dimanche, 15 juillet 2018
 

Djibouti : 17 mois de crise politique postélectorale

17 mois de crise politique sans précédent. 17 mois de contestation et de dénonciation des résultats publiés par le Ministère de l’intérieur par l’opposition. 17 mois de mobilisations et de manifestations. Une 1ère en république de Djibouti.

17 mois de répressions, d’intimidations, d’arrestations, d’emprisonnements, de gardes à vue illégales, de placements abusifs en mandat de dépôt, d’harcèlements, d’arbitraires et de tortures pour beaucoup d’opposants, des militants de l’opposition, des défenseurs des droits ainsi que des simples citoyens.

17 mois d’attente de la publication des résultats définitifs bureau par bureau du vote du vendredi 22 février 2013 par le peuple de Djibouti et la Communauté Internationale (voir la Résolution du Parlement Européen sur la situation à Djibouti en juillet 2013). Une 1ère dans l’histoire de la République !

Reprise du dialogue politique : réelle volonté politique de sortir de la crise ou un leurre de plus pour gagner du temps

17 mois et après deux (2) tentatives d’un dialogue politique avorté entre le pouvoir et l’opposition nous avons appris ces derniers jours l’ouverture officieuse d’un dialogue. Nous espérons que cette reprise du dialogue aboutira pour faire sortir ce pays d’une crise politique qui perdure depuis 17 mois. Nous espérons que cette reprise du dialogue n’est pas un nième leurre du pouvoir pour démobiliser les hommes et les femmes engagés pour l’avènement d’une république véritablement démocratique où les droits et la dignité des citoyens seront des valeurs fondamentales.

B. 17 mois d’emprisonnement pour les 3 cheiks et leaders de l’USN

C’était le 25 février 2013 qu’Abdourahman Barkat God, Abdourahman Souleiman Bachir et Guirreh Meidal Guelleh ont été arrêtés ensuite placés en mandat de dépôt avant d’être condamnés arbitrairement et injustement à des peines lourdes (2 ans de prison et 5 ans de privation de droits civiques). Leur seul véritable crime reste leur engagement contre l’instrumentalisation de la pauvreté, l’exploitation du tribalisme, l’instauration de la délinquance comme vertu cardinale de la république, la démission de la magistrature, … Et pourtant être condamné pour son engagement politique constitue une violation de l’article 25 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par la république de Djibouti.

17 mois d’harcèlements, d’arrestations et de détentions arbitraires et surtout de remise en cause de la liberté de circulation pour les responsables de l’opposition

Des responsables politiques et des personnalités publiques se sont vus refoulés de l’aéroport avec confiscation des passeports C’est ainsi que Maitre DjamaMeidal, avocat au barreau de Djibouti, Omar Elmi, président du CDU, Adan Mohamed Abdou, Secrétaire General de l’UDT et vice-président de l’ARD ainsi qu’Osman Hassan Mahamoud, ancien moufti de Djibouti, se sont vus refoulés de l’aéroport et ont été empêchés de quitter le territoire national avec souvent confiscation des passeports. Une violation de l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme mais aussi de l’article 12 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples.

Daher Ahmed Farah, porte-parole de l’USN, victime avérée de l’arbitraire et de l’abus

Depuis son retour à Djibouti et après 10 ans d’exil en Belgique en janvier 2013 Daher Ahmed Farah dit DAF a été arrêté et interpellé une vingtaine de fois d’une manière arbitraire et brutale. Le summum de l’illégalité a été atteint le 10 juin 2014 lorsque le tribunal de Djibouti a relaxé DAF et qu’il n’a pas pu quitter la prison. Il a été détenu arbitrairement jusqu’au 21 juin 2014 dans la prison de Gabode et n’a pu être libéré qu’après un second relaxe du tribunal.

