL montrent que l’exploitation du pétrole et des mines dans ces régions a plutôt accentué le déclin de l’agriculture et la dévitalisation des villages. Phénomène que les économistes appellent «  syndrome hollandais  ». En effet, la main d’oeuvre visée par OLAM dans les villages, ce sont les jeunes, qui réalisent aujourd’hui les ¾ de la production agricole. Nous faisons remarquer à OLAM qu’aujourd’hui, la production agricole a chuté à MITZIC du fait des chantiers forestiers. Tout fonctionnaire en poste dans cette localité peut en témoigner. OLAM va plutôt encourager l’importation de produits alimentaires avec ce que cela comporte comme inconvénient en matière de santé. Nous savons que l’absence de contrôles phytosanitaires véritable, a permis à beaucoup de vendeurs de produits alimentaires d’écouler la vache folle, des produits avariés, etc. dans les pays africains. La recrudescence des maladies comme l’insuffisance rénale, les maladies cardio-­‐ vasculaires est due en grande partie à la mal bouffe. Au Woleu-­‐Ntem, pour le moment nous mangeons bio. OLAM dans son étude d’impact n’a rien dit sur tous ces aspects se contentant seulement d’évoquer la possible contamination par le sida du fait de la promiscuité dans ces sites. Or, BITAM et MINVOUL sont les greniers du Woleu-­‐Ntem. L’existence de ces deux villes est donc menacée. L’Etat doit donc plutôt s’atteler à trouver une stratégie qui permettra à ces populations à accroitre la production de produits bio. OLAM justifie son projet par l’accroissement des prix de caoutchouc de 90,8% sur le marché international. Nous justifions cette stratégie par l’accroissement des prix des produits bio sur les marchés internationaux. Toute personne se rendant en Europe ou en Amérique sait que tout produit bio coute deux fois plus cher qu’un produit obtenu avec de l’angrais ou des pesticides. Nous proposons donc à l’Etat d’aller plutôt dans cette direction si le développement du Woleu-­‐Ntem était un temps soit peu son souci. Les camerounais se sont enrichis avec l’agriculture, nous pouvons faire la même chose. Il est également possible à l’Etat de continuer à encourager la cacaoculture, produit que nous maitrisons parfaitement et qui a l’avantage de pouvoir être associé à d’autres cultures. Nous disposons là d’un avantage comparatif indéniable. Pour ceux qui ne le savent pas le cacao de BITAM était considéré comme le meilleur cacao par la qualité de l’Afrique  ! Voilà des pistes pour la diversification de l’économie et l’après pétrole. Quand le pétrole finira, mangeons au moins ce que nous produisons  ! Du point de vue de l’impact sur les finances publiques, OLAM bénéficierait de l’exonération d’impôts et de droits de douane pendant plus de 25 ans ! L’Etat ne gagnera donc rien sur ce projet. L’impact sur les finances publiques est négatif. Pour masquer cet impact négatif, OLAM se propose de donner un appui aux conseils départementaux de BITAM et MINVOUL par la collaboration aux projets d’infrastructures communautaires. Quelle forme prendra cette collaboration  ? Quelle somme compte t-­‐elle mobiliser  ? Point n’est besoin d’être économiste pour remarquer qu’il s’agit ni plus ni moins que d’arguments fallacieux pour masquer la vue des décideurs. Nous ne sommes pas myopes  ! Seul peut-­‐être l’impact sur la balance des paiements sera positive de par l’accroissement des exportations de caoutchouc et d’huile de palme. Toutefois cet impact mis en avant par OLAM est à relativiser du fait de l’accroissement des produits importés qu’engendrera le projet notamment les produits alimentaires et pharmaceutiques. Seule OLAM profitera vraisemblablement de ce projet, et ce pendant 150 ans.

