samedi, 19 janvier 2019
 

Djibouti : TEMOIGNAGE DE TORTURE D’HOUSSEIN ROBLEH DABAR

Tortures commises par la police politique (SDS) rattachée à la Présidence de la République

Le 21 novembre 2011, j’ai été enlevé à 11 heures 30 par quatre membres des services, que je ne connaissais pas. Je n’ai pas eu le temps de bien les regarder car tout est allé très vite.

J’ai été jeté dans une voiture de l’EDD, immatriculée 1668C. Cela se déroulait en plein centre ville. Je fus immédiatement cagoulé.

Arrivé à destination, on m’a fait monter un escalier qui menait à la salle de torture. Je fus jeté à plat ventre par terre, un pied fut posé sur ma nuque, un autre pied sur mes reins et deux autres pieds sur mes mollets.

Alors commença les séances de tortures, qui ont duré presque une éternité, environ trois heures, avant de m’amener dans un bureau climatisé pour me faire déposer mes empreintes du pouce en guise de signature.

Ces méthodes de tortures, que j’ai subi sont les suivantes :

- Bastonnades sur les cuisses et mes fesses ;
- Suivis par des frappes interminables et très, très douloureuses sur la plante des pieds, non loin des talons, afin de ne pas laisser des traces, je me suis évanoui et pendant un moment j’étais dans le coma ;
- Ensuite j’ai subi des chocs électriques sur mes testicules dont celui de gauche qui a été très atteint et je continue encore à en souffrir.

- Durant tous ces tortures j’ai éjaculé du sperme, puis j’ai pissé sur moi, tellement la douleur était violente ;

- Toutes ces tortures ont été accompagnées des questions notamment et d’emblée sur Jean-Paul Noel pour savoir si c’est lui qui avait rédigé l’article signé par le Juge Mohamed Cheick Souleiman, sur la date de la mobilisation des militants de l’UAD, de mes liens avec la Voix de Djibouti et tant d’autres questions.

Je ne me souviens plus de mes réponses qui ont été contradictoires, en raison de l’intensité des tortures. On m’a traité comme si j’étais un violent terroriste.

A peine repris mon souffle, je fus amené à la Brigade de la Gendarmerie où je fus jeté dans une salle de tortures aux puanteurs insupportables puis la cagoule m’a été enlevé.

Vers 17 heures, l’officier de la Gendarmerie m’a amené dans une autre salle où je fus interrogé.

A la Gendarmerie, je n’ai pas été torturé aussi sauvagement qu’à la SDS.

Le 25 novembre 2011 menottés ensemble, avec Farah Abadid, le Juge et un autre, nous avons été traduits devant les deux Procureurs Maki et Djama Souleiman en présence de l’Officier de la police judiciaire de la gendarmerie qui commandait les auteurs de torture. Il a assisté à tout l’interrogatoire, certainement pour m’intimider, mais je n’ai pas hésité à décrire avec des précisions les tortures atroces que j’ai subies.

Reste à savoir les mesures que prendront les deux Procureurs.

Puis dans la nuit, je fus interrogé par la Juge d’Instruction Ad Hoc de la Cour Suprême. Elle, a demandé au gendarme de sortir et c’est avec avec sérénité qu’elle m’a posé des questions. Je n’ai pas manqué de l’informer que j’avais été sauvagement torturé et risqué de perdre la vie, Madame la Juge a tout noté.

La juge d’instruction de la Cour Suprême nous a placé Farah et moi en liberté provisoire et nous attendons la copie de son ordonnance.

A aucun moment, je n’ai caché ma détermination à combattre la dictature qui nous tue à petit feu. A l’origine, j’avais soutenu Mohamed Djama Elabeh lors des élections présidentielles de 1993, puis Hamarretay lors des élections parlementaires de 1997. J’ai été un membre actif du GDR avant de rejoindre le Frud-armé dirigé par Ahmed Dini.

Actuellement je suis membre fondateur de l’UDJ et membre actif de l’UAD

En tant que personnalité politique, je suis aussi journaliste et défenseur affilié à titre individuel à la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), membre du Conseil national des Droits de l’Homme.

Houssein Robleh Dabar

Source : ARDHD

1 commentaire
  • Ce genre de traitement inhumain se passe t-il encore en Afrique ? au 21em siecle ?
    En tout cas mes freres et soeurs Africains, ou est l’ amour du prochain ? ou est humanisme ?
    Nous avons d’ autres conspirations tres importantes a aborder que de s’ entretuer. Au fait j’ ai honte de voir que les Africains entre eux memes ne s’ aiment pas et restent encore plus mechants que les colonisateurs et les esclavagistes ! Les hommes en tenues ne connaissent pas leur role et se comportent comme des chiens a l’ ordre de leur maitres poutant tous des humains ! pour quel interet au monde et pour combien de temps peut-on torturer un homme, un humain comme soi ?
    Il est temps que les Africains et leur Gouvernement puissent rompre avec les habitudes du colonisateur et les esclavagistes et participer positivement a l’ histoire de l’ humanite. La mauvaise foi, les mauvais comportements, la corruption maladie, et d’ autres pratiques negatives infligees a l’ Afrique et aux Africains par les Africains et leur maitres sont en train d’ etre prise comme exemples negatifs dans les ecoles au proche Orient, Europe et d’ autres pour inferioriser, marginaliser et garder l’ Afrique et les Africains comme victimes. Pour dire tout simplement que tout ce que vous faites en Afrique n ’ a plus de discretion et c’ est tres honteux.

 
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