dimanche, 24 mars 2019
 

DJIBOUTI : Quand les mûrs s’opposent à la dictature de Guelleh

Le peuple veut, avec la plus grande discrétion bien sûr, que son propre sentiment de mécontentement à l’égard du pouvoir dictatorial en place ne se paie pas que de mots. Il veut un vrai changement. Il réclame un régime, sans rapace ni vorace, soucieux de la situation déplorable dans laquelle il vit au quotidien. Un quotidien qui, il faut l’avouer, semble bien compromis sous l’ère IOG. De toute évidence, le courant n’est guère passé entre ce dictateur et le peuple qu’il opprime depuis des décennies.

En l’absence de liberté d’expression, il n’est pas rare pourtant de voir certaines langues commencer se délier pour justement délégitimer le régime dictatorial de monsieur Ismaël Omar Guelleh. Des environs de Balbala au terminus, place Mahamoud- Harbi, les murs qui longent le boulevard Hassan Gouled Aptidon, axe principal de la capitale, sont devenus les cahiers de doléance d’un peuple meurtri par la mal gouvernance et le népotisme.

Dans la ligne des graffitis et des dessins critiques qui ont animé la révolution arabe, les Djiboutiens se sont mis, eux aussi mais d’une autre manière, à se faire entendre grâce à leurs murs. Ainsi peut-on lire : « Non au troisième mandat » en réponse à la réélection contestée et rejetée du dictateur. Sur un autre, la population ironise : « Monsieur le président, vous êtes bon président mais aussi un vrai menteur. »

Les habitants du quartier d’Arhiba sont experts dans ce genre d’exercice et avec un mur de plus d’un kilomètre de long, il faut dire que ce quartier courageux a la place d’exprimer son rejet de la dictature. Parfois, comme si les murs ne suffisaient pas, le bitume des voies publiques sert de tableau.

Pour contenir cette pratique qu’il juge inacceptable, le régime est obligé de repeindre ces murs après chaque publication, épisodiquement. Il n’hésite pas non plus à surveiller de près ces derniers et à punir sévèrement et violemment ceux qu’il surprend en flagrant délit. Mais le peuple ne l’entend point de cette oreille.

Pour preuve, cette inscription « U. A. D », en hommage à la coalition de l’opposition, Union pour l’alternance démocratique, juste en face de la direction générale de la police nationale et à deux pas d’une annexe du parti RPP au pouvoir, qui semble illustrer la volonté du peuple de défier la dictature.

Par delà de ces paroles de murs, une chose est sûre : le régime est loin de prendre l’opinion publique à témoin à l’approche des échéances électorales visant à renouveler le mandat des parlementaires.

Fazak Fastol

 
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