III Argument socioculturel

Le projet OLAM par l’exode rural et la dévitalisation qu’il va provoquer aura un impact négatif sur la culture fang. Rappelons à tous que cette forêt est un temple pour tous les villages limitrophes. C’est le lieu de prédilection de nos rites et coutumes. Ce serait un sacrilège que de donner ce site à des étrangers pour la monoculture de l’hévéaculture. A Libreville, dans l’Estuaire, quand les Myénés font leur rite dans la mer, ils interdisent l’accès à tout le monde, même la pêche est interdite. Tout le monde y compris l’Etat respecte cette consigne. A Mouila, dans la Ngounié, il y a bien des forêts interdites. OLAM a pris un malin plaisir à éviter les originaires des villages concernés qui vivent à Libreville, sans doute pour ne pas avoir affaire à des intellectuels. Elle a préféré avoir comme interlocuteur, des villageois en partie illettrés, à qui on pouvait faire miroiter n’importe quoi, en pensant corrompre quelques uns, c’est une insulte à l’encontre de nos parents. Nous nous réservons le droit de porter plainte à cet effet contre OLAM. Elle n’a pas su que la société fang n’est pas hiérarchisée comme les autres. Ce que nous appelons NTEBE OSSOU ou KIE – SO’O, le porte parole d’une tribu n’est pas forcément quelqu’un qui vit au village. Il peut être un citadin qui repart d’ailleurs toujours au village. C’est ce dernier qui prend la parole pour la communauté en cas de deuil, de mariage, de rite ancestral ou pour toute décision ayant un impact sur la vie de sa tribu. Beaucoup de ces portes-­‐paroles sont fonctionnaires, cadres dans le privé ou même simple agent dans une administration. Dans son étude d’impact, OLAM compte améliorer les conditions de vie des femmes et des groupes vulnérables par la facilitation du transport des biens et des personnes et l’allègement de leurs tâches (faut pas rire). C’est de l’humour de mauvais goût. OLAM se transformera donc également en société de transport  ? Nous pensions qu’elle était là pour l’hévéa  ? Dans le même ordre d’idées, OLAM se propose de donner des groupes électrogènes aux populations. Nous rappelons à ces Singapouriens que l’électricité qu’on trouve dans nos villages du Woleu Ntem n’est pas le fait de l’Etat, mais des ressortissants de ces villages eux-­‐mêmes. Ils peuvent utiliser cet appât dans d’autres régions peut-­‐etre, mais pas au Woleu-­‐Ntem.

IV Arguments environnementaux

Les risques environnementaux liés aux investissements d’OLAM sont énormes. C’est pourquoi, nous saluons l’effort du Gouvernement à travers l’étude MCKinsey (union du 23 avril 2012). Les impacts environnementaux découlent de la déforestation, la pollution des eaux et des sols, en raison de la mauvaise gestion des engrais et des déchets, de la pollution de l’eau autour de l’usine d’engrais, l’érosion des sols. Nous savons que ces monocultures sont hautement destructrices des écosystèmes forestiers et source d’un déséquilibre éco systémique grave. S’agissant des pesticides, OLAM s’apprête à réaliser à Port-­‐Gentil une usine de fabrication de pesticides pour ses futures plantations. Les exemples à travers le monde notamment en Indonésie, en Cote d’Ivoire et au Libéria montrent que l’utilisation de ces produits a augmenté le nombre de personnes atteintes des cancers et autres pathologies graves. Les pesticides et autres angrais chimiques contaminent les nappes phréatiques avant de finir dans les rivières et les fleuves. Or les populations de ces villages boivent l’eau et se nourrissent des poissons des fleuves NTEM, BOLO, NYE. Le manioc qui est le principal élément de l’alimentation des populations est d’abord trempé dans l’eau avant d’être préparé. OLAM va-­‐t-­‐elle créer un réseau d’adduction et de distribution d’eau potable dans tous les villages. Cette eau à rendre potable viendra alors de quelle rivière ou fleuve, puisqu’ils seront tous contaminés  ? La plupart de ces fleuves se jettent dans la mer au Cameroun ou en Guinée Equatoriale, les populations de ces pays limitrophes seront également exposées. Nous ne sommes pas sur que ces pays accepteront pendant longtemps la contamination de leur population sans réagir. Après MOUNANA veux t-­‐on également décimer les populations du WOLEU-­‐NTEM  ? S’agissant de la faune et de la flore, en dehors de la forêt de MINKEBE, cette zone visée par OLAM est la seule forêt de BITAM où on peut trouver encore les grands primates gorilles et chimpanzés et d’autres espèces protégées, comme la panthère, le pangolin géant, le chevrotain, le buffle et l’éléphant, etc. Transformer la zone en une vaste plantation d’hévéa signifie l’extermination de ces espèces comme en Indonésie pour l’orang-­‐outang. Il se peut qu’OLAM envisage recenser ces primates  ! Enfin, OLAM compte réduire les émissions de CO2 en valorisant les bois commerciaux et les bois divers. Cette solution reste vague car elle ne précise pas ce qu’elle entend par valorisation des bois. A-­‐t-­‐elle également un permis d’exploitation du bois dans la zone  ? Nul ne le sait. OLAM et l’Etat restent muets sur la question. Et pourtant elle veut s’inscrire dans l’initiative RSPO (roundtable on sustainable palm oil) dont le premier principe est l’engagement de transparence et le sixième, le respect des communautés. Jusqu’à présent la convention signée par le Gabon et OLAM reste inaccessible. Nul ne sait son contenu. Cette asymétrie d’informations volontaire donne lieu à des rumeurs aussi vraisemblables que les autres.

