jeudi, 23 novembre 2017
 

Rwanda : l’exigence de vérité sur le rôle de la France dans le génocide

Le 6 avril 1994 deux missiles sont tirés. Le premier rate sa cible le second touche le réservoir sous l’aile gauche et fait exploser le Falcon 50, piloté par un équipage français, où se trouvaient les Présidents Rwandais Juvénal Habyarimana et Burundais Cyprien Ntaryamira. Quelques heures après, le génocide au Rwanda débutait faisant un million de morts Tutsi, mais aussi des Hutu modérés.

Les résultats de l’expertise balistique demandée par les juges d’instructions Trévidic et Poux sont importants à plus d’un titre.

D’abord, ils identifient clairement le lieu du tir des deux missiles. Il s’agit du camp militaire de Kanombe où était stationnée la garde présidentielle, fer de lance des extrémistes hutu qui refusaient toute concession au FPR, majoritairement tutsi, et notamment l’accord de paix d’Arusha. Ce camp militaire abritait aussi les coopérants militaires français. Ils avaient pour mission de former les éléments des Forces Armées Rwandaises (FAR). Dans les faits, ils encadraient et conseillaient les FAR pour contenir l’avancée du FPR.

Ensuite l’expertise contredit totalement les résultats de l’enquête du juge Bruguière, qui à défaut de se rendre au Rwanda et d’interroger les témoins, s’est juste contenté de consigner des faux témoignages de rwandais et d’avaliser les manipulations. Le juge Bruguière, connu pour être un proche de Sarkozy, et candidat malheureux de l’UMP aux élections législatives de 2007, avait conclu que les tirs étaient partis de la colline de Masaka, pourtant sécurisée par l’armée rwandaise et, sur laquelle un commando FPR se serait infiltré, aurait perpétré l’attentat et serait reparti pour rejoindre leur base elle aussi étroitement surveillée par les forces de l’ONU. Cette enquête avait débouché sur l’inculpation de neuf dirigeants du FPR.

Enfin, géomètres, acousticiens et experts en balistique ne font que confirmer, dans leur domaine, le déroulement historique du génocide. Les partisans du « Hutu Power », qui voyaient une trahison dans l’accord de Juvénal Habyarimana pour un partage du pouvoir avec le FPR allaient s’emparer du pouvoir, après l’attentat contre le Fokker 50. La Garde présidentielle éliminera la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana et son escorte militaire belge, qui s’apprêtait à lancer un appel au calme à la radio nationale. Dans ce bras de fer entre hutu modérés et extrémistes, la France choisira et soutiendra dès le début et jusqu’à la fin le camp des génocidaires.

Ce rapport ne fait que conforter les soupçons qui pèsent sur les troupes françaises sur place. Sur la fourniture aux FAR de missiles SA16 utilisés dans l’attentat, en effet, il est établi que l’armée française en possédait, prélevés sur le stock de l’armée irakienne lors de l’intervention de 1991. Mais aussi sur le maniement de ces armes sophistiquées qui nécessitent une centaine d’heures de formations et d’entraînement. Il est peu probable que les FAR aient été en capacité de manier de telles armes. D’ailleurs dans la guerre avec le FPR c’étaient les soldats français qui réglaient les tirs d’artilleries, les soldats de l’armée rwandaise se cantonnaient à la mise à feu.

Ces premiers pas vers la vérité battent en brèche les arguments des négationnistes en France qui ont repris la propagande des extrémistes hutu, attribuant l’attentat au FPR pour lui faire porter la responsabilité du déclenchement du génocide afin de mieux masquer les responsabilités de la France dans ce massacre.

Les partis de gauche doivent dès maintenant s’engager à créer une commission d’enquête parlementaire pour mettre en lumière les agissements de la France dans la politique du génocide au Rwanda. Ce qui traduirait une réelle volonté d’en finir avec les agissements délétères de la France en Afrique.

Paul Martial

 
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