vendredi, 22 septembre 2017
 

Tchad : Allocution de Ibni Oumar Mahamat Saleh Brahim au Salon Anticolonial

Camarades membres de l’association Sortir du Colonialisme,

Chers participants à la présente Semaine Anticoloniale,

Avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez-moi d’adresser mes condoléances les plus attristées aux parents et amis de mes compatriotes, victimes des balles assassines d’un régime aux abois qui fait le nième malheur de mon peuple. C’est juste une parenthèse afin d’immortaliser à jamais dans l’histoire de mon pays la mort de ces jeunes lycéens pacifistes devant la barbarie et la bestialité humaine d’une jeune sœur enlevé manu militari par des jeunes désœuvrés de notre chère capitale (SIC). Notre chère sœur ZOUHOURA restera à jamais graver dans la mémoire ou dans les annales de l’histoire tchadienne, africaine, de toutes les filles victimes de violences sexuelles.

Ce faisant, je vous remercie infiniment de l’honneur que vous m’avez fait d’être parmi vous aujourd’hui, surtout d’échanger avec vous sur le néocolonialisme en Afrique. Je mesure combien cette invitation me fait honneur si je considère l’objectif que votre structure poursuit, celui de la lutte contre le néocolonialisme.

Le combat que vous menez est un combat aujourd’hui plus que jamais légitime. En effet, si dans sa dimension primitive, le colonialisme était un fait du 19 et 20ème siècle, en consistant à l’occupation directe des espaces et/ou des peuples alors soumis par la force par des métropoles, depuis les indépendances officielles, le monde est toujours témoin de l’existence non moins significative de relation de domination de la majorité des peuples par des appareils politico économiques qui utilisent des gouvernements de certaines puissances. Le monde d’aujourd’hui est, comme nous le savons un monde où le néocolonialisme fait époque via la libéralisation sauvage, le tout se présentant sous forme de mondialisation. On assiste à la domination des peuples du monde par quelques multinationales, elles-mêmes dominés par une poignée d’individus. Nous sommes dans un monde où il y’a de plus en plus d’inégalité sociale, un monde que la force du capital est entrain de déstabilisé en sacrifiant la stabilité des états, la survie des peuples, à l’autel des intérêts économiques de quelques-uns. Nous sommes dans un monde où même les états deviennent des instruments des multinationales qui n’hésitent pas à récupérer la démocratie, financer des coups d’états, les rebellions et même, certains en doute le terrorisme. Nous sommes donc dans un contexte d’une forme insidieuse de néocolonialisme en dépit des indépendances acquises, globalement depuis 55 ans par les anciennes colonies. Cependant, l’histoire ayant un sens, l’humanité tend nécessairement vers le progrès, lequel se réalise à partir de la transformation dialectique du réel. Le système néocolonial dilué dans le néolibéralisme lui-même confondu à la mondialisation n’est pas une situation éternelle et fixe. Au contraire il est porteur de contradiction. De tout temps, on voit des forces de changement se définir eux s’opposer aux forces de domination. C’est ce que fait, parmi d’innombrables acteurs étatiques, organisationnel et/ou individuel, votre structure et ce depuis les années des indépendances des anciennes colonies.

Votre lutte est d’autant nécessaire pour les africains que le néocolonialisme est des plus visibles et vicieux en Afrique, alors même que nous sommes au 21ème siècle. En effet, alors qu’elle est le plus riche des continents en ressource, l’Afrique est pourtant le moins développé. S’il en est ainsi c’est non seulement en raison de cause juste, mais surtout en raison de la prédation qu’y mènent les puissances dominatrices, le capitalisme mondial, par les puissances occidentales, elles-mêmes utilisant les pouvoirs étatiques locaux ou les pouvoirs de sédition comme les rebellions. En effet, depuis les indépendances dans les années 60, on peut dire que les ressources des pays africains sont spoliées à travers divers mécanismes. C’est ainsi que dans le domaine des industries extractives, à l’issue de 40 ans de partenariat avec des multinationales comme AREVA, des pays comme le Niger ont tirés très peu de profit de leurs ressources naturelles alors même que la viabilité de l’environnement naturel et humain est complètement dégradée. D’autre part, pour garantir ce type d’intérêt la stabilité des états est déstabilisée par des rebellions ou coup d’état ou encore des guerres civiles. Dans le meilleur des cas, et c’est le cas actuellement, la gouvernance démocratique est corrompue avec peu ou pas de suivi des exploitations minières, peu ou pas de transparence en général. Qui grave est on peut faire le lien, dans certaines parties de l’Afrique, comme le sahel, entre l’action intéressé de certaines multinationales et puissances étatiques étrangères, et le développement du terrorisme. Pire dans certains états de l’Afrique, comme ceux de l’Afrique centrale, d’ancienne métropole comme la France ainsi que les filiales installent ou soutiennent des régimes impopulaires dont certains exercent depuis au moins un demi-siècle, C’est le cas du Tchad.

Ainsi les bases militaires étrangères notamment françaises qui se développent en Afrique cachent un dessein néocolonial de contrôle d’espace en vue d’en soutirer les richesses illégitimement.

Tout au moins la France monnaye l’installation de ces bases à un soutien à des régimes dictatoriaux et sans rendement économique, ni démocratique. C’est ainsi par exemple que la France a aidé le pouvoir d’Idriss Deby établi par la violence depuis 26 ans à se maintenir en place. Parlant du Tchad, permettez-moi d’évoquer un cas qui me concerne certes, mais que je juge important. C’est l’enlèvement en 2008 à N’Djamena et par des éléments de la garde présidentielle du professeur IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH qui a dès lors disparu alors qu’il était professeur de mathématique à l’université mais encore et surtout chef de fil de l’opposition au Tchad et porte-parole de la coalition des partis politiques de l’opposition civile démocratique tchadienne.

Ainsi, il y’a là un obstacle aux idéaux de progrès et aux droits de l’Homme. Malgré des résolutions votées par l’assemblée et le sénat français, nul ne sait ce qu’il en est advenu de ce leader de l’opposition politique démocratique tchadienne.

Mais globalement des mécanismes de résistance à la néo colonisation se développent dans le monde. Ainsi, homme politique, journaliste, étudiant, membre de la société civile, des milliers et des milliers de personnes dans le monde s’organisent pour une meilleure condition des peuples notamment pour la liberté des peuples colonisés, pour une véritable souveraineté de ces peuples au plan économique et politique. Ces militants du progrès dans le monde s’organisent en structure national et international et mènent un combat << tout aussi mondialisé » que la mondialisation néolibérale. Les peuples eux-mêmes ont tendance à se soulever. C’est pourquoi des rencontres internationales comme celles-ci rencontrent des échos à l’échelle nationale. Avec cette mobilisation, mais surtout d’avantages de prise de conscience et de bonne gouvernance en Afrique, ce continent va se libérer.

Vive la Liberté de tous les Peuples opprimés

Vive la Liberté au sens Sartrien du terme

Vive les droits de l’Homme

Malheur à ceux qui compromettent leurs Peuples au profit de leurs intérêts égoïstes

Gloire aux Martyrs

En avant pour le Combat

La lutte continue

Je vous remercie pour votre aimable attention !

 
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