mardi, 21 novembre 2017
 

TCHAD : Les retombées de la situation libyenne

Alors qu’elles tentent de faire face à la perte des envois de fonds des parents qui sont rentrés de Libye [ http://www.irinnews.org/fr/ReportFr... ] , les familles tchadiennes sont confrontées à une insécurité alimentaire croissante, s’endettent encore davantage et vendent leurs biens personnels.

Les envois de fonds, que la moitié des ménages avaient l’habitude de recevoir dans les régions ouest et sud-ouest du Kanem et du Bahr el Ghazal, ont baissé de 57 pour cent, selon une étude menée par les ONG Oxfam et Action contre la Faim (ACF). Les familles recevaient en moyenne 220 dollars par mois.

Dans ces deux régions, la plupart des familles ont réduit le nombre de repas qu’elles prennent ; 70 pour cent mangent des aliments moins nutritifs, et presque un tiers d’entre elles ont recours aux plantes sauvages, comme les feuilles et les baies. Un ménage sur cinq interrogés avait vendu des biens pour obtenir de l’argent. La plupart ont dit qu’ils avaient dû faire un prêt pour s’en sortir.

Dans le même temps, les familles ont beaucoup de mal à nourrir ceux qui rentrent au pays : Selon Craig Murphy, chargé des opérations de l’Organisation internationale des migrations (OIM), quelque 43 000 migrants sont revenus en camions de Libye au Tchad au cours des trois derniers mois. Au Bahr el Ghazal, jusqu’à 13 personnes peuvent revenir grossir les familles, selon l’étude d’Oxfam/ACF.

« Ces personnes reviennent dans des zones qui souffrent déjà d’insécurité alimentaire, même hors période de crise, » a dit Philippe Conraud, directeur des opérations humanitaires à Oxfam en Afrique de l’Ouest. « Il leur faut de la nourriture, de l’eau, les besoins de base, pour survivre. »

Famine chronique

Les gens du Sahel souffrent d’insécurité alimentaire de façon chronique : en 2010, quelque 10 millions étaient menacés par la famine suite à une sécheresse prolongée et de mauvaises récoltes [ http://www.irinnews.org/indepthmain... ] ; près d’un enfant sur cinq était atteint de malnutrition chronique, et cinq pour cent de malnutrition sévère, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme alimentaire mondial (PAM).

Une minorité de familles cherchent de nouvelles sources de revenus : mendier, envoyer les enfants au travail, partir dans d’autres villes à la recherche de travail ou faire les récoltes de façon prématurée, selon ACF et Oxfam.

De nombreux réfugiés de retour sont prêts à accepter n’importe quel travail. Moussa*, un jeune de dix-sept ans qui vient juste de rentrer à Faya, la plus grande ville au nord du Tchad, après avoir travaillé dans une ferme libyenne, a dit à l’OIM qu’il allait essayer de trouver du travail dans une mine de sel maintenant qu’il est rentré chez lui.

Les agences - l’OIM, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le PAM, l’UNICEF et les ONG, dont Oxfam et l’International Rescue Committee (IRC) - ont contribué à fournir aux personnes de retour nourriture, médicaments et eau dans les centres de transit et les destinations principales, les villes comme Faya. Le soutien nutritionnel, nécessaire de toute urgence, va bientôt être mis en place, a dit le coordonnateur du programme de l’OMS, Thomas Karengera. La rougeole

Beaucoup de migrants arrivent avec la rougeole, ce qui a poussé l’IRC, l’OMS et l’UNICEF à lancer des campagnes de vaccination pour les enfants de 6 mois à 15 ans. Une campagne nationale de vaccination anti-rougeole sera bientôt organisée, afin de contenir l’expansion de la maladie. A la date du 19 juin, quelque 5 311 personnes avaient contracté la maladie dans 20 des 22 régions du Tchad depuis le début de l’année, provoquant 63 décès, selon le ministère de la Santé tchadien.

« Nous vaccinons les enfants dès qu’ils arrivent aux centres de transit, afin d’empêcher la maladie de continuer à se propager, » a dit à IRIN Félix Léger, directeur de pays de l’IRC pour le Tchad. Beaucoup de migrants arrivent épuisés, malnutris et déshydratés, a t-il dit, ce qui augmente leur vulnérabilité à la maladie.

Questions d’argent

Oxfam envisage de distribuer de l’argent aux familles vulnérables, mais doit d’abord s’assurer de savoir si les commerçants ont de quoi approvisionner les marchés.

L’argent ne marche pas dans les marchés fragiles. « Nous ne voulons pas être dans une situation où les distributions d’argent font monter les prix, faisant en sorte que ceux qui n’ont pas reçu d’argent ne peuvent se permettre de payer les prix élevés. Cela pourrait entraîner des conséquences négatives, » a dit à IRIN M. Conraud. Selon l’étude d’Oxfam/ACF, seulement 46 pour cent des commerçants au Kanem et au Bahr el Ghazal disposaient de plus de deux mois de stocks.

Le prix des aliments de base a augmenté : A Mao, la capitale du Kanem, le blé importé coûtait 43 pour cent de plus en avril 2011 qu’en avril 2010 ; l’huile d’arachide avait augmenté de 44 pour cent et le riz de 6 pour cent ; le prix du millet avait baissé.

On ne sait pas encore clairement combien de Tchadiens sont susceptibles de rentrer de Libye, a dit M. Murphy del’OIM, qui estime qu’il en reste [en Libye] des dizaines de milliers. Le nombre d’arrivées a diminué durant les dernières semaines, « mais c’est peut-être seulement le calme avant la tempête, » a t-il dit.

Persécutions

Les migrants récemment arrivés ont dit à l’OIM qu’ils étaient chassés non seulement par les combats incessants et l’instabilité, mais aussi parce qu’ils perdent leur emploi et qu’ils ont peur d’être persécutés. Des combattants sahéliens auraient été recrutés au départ pour soutenir le Colonel Kadhafi, faisant craindre aux migrants d’être pris comme cibles.

Certains migrants ont peut-être l’intention de retourner en Libye dès la fin des affrontements, a dit M. Murphy. Cela peut expliquer pourquoi certains ont été abandonnés en cours de route par les camions à Zourake près de la frontière du Niger, a t-il dit.

Les donateurs et les agences humanitaires doivent intensifier leurs opérations, a mis en garde M. Conraud. « Si davantage de migrants quittent la Libye et arrivent dans la zone du Sahel [déjà]vulnérable, la capacité de survie des familles sera sérieusement compromise. Très peu parmi les acteurs de la communauté internationale sont conscients de cette situation ; tout le monde regarde du côté libyen de la frontière, mais il faut regarder davantage du côté du Mali, du Niger et du Tchad.

*un nom d’emprunt

Source : http://www.irinnews.org

 
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