jeudi, 21 mars 2019
 

A Djibouti, les élections : pourquoi faire ?

Communiqué du FRUD

La date de l’élection présidentielle à Djibouti a été fixée au 8 avril 2010. Le chef de l’Etat a déclaré le 26/11/2010 lors de ses vœux pour l’Aïd Al Adha « qu’il y a toujours une alternative aux armes pour résoudre les différends politiques ». Ajoutant plus loin que « l’espoir,…sera à la sortie des urnes ».

Personne de sérieux à Djibouti, ne peut donner un quelconque crédit à ces affirmations, et n’attend plus rien de bon de ce régime. La violence est au cœur de ce système dictatorial et clanique, né dans la foulée de l’indépendance, incapable d’opérer une toute petite ouverture politique, et surtout de parvenir à une paix durable et juste, malgré la signature de deux accords de paix avec deux tendances du FRUD (en décembre 1994 et en mai 2001).

Ce qui explique, et légitime le maintien de la structure politico militaire ainsi que la présence des combattants du FRUD au Nord et au Sud Ouest du pays. Le conflit armé ne se conjugue ni au passé, ni au futur, mais s’inscrit bel et bien dans le paysage politique de Djibouti, conflit qui ne peut plus être occulté et auquel il faudra trouver une solution pacifique et juste.

La répression des civils dans ces régions dénoncée par les organisations internationales des Droits humains telle que la FIDH : politique de la terre brûlée (bannissements des citoyens et expulsions, exécutions extra-judiciaires, arrestations arbitraires, tortures, viols des femmes, etc), comme seule réponse du pouvoir de Guelleh, ne peut qu’exacerber les tentions entre les civils et les forces gouvernementales, et ne pourra qu’intensifier le conflit armé.

Quant aux élections, rien n’indique à l’heure actuelle, que le pouvoir veut changer ses pratiques qualifiées de mascarade par ses propres alliés en 2009. Ismail Omar Guelleh a nommé son proche cousin à la tête du conseil constitutionnel en novembre 2009, pour se mettre à l’abri d’une surprise L’opposition a boycotté les élections présidentielles de 2005, législatives de 2008, et municipales de 2009, parce qu’elle a été spoliée de ses victoires aux scrutins présidentiel de 1999 et législatif de 2003.

Si le chef de l’Etat a procédé à la révision constitutionnelle en Avril 2010, pour pouvoir briguer un 3ème mandat, ce n’est sûrement pas pour perdre les élections ou préparer une quelconque transition démocratique, mais au contraire pour se maintenir au pouvoir indéfiniment, jusqu’à sa mort. Personne ne doute de sa détermination, ni de sa folle envie de se cramponner au pouvoir par tous les moyens, malgré l’hostilité de la majorité de notre peuple à son maintien au pouvoir.

Le premier ministre renchérit en affirmant que « l’Union pour la Majorité Présidentielle
- UMP- », doit être entièrement au service du Président Ismail Omar Guelleh. Dans ces conditions, à quoi servent les élections dans ce pays ?

A amuser les chancelleries occidentales !

Le régime craint le renforcement du FRUD et développe plusieurs axes de lutte à son endroit :

- les mises en garde aux pays et régions voisins ;
- répressions des civils au Nord et Sud Ouest, arrestations des militants et des sympathisants du FRUD ;
- dernier avatar de cette lutte sans merci, Guelleh a émis une fatwa contre le FRUD résistant à son rouleau compresseur et ses dirigeants par l’intermédiaire de son allié Ali Mohamed Daoud dit Jean Marie, qui dans un communiqué du 22/12/2010 ose leur interdire, d’utiliser le sigle et le nom du FRUD.

Le FRUD crée en 1991, est une organisation progressiste, politico-militaire, issue de 3 mouvements, qui lutte contre la dictature, pour l’instauration de la démocratie, pour l’égalité (des citoyens, des communautés et des régions), et pour la justice sociale.

Dés 1994, le FRUD a été affaiblie par une dissidence connue sous le nom du groupe d’Ab’a, qui a rallié le pouvoir avec armes et bagages et s’est fondue dans la dictature tout en conservant le nom de FRUD.

Une deuxième tendance a signé un 2ème accord de paix partiel en 2001, qui est mort né. Ce courant s’est transformé en parti politique (alliance républicaine pour le développement) et s’oppose dans la mesure de ses moyens au régime.

Il existe aujourd’hui un seul FRUD qui a refusé les deux accords, qui a maintenu la structure politico militaire, et qui est resté fidèle aux idéaux et aux objectifs de cette organisation, en luttant contre la dictature de Guelleh.

Le sigle, et le nom du FRUD ne peuvent être abandonnés au groupe d’Ab’a, qui ne se différencie pas du RPP (parti unique au pouvoir depuis 33 ans) et qui a vendu à l’encan moderne les valeurs, les objectifs pour lesquels les meilleurs d’entre nous sont morts.

Le FRUD

- appartient à ceux qui luttent contre ce régime, qui massacre, qui torture, qui emprisonne arbitrairement, qui bannit ;
- appartient aux combattants, aux cadres, aux dirigeants qui résistent dans des conditions difficiles dans les Mablas, Goda, Dalha, Weïma, Debné, Sadaï, Hilou, Syarou, Margoïta, Dakka, Gammari, aux militants, aux dirigeants qui portent les messages et les revendications du FRUD en Europe, en Amérique, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans les pays arabes et africains. Les dirigeants sont mandatés par ceux là même, qui résistent sur le terrain, et qui ont refusé la capitulation. Ce n’est ni Ismail Omar Guelleh, ni Ali Mohamed Daoud, qui peut mandater qui que ce soit pour s’exprimer au nom du FRUD. « Ikoyta kee moddima falma mali » : « Nul ne peut se voir contester ses dents et ses biens » Le FRUD et un bien précieux, des valeurs, qu’il faut préserver de toutes les turpitudes, renforcer et soutenir. Plusieurs forces politiques, sociales et civiles djiboutiennes sont hostiles à la présidence à vie d’Ismail Guelleh, parce que dangereuse pour notre pays, et catastrophique pour notre peuple. Mais la légalité et les actions des partis politiques d’opposition sont soumis au fait de prince, au désidérata du prince régnant qui ne tolère aucune manifestation pacifique, les arrestations des militants et des responsables de l’ARD et des sympathisants de FRUD à Tadjourah, le 10 décembre 2010, viennent de rappeler brutalement la violence inhérente au régime de Guelleh.
- Le FRUD demande purement et simplement le retrait d’Ismail Omar Guelleh de la présidence de la République après avril 2011 ;
- Le FRUD soutient les mobilisations de l’UAD et des autres forces politiques et sociales contre le 3ème mandat de Guelleh ;
- Le FRUD exige la libération immédiate des prisonniers politiques ;
- Le FRUD exhorte toutes le couches de la population djiboutienne à s’opposer au maintien au pouvoir de ce dictateur ;
- Le FRUD demande à ses sympathisants, à ses militants, à ses cadres de mettre tout en œuvre pour barrer la route à ce prédateur.

Seule l’union de toutes les forces démocratiques et patriotiques sur une plate forme politique de rupture avec les pratiques de 33 ans, peuvent venir à bout de ce régime vomi par le peuple.

Fait à Genève, le 16 décembre 2010

Mohamed KADAMY

Président du FRUD

 
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