D. Durant ces 17 mois de répression multiforme le corps enseignant a payé un lourd tribut

Décès en prison de Mahamoud E. Rayaleh, professeur de français Le décès en cours de détention de Mr Mahamoud Elmi Rayaleh, professeur de français au Lycée public de Balbala et citoyen engagé, dans la nuit du 28 au 29 août 2013, interpelle la conscience de tous les citoyens Djiboutiens. Son corps a été enlevé de la morgue de l’hôpital General Peltier et mis sous terre au cimetière de PK12 à la hâte par des employés de la Voirie de Djibouti sous la surveillance de la Police sans la présence d’aucun membre de sa famille et de ses amis. L’ODDH demande la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances du décès.

2. Révocation de 63 enseignant

La décision de révocation de 63 enseignants dont la plupart sont des professeurs, tous fonctionnaires, est effective en violation de toutes les procédures administratives et du statut général des fonctionnaires. Leur seul crime reste leur engagement sociétal et syndical, de défenseurs des droits humains et une suspicion de proximité à tort ou à raison de l’opposition. Parmi les enseignants révoqués figurent : Farah Abdillahi Miguil, syndicaliste et Président de l’ODDH Abdillahi Adaweh Mireh, membre fondateur et porte-parole du Collectif « Sauvons l’Education Nationale » Youssouf Moussa Abdi et Omar Ismail Omar, deux(2) des membres fondateurs du Collectif « Sauvons l’Education Nationale »

E. Destitution de la nationalité et extradition en secret vers la Somaliland d’un citoyen djiboutien

Mohamed Daher Robleh, travailleur indépendant, a été arrêté puis détenu au secret pendant une semaine dans les locaux de la SDS (Police politique) en juillet 2013. Durant sa détention, il a été victime de tortures, d’humiliations et de mauvais traitements. Le 02 septembre 2013, il a été déchu de sa nationalité djiboutienne par un Décret présidentiel. C’est le mercredi 12 février 2014 vers 14h30 qu’il a été arrêté à son domicile à nouveau par la Police sans mandat. Durant plus de 72h il a été détenu à la brigade criminelle de la Police et le 15 février 2014 vers 15h30 qu’il a été extradé en catimini vers la frontière de la Somaliland.

Tirs à balles réelles à la citée Arhiba le 13 mai 2014

Le mardi 13 mai 2014, un policier en l’occurrence le garde du corps du Ministre de l’Intérieur a tiré à balles réelles et à bout portant sur deux (2) personnes. Kako Houmed Kako, membre de l’ARD, jeune militant de l’USN, a été grièvement blessé et touché au thorax.

Des morts suspects suite à l’attentat du 24 mai 2014

C’est durant cette période de crise postélectorale qu’a eu lieu l’attentat du 24 mai 2014 sur le restaurant-café La Chaumière revendiqué par Al Shaabab.

Dans le cadre de l’enquête sur cet attentat des dizaines voire des centaines des personnes ont été arrêtées. Certaines ont été détenues d’autres seraient toujours détenues illégalement dans les commissariats de police, dans les brigades de la gendarmerie, … en violation des dispositions constitutionnelles relatives à la protection des citoyens, au respect des libertés fondamentales, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Aujourd’hui, une trentaine des personnes seraient en mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode. D’autre part, parmi les personnes arrêtées dans cette enquête deux (2) seraient mortes dans des circonstances obscures et non élucidées. L’ODDH demande une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances exactes de ces disparussions.

L’ODDH appelle au pouvoir public à la libération de tous les prisonniers politiques et à l’ouverture d’un dialogue politique respectueux et équitable pour sortir de la crise sans précédent.

L’ODDH appelle à la mise en place des reformes démocratiques pour poser les jalons d’un véritable Etat de droit.

L’ODDH appelle à la Communauté Internationale et à tous les citoyens Djiboutiens à œuvrer en faveur d’une société démocratique et pacifique, dans laquelle les droits humains seront respectés.

Agir pour la démocratie, la dignité et la justice.

Le Président de l’ODDH

Farah Abdillahi Miguil

 
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