V Arguments juridiques et fonciers

Du point de vue foncier, OLAM se propose de laisser aux villageois 5 kms à la ronde de leur village pour qu’ils puissent continuer à faire de l’agriculture. A partir de quel point va-­‐t-­‐on compter les 5 kms  ? Un rappel sémantique est nécessaire pour comprendre le coté pervers de cette proposition. Le fang désigne par «  DZAA  », le village dans son entièreté. «  DZAA  » signifie éthymologiquement «  un  ». ADZA signifie remplir, combler. DZAA prend la forme d’un espace géographique et sociologique présentant les contours intégrant de manière progressive Nda, Abaa, Mvok Nseng, Akun, Faa, Ekoro , Elik, Afane. Cet univers physique qui constitue l’espace vital et entier de l’homme fang le comble, car DZAA est le tout en «  un  ». La solidarité des habitants de DZAA les unit comme un seul homme. Un village, c’est aussi son économie basée sur l’exploitation de l’Ekorok de l’Afane ou de l’Elik. Les deux premières composantes du village représentent les lieux par excellence du droit d’usage coutumier, un droit protégé par la loi 16 /01 du 31 décembre 2001, portant code forestier en république gabonaise. Ce droit est menacé et violé aujourd’hui. Que fait-­‐on du droit des peuples à jouir de leur terre  ? Sommes-­‐nous des squatters sur nos propres terres  ? Nous rappelons également à OLAM que les forêts du point de vue coutumier sont la propriété des tribus et des familles. Chaque famille sait exactement les 9 limites de sa propriété. Un individu seul ne peut décider de la cession d’une forêt sans l’accord des autres. Dans certains villages notamment à BIKONDOM, BOLOSSOVILLE, cohabitent différentes tribus  ? Chaque tribu sait exactement où sont ses forêts et ne peut donc en conséquence décider pour les autres. OLAM en n’allant voir les chefs de village ignore que ces chefs ne peuvent décider en lieu et place des fils de ces tribus. Ce rappel anthropologique permet de comprendre notre argumentation juridique sur la question foncière soulevée partout au Gabon concernant les projets d’OLAM que ce soit à ESSASSA, dans la NGOUNIE ou au WOLEU NTEM. Elle implique d’une part les groupes segmentaires dont la propriété foncière repose sur le principe de la primo implantation et de la mise en valeur, et d’autre part l’Etat qui est l’actuel gestionnaire et propriétaire des terres. La loi 16/01 01 du 31 décembre 2001, portant code forestier en république gabonaise est celle qui protège les intérêts de uns et des autres en matière de propriété foncière. Elle divise le domaine forestier national dans son article 5 en un domaine forestier permanent de l’Etat, et un domaine forestier rural. La dite loi précise (art 6) que le domaine forestier permanent de l’Etat est constitué des forets domaniales classées et des forets domaniales productives enregistrées. Il est précisé que ces forets sont affectés à la production forestière, à la protection et constituent l’habitat de la faune sauvage. On comprend bien que le seul domaine forestier qui reste exploitable pour l’Etat, c’est le domaine forestier rural. Or le code forestier stipule en son article 12 que le domaine forestier rural est constitué des terres et forets dont la jouissance est réservée aux communautés villageoises, selon les modalités déterminées par voie réglementaires. En d’autres termes, qu’elles y exercent un droit d’usage coutumier (loi 16/01  ; chap VI, art 252-­‐261). D’après les données que nous avons actuellement, il s’avère que le domaine forestier sur lequel nous, populations du Woleu-­‐Ntem exerçons nos usages coutumiers, fait l’objet de convoitise et d’expropriation. Et tout usage de ce domaine forestier sans l’accord et la participation des ressortissants de cette province est considéré comme une violation de la loi 16/01 portant code forestier en République Gabonaise, causes d’éventuels conflits entre populations et opérateurs économiques. Il existe bien une carte minière délimitant les permis miniers, une carte forestière délimitant les permis forestiers et une carte délimitant les 13 parcs nationaux. On constate malheureusement qu’il n ya aucune carte pour les permis agricoles. Ce déficit juridique ne peut permettre à OLAM d’exploiter d’énormes superficies de terre surtout dans des zones à densité de population élevée. Si l’Etat tient à son projet malgré la rentabilité socio économique incertaine comme nous l’avons démontré, qu’il trouve à OLAM des zones vides à l’intérieur du Gabon, par exemple la foret des abeilles, la forêt de Ndjolé, la zone déserte entre MEKAMBO et OKONDJA etc. Fort de ces arguments, nous, populations de BITAM, MINVOUL et OYEM disons à l’Etat et à OLAM,

«  nous sommes des agriculteurs, nous ne voulons pas devenir des ouvriers agricoles, ni des étrangers sur nos terres  ».

Collectif des ressortissants des villages concernés par le projet OLAM au Woleu-­‐Ntem, Gabon.

Porte Parole  : Jean Marc Ekoh, ancien Haut-­‐Commissaire du gouvernement, ancien Ministre de Léon Mba

